Vingt ans plus tard.

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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Angron Manus le Ven 21 Oct 2011 - 16:37

Un soir d’automne 31, quelques parts en Lordaeron


Il n’y avait ici que le silence. Le silence, et la mort. Dans ce lieu sombre, humide et froid, aucune plante ne poussait ; bien trop loin des rayons salvateurs du soleil. Aucune bête n’osait venir y séjourner, prendre cette antre comme tanière, ou même s’y abriter les nuits d’orage.

Seule mélodie, le bruit de quelques gouttelettes d’eau qui ruisselaient le long de la pierre de granit, dans un fin ruisseau se perdant entre deux rochers. Pas la moindre lueur ne perçait les ténèbres environnantes, comme si la lune ou le soleil n’osaient prendre pied en ce lieu, les laissant à leur triste sort ; sans leur octroyer la moindre attention.

Car c’était de ces endroits reclus, oubliés des hommes et de leurs mémoires, ces scènes ou se perdaient les rumeurs pour ne devenir que des murmures infimes. Et trônant dans ce sanctuaire, non le désespoir ou la peur, de ces maux qui font souffrir les âmes, mais l’oubli, rien que l’oubli, l’absence irréel et absolue.

Au cœur de cet endroit sans nom et sans époque, arriva un évènement si soudain, si simple et si incongru, que si un observateur avait pu y assister, il aurait par la suite démenti sur son honneur l’existence et la probabilité même de ce spectacle.

Et même la symphonie du ruissèlement presque anodin en fut bouleversé, l’écoulement naturel s’arrêta un court instant, comme outré, avant de reprendre de plus belle ; s’insurgeant dans le silence évident qui était sien de cet outrage improbable.

Niché entre deux imposant rocher, la forme chaotique et troublante était à l’image de son tombeau ; immobile. Et dans cet écrin de granit noir, la plus improbable eu lieu comme au ralentit, laissant gouter chaque seconde avec une lenteur obscène.

La silhouette frémit. Au début, à peine un fourmillement, comme sous l’effet d’une brise légère. Puis, plus soudainement, un tremblement. A la manière d’une tempête qui se lève, venant par à-coup, les bruissements d’une lourde robe rapiécé faite de lin et de laine ; le frôlement des étoffes imbibés de moisissure et d’eau.

Les lèvres presque desséchées s’ouvrant à grand peine, la gorge en lambeaux miséreux, le raclement d’une langue crouteuse contre un palais à vif.

Un sifflement d’outre-tombe, prophétique.
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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Armand Polminhac le Ven 21 Oct 2011 - 20:47

En Hurlevent par une belle soirée d'automne de l'année 31...


Etait-ce indispensable ? Probablement que oui. Rien ne l’obligeait à lui rendre visite aussi vite, mais sa présence au donjon, aux côtés du Roy, entraînerait nécessairement leur rencontre, dans un des couloirs du donjon ou lors d’une réunion. Autant passer la voir avant de tomber fortuitement nez à nez avec elle ou de devoir la rencontrer en présence du Roy.

Aussi, après être passé à la caserne où il n’avait pu s’empêcher de s’entretenir en privé quelques minutes avec un sous officier qui lui paraissait digne de comprendre le sens exact de sa question, il avait été de piètre compagnie tout au long de la soirée, son ami de longue date, le Capitaine Matthew Copeland, comptant ses soupirs, signes, disait-il, qu’Armand n’était plus dans son état naturel.


« Que s’est-il donc passé ? Parlez mon ami ! » insista Matthew. Armand avait soupiré, encore une fois, regardant longuement Matthew qui, de toute évidence, commençait à s’impatienter. « Il y avait là un vieux brisquard. Je lui ai demandé si elle avait changé. ». « Oui, et ? ». Le Lieutenant Colonel des Armées du Roy, Armand Polminhac, l’homme que chacun s’accordait à comparer à un roc inébranlable avait laissé voir son talon d’Achille en laissant échapper un nouveau soupir contrit. « Et il m’a répondu que comme le bon vin, elle … avait pris de l’âge. Un compliment bien troussé, non ? ».

Son vieil ami Matthew le connaissait trop bien pour ne pas voir, dans ses façons, la preuve que, sous ses airs sévères et indifférents, une part de lui restait accrochée à un passé lointain et révolu, quelques 20 années plus tôt.

Matthew esquissa un sourire.
« Vous connaissez un vieux diction qui dit que ... « Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire » , je suppose ? Alors quel est le problème, vous avez peur de la revoir ? ». Armand arqua un sourcil d’étonnement. « Peur ? Mais pas du tout voyons ! Et puis… j’ai eu tout ce que je désirais.». Matthew avait esquissé un sourire entendu, bien conscient que son ami ne pouvait admettre que cette rencontre lui semblait à première vue plus problématique que de foncer arme au poing contre un bataille complet d’orcs.

« Et si elle faisait… flancher de nouveau votre petit cœur d’homme ? N’est ce pas cela que vous craignez ? ». Armand avait explosé, plus de honte que de crainte, probablement. « Rhaaa, Mathew, de grâce, taisez vous donc ! C’est tout bonnement impossible ! Trop… trop de choses dites, trop de regrets, trop de…. A mon âge qui plus est ! Non, impossible ! Et puis, nos affaires personnelles n'ont que peu d'importance à côté de celles du Royaume. »

Matthew l’avait observé un moment sans rien dire puis avait ajouté. « Mon ami, je vous connais tout de même bien. Pourquoi chercher à la revoir, si cela vous coûte autant ? ». Armand tournait sa choppe dans ses mains, songeur. . « Je ne sais pas ... les impératifs du métier ? ». Matthew avait de nouveau lentement hoché la tête, comme réfléchissant sincèrement à la chose. « Et ces impératifs vous poussent à aller par deux fois tenter de la voir dans cette caserne ? Pourquoi faire celui qui n'y pense pas alors que cela vous ronge l'esprit depuis deux bons jours que nous sommes ici ? ».

Matthew avait raison, bien sûr, mais il lui en coûtait de l’admettre. La revoir lui semblait indispensable et en même temps si… difficile. Il inspira longuement, essayant de retrouver la sérénité qui d’ordinaire ne lui faisait pas défaut. « Matthew, j’aimerais que vous fassiez quelque chose pour moi. Acceptez vous de rester non loin de moi et de me prémunir contre ma propre.... faiblesse d'homme ? ». Matthew ne comprenait pas du tout de quoi il était question. « Que vous soyez là pour que je n'oublie pas les devoirs de ma charge ! ». L’ami fidèle secoua la tête, sincèrement désolé. « Armand, autant vous pourriez me demander n’importe quoi dans le domaine militaire ou diplomatique, autant là, je crains de n’être jamais d’aucune utilité. Et vous vous méprenez sur votre propre compte. Je ne connais pas cette femme mais vous m’en avez si souvent parlé que je me doute qu’elle peut offrir tout ce qu’un homme désire. Vous dites l’avoir obtenu, et l’avoir perdu, il est fort probable que la revoir va vous coûter, les tous premiers instants, mais que très vite votre pragmatisme va reprendre le dessus et que vous allez pouvoir deviser avec elle des affaires du Royaume sans aucune arrière pensée. »

Le Lieutenant-Colonel Armand Polminhac acquiesça, sans conviction sincère. « Puissiez-vous dire vrai, mon ami ». Le soir même, il adressa un courrier à celle qu’il avait tant aimée, espérant que le passé ne les rattraperait pas.
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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Un vague souvenir le Ven 21 Oct 2011 - 20:50

Hurlevent Manoir de Montespan


La comtesse Syana de Montespan était femme digne qui gérait ses affaires de manière méticuleuse et particulièrement ordonnée.

"Quelques jours...quelques semaines tout au plus."

Elle avait accueillit la sentence avec tout le stoïcisme et le sang froid que tous lui connaissaient. Elle avait à peine touché au petit déjeuner que Jeanne lui avait apporté et s'était levé. La bûche que Jeanne avait ajouté pour ranimer le feu de la cheminée se consumait avec lenteur, diffusant dans la pièce chaleur douce mais suffisante à chasser l'air humide qui s'était installé pendant la nuit.

Mais ni la chaleur du feu, ni la lourde robe de chambre de velours bleu nuit, dernier présent rapporté par feu son époux lors de son voyage à Long-Guet ne suffisait à réchauffer ses os. Elle avait encore passé mauvaise nuit.
Elle ouvrit d'un geste lent les deux portes en noyer sculptées de son armoire. L'odeur de naphtaline qui s'en dégageait lui donnait nausée qu'elle mit quelques secondes à maîtriser.
Elles étaient toutes là...toutes plus magnifiques les que les autres: sa robe de taffetas ocre du Tirisfal, celle en soie bleu de Darlaran, oh et puis celle en panthère de Strangleronce...elle l'avait presque é celle là...elle la détestait, mais feu son époux se plaisait à la lui voir porter. Au moins depuis sa mort, elle n'avait plus eu à la porter, ni ça, ni cette horrible ceinture de chasteté si peu hygiénique qu'il lui forçait à porter lors de chacun de ses voyages de chasse. Cela a un côté rassurant pour un homme qui épouse femme de vingt ans sa cadette. Oh, elle n'était pas stupide, elle savait pertinemment que lors de ces voyages son époux se plaisit avec les autres nobles à traîner quelque bordel du coin. Bien au contraire, cela la réjouissait, car à son retour il se mettait à dormir lui fichant la paix. Elle avait même poussé le vice jusqu'à prendre des domestiques jeunes, jolies et un peu dodues sachant qu'il avait développé un gout particulier ces derniers temps pour ce genre de femme, de manière à ce qu'il se satisfasse ailleurs que dans le lit conjugal.

La Comtesse Syana ne se plaignait pourtant pas de son existence. Le comte avait épousé rôturière malgré le risque de devenir la risée de cette Maison des Nobles à laquelle il était affilié. Mais à cet époque certaine "Dame" Katrana Prestor semblait avoir d'autres chats à fouetter....et le mariage se déroula sans trop de critiques, les esprits trop occupés à "faire des économies pour le royaume".
Syana était femme au caractère bien trempé que le Comte de Montespan, sans enfants et veuf depuis la mort en couches quelques mois plus tôt de sa précédente épouse, s'était mis ce jour là à parcourir ses terres lors d' partie de chasse. Syana était dans les champs avec les autres ouvriers agricoles à battre le blé qui avait séché au soleil de cet été là. Quelques longues boucles blondes s'échappaient de ce foulard qui avait pour but pourtant de retenir sa chevelure, le décolleté de sa robe de travail s'était recouverte d' fine pellicule de sueur. Sayana travaillait dur, essuyant la sueur qui coulait de son front de son avant bras et ne s'arrêtant que pour boire un peu. Vivement la sieste, où elle pourrait enfin se reposer un peu, enfin sauf si Jeanne avait décidé d'en profiter pour venir lui raconter ce que Hugues le fils du cordonnier lui avait encore dit ou pire...pas dit.
Puis le Comte était arrivé avec toute sa clique, ses chiens renversant des sacs entiers de grains qu'il faudrait ramasser.

Furieuse, elle avait jeté à terre sa Flau et s'était avancé d'un pas déterminé vers le cavalier qui regardait l'ampleur des dégâts alors que ses amis sur leurs montures s'étaient mise à rire à gorge déployé.


"Espèce de vieux débris! Vous avez rien d'autre de mieux à faire que de chasser en plein été? Faut vraiment être limité pour ne pas savoir que c'est la pleine saison de reproduction! Et puis regardez ce que vous avez fait! semaine de travail de fichu en l'air! Vous n'êtes que des pleutres! Des vauriens!"

Les amis du comte étaient à présent pris d'un fou rire incontrôlable. Et Jeanne s'était risqué d'avancer pour venir murmurer quelque chose à l'oreille de son amie. Le comte était resté là pantois: simple petite paysanne qui osait lui parler de la sorte, ça ne lui était jamais arrivé, mais fichtre comme elle était jolie les cheveux en bataille, des boucles blondes et humides échappant de son foulard et cette chemise blanche dont la sueur moulait des seins ronds qu'on devinait fermes. La colère de la souillon la rendait désirable, il entendait à peine les rires de ses amis qui avaient réussit à la convaincre de cette partie de chasse pour lui changer les idées.

La souillon s'inclinait à présent. Cela lui déplut. Il préférait la voir en colère, son entrejambe se laissait sortir d' torpeur que bien des catins de luxes aussi douées soit elles, n'avaient suffit à éveiller aussi efficacement.


"Toutes mes excuses, messire le Comte, j'ignorais qui vous ét....
"Silence, manante!" sa voix était ferme et tonitruante, il devait sauver les apparences. Sayana se tut.
"Ton nom?"
Ce n'était pas question, c'était un ordre. Déjà Jeanne s'éloignait tête baissée de son amie, l'abandonnant lâchement au courroux du seigneur de ce domaine.
"Sayana, messire le Comte"
-Et bien Sayana, vous viendrez vous présenter au manoir à la première heure demain. Je vous remettrait la sentence pour votre insolence.
-Oui, monseigneur."

Il s'était ensuite tourné vers ses amis dont les visages restaient ornés d'un sourire hilare...de retour au manoir, devant un bon repas, scrutant la robe du vin du domaine qui avait été servit...

"Deux cent pièces d'or que notre brave Gerhardt ne culbute l'insolente. Qui tient le pari?
-Je le tiens, deux cents pièces qu'il lui donne le fouet avant!
-Deux cents pièces qu'il les lui donne après!
-Alors Gerhardt? Qui de nous allez vous faire gagner?
-Je n'en sais rien encore, j'hésite entre lui donner le fouet, la culbuter ET l'envoyer au donjon ou..." Le comte s'était soudainement interrompu.
-Ou?" Les autres l'invitaient à poursuivre, se penchant en avant pour mieux entendre.
-Ou d'en faire ma seconde épouse. Remportant par là même six cents pièces d'or facilement gagné.
-Sacré Gerhardt! Toujours le mot pour rire!"

Et pourtant, c'est ce qu'il fit...Sayana mit du temps à se laisser convaincre. Du temps à enterrer ses espoirs de faire un jour un beau mariage d'amour comme chaque jeune fille de son âge rêvait de faire.
Le mariage avait été assez stable. Sayana s'était avéré excellente intendente pendant que son époux partait en chasse à longueur d'année, femme d'affaires hors pair qui savait faire fructifier le domaine, dure, mais juste avec ceux qui y travaillaient. Il y eut des disputes...qui finissaient par des ébats forcés dans le lit conjugal. Gerhardt était un homme qui adorait utiliser sa force d'homme et son membre durci par l'excitation de voir la colère de sa femme...et cela se terminait souvent ainsi. Gerhardt était ravi, Sayana encaissait et finit par apprendre à ne plus s'emporter...au bout de quelque temps, Gerhardt s'était mis à s'ennuyer...alors ils mettait sur pied quelque mise en scène pour attiser le courroux ou l'indignation de sa si belle et si farouche épouse...qu'il prenait ensuite plaisir à "dompter" comme tout bon mâle et maître de maison. De cet union étrange elle avait fini par lui donner un fils qui hériterait de la fortune des de Montespan, du domaine, et bien sur du titre. Gerhardt était un homme comblé.
Si seulement ses erreurs passés n'avait pas conduit les hommes de Van Cleef à venir se venger en assassinant sa progéniture...

La douleur qui se réveilla du fond de ses entrailles la sorti de ses rêveries d'un temps passé. L'odeur de naphtaline persistait...inutile de repenser à tout cela, elle avait elle aussi commis son lot d'erreurs...à présent il fallait trouver la tenue qu'elle porterait pour rejoindre son époux dans le caveau des de Montespan. En faisant glisser les robes les unes après les autres, sa main se figea sur une étoffe de velours carmin...elle la sorti. Sitôt un autre souvenir se réveilla. Elle revenait d'un bal ce soir là qui s'était tenu au château. son époux l'avait faite danser une fois, puis été allé s'enfermer au fumoir en buvant le cognac. Le comte de Bayle, un homme agréable mais un peu farfelu, lui avait tenu compagnie. De quoi avaient ils parlé? elle ne se souvenait plus avec exactitude, de sa fille sans doute qui mangeait trop de sucreries à son goût...par contre, elle se souvenait de cette grosse moustache qui était fort en vogue à l'époque.

A son retour, elle avait mandé à deux serviteurs d'aider à coucher son époux qui ne se "sentait pas bien", le code pour dire qu'il avait trop bu. Et se souvint de Jeanne qui arriva vers elle.


"Ma Dame, une visite pour vous. Elle attend dans les cuisines depuis à présent plusieurs heures.
-Une visite? A cette heure? Dites lui de revenir demain, en voilà des manières!
-Ma Dame, pardonnez moi d'insister mais je pense sincèrement que vous devriez vraiment recevoir cette personne."

Jeanne n'était pas du genre à insister sans raison. La comtesse la regarda, soudainement inquiète.


"Que se passe t il? De qui s'agit il donc?
-Il s'agit de Sarah, ma Dame, elle est ici.

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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Armand Polminhac le Sam 22 Oct 2011 - 15:34


Le plus grand des visionnaires lui aurait prédit ce qui allait se passer ce soir là lui aurait arraché un immense rire qui aurait empli l’air à dix lieues à la ronde. La fébrilité ne l’avait pas quitté tant qu’il ne l’avait pas eue dans ses bras, autant dire que la réunion avec Matthew et elle dans le bureau des Officiers de la Garde avait été difficile, et ce même si elle avait su le détendre en lui offrant un bon cognac, laissant entendre immédiatement qu’elle n’avait rien oublié de ses goûts, et de ses faiblesses.

Pendant la réunion, apercevant à son doigt une alliance, il l’avait cru remariée et l’air de rien avait enlevé la sienne, ne voulant pas lui montrer qu’il ne l’avait, lui, pas oubliée. Une heure durant il avait essayé de paraître impassible, craignant de devoir de trop près l’approcher, percevoir ses effluves, parfum de sa peau dont il gardait le souvenir intact, celui de ses cheveux qui l’étourdissait, essayant de ne pas la trop la regarder de près, remarquant tout de même qu’elle n’avait pas changé, comme si le temps avait été suspendu depuis leur éloignement. Plus mature, bien sûr, comme l’avait dit le vieux brisquard, mais d’autant plus belle, plus femme, plus désirable.

Enfin la réunion avait touché à son terme, Copeland et lui avaient fait le tour des questions posées par le Roy, fait l’inventaire des besoins, pris le temps d’évaluer ce qui devrait être proposé, et il avait enfin pu poser la question qui lui brûlait les lèvres, était-elle heureuse. Il ne pensait pas pouvoir l’emmener en ville, se disant que tout resterait professionnel désormais, une si longue séparation qui plus est incomprise, ne pouvait pas être effacée sous prétexte qu’il débarquait dans sa vie à nouveau.

Aussi fût-il très étonné de l’entendre dire qu’elle souhaitait sortir en ville, quitter cette armure, et le voir en privé. La voix de celle qui, dans le creux des draps, était devenue Linn, s’était faite douce et tendre pour lui demander de choisir le lieu de leurs retrouvailles, une attention qui l’avait désarçonné, bien plus qu’un emportement du Roy, que l’on savait pourtant parfois violent.

Lorsque, tout naturellement, elle s’était assise à ses côtés, à l’auberge, venant presqu’immédiatement se blottir dans ses bras, la fébrilité d’Armand s’était faite tangible. Il avait hésité, s’était tendu tel un jeune homme à son premier rendez vous, n’osant pas la toucher, encore persuadé qu’elle avait refait sa vie, ne comprenant pas, n’osant pas espérer, surtout.

Puis, les mots de Linn comblant peu à peu les incompréhensions d’Armand, il s’était détendu, avait retrouvé les gestes protecteurs et aimants qui les liaient, un baiser doux sur ses cheveux, une mèche dégagée sur son front, une poigne tendre et ferme sur son bras, un glissement de la main sur sa taille, le tout encore chaste et teinté d’inquiétude, plus de dix ans à croire qu’elle était partie avec un autre ne s’effaçant pas ainsi en quelques minutes.

De cette soirée, il en était ressorti un fait essentiel, il n’était pas prêt de repartir.

Elle se pensait et se disait toujours sa femme, celle qu’il pouvait de nouveau aimer, aider, protéger. Et il n’était pas décidé à la laisser s’échapper de nouveau.

Mais, si elle regrettait d’avoir fait passer sa carrière avant leur vie, et percevait son retour avec une vraie et profonde joie, ils n’allaient pas pour autant de nouveau se déchirer à cause du travail. Ils savaient l’un et l’autre que toute leur vie était d’abord dédiée aux affaires du Royaume, qu’ils ne se referaient pas, et qu’ils devaient trouver la relation qui leur permettrait de vivre non loin l’un de l’autre, et s’aimer peut-être de nouveau, mais en bonne intelligence.

Par ailleurs, elle avait beau être pleine de talents, elle se sentait souvent trop seule et aurait aimé être aidée pour mieux s’intégrer dans cette ville qu’elle ne connaissait pas encore très bien. Armand, comprenant qu’il avait trouvé là le moyen de l’aider sans entraver sa carrière, lui proposa donc de se mettre à son service pour l’aider à s’intégrer au plus vite.

Après l’avoir déposée, dans sa moto rutilante, aux marches de la caserne, l’avoir serrée dans ses bras une dernière fois, osant à peine effleurer le coin de ses lèvres, il s’était donc empressé de rentrer au Donjon afin de commencer à préparer son « plan de bataille ». Le lendemain, c’est d’excellente humeur qu’il retrouva Matthew pour lui narrer sa fin de soirée et lui faire part de la mission dont il se sentait désormais investi. Mission pour laquelle il comptait bien avoir l’appui de son vieil ami.

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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Armand Polminhac le Mar 25 Oct 2011 - 12:50

Dite qu’il était désireux de l’aider au mieux n’était pas assez fort. Car il y mettait toute son âme, tout son cœur, tout son temps. Depuis qu’il l’avait laissée, à regret, retourner dans cette caserne où elle devait vivre aves « ses » hommes, il n’avait pas cessé de s’activer, allant et venant dans les couloirs du donjon, rencontrant des conseillers, des amis de longue date qu’il retrouvait, prenant des rendez vous, traversant même les mers, rien ne l’arrêtait plus et Matthew l’observait redevenir tel qu’il était plus jeune, vif et facétieux, parfois même un peu trop.

Le premier rendez vous l’avait amené au manoir de Bayle. La Comtesse l’avait chaleureusement accueilli, acceptant d’interrompre une réunion pour écouter sa requête, et, après une heure d’entretien, il avait été convenu qu’Armand reviendrait avec Laurelinn afin que la Comtesse puisse lui présenter son catalogue, rappeler les services rendus à la Garde et surtout faire plus ample connaissance avec celle qui, sans nul doute, était appelée à devoir prendre plus d’importance au sein de la Garde.

Le second rendez vous n’en était pas un, plutôt une rencontre inopinée, dans le patio du Donjon. La jeune femme, qu’il ne reconnût pas tout de suite comme étant la nièce de l’Archevêque, avait accepté d’intercéder auprès de son oncle pour une rencontre dans les plus brefs délais.

Le troisième avait demandé plus de temps, Armand Polminhac avait dû faire la traversée jusqu’à Theramore, accompagné de Copeland. Les Seigneurs Cathules avaient organisé un petit campement sur la route qui menait aux Tarides et se battait contre des orcs qui attaquaient sans relâche. Rencontrer le Capitaine Hellenlich était possible, si cela pouvait aider, mais il faudrait qu’elle se déplace, eux mêmes ne pouvant guère laisser la route sans défense. Armand décréta qu’elle se déplacerait sûrement s’ils voulaient bien la faire venir par portail comme ils le suggéraient. En conversant de cette visite avec Dame Cathules, de très vieilles images sensuelles vinrent se rappeler au bon souvenir d’Armand qui se troublait devant la rousseur des cheveux de la Dame, images immédiatement remplacées par d’autres, encore plus vives et troublantes car bien réelles celles ci.

De retour en Theramore les deux amis prirent le temps de dîner et d’évoquer leurs vies personnelles, Armand ayant curieusement perdu tout sourire.


« Je ne vous comprends pas » disait Matthew. « Vous êtes toujours amoureux, vous la retrouvez, elle vous a été fidèle et semble même vous attendre, et vous ne faites rien pour… ». Depuis son retour du campement, Armand était énervé, apparemment sans raison, il observa longuement son ami, l’air peu amène. « … pour ? ». Matthew faisait manifestement des efforts pour ne pas entrer dans le jeu de son ami, il hésita puis lâcha. « Ecoutez, ce serait moi, je l’aurais certainement prise dans mes bras, emportée dans mes draps et … j’aurais tenté de rattraper le temps perdu… non ? ».

Armand prit ses gantelets posés sur la table du dîner et les remit avec des gestes un peu secs. « C’est vous qui dites cela ? Vous que je n’ai pas vu en galante compagnie depuis… rappelez moi donc depuis combien de temps, mon ami ? ». Matthew esquissa un sourire, repoussant verre et assiette et se levant de table, sans répondre. « J’ai souffert de son absence, je ne l’ai jamais caché. Mais j’ai fini par m’en accommoder. Je ne tiens pas à replonger dans les affres de la passion comme le jeune homme que je ne suis plus. Vous comprenez ? ».

Matthew attrapa ses gantelets, hochant la tête . « Le célibataire endurci que je suis comprend tout à fait. Allons y, voulez vous, j’aimerais ne pas rater le dernier bateau. »
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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Armand Polminhac le Ven 28 Oct 2011 - 11:07

Le petit campement avait été aménagé plus à l’ouest, entre les rives du marais d’Aprefange, marais qui portait bien son nom tellement la puanteur portait aux narines et remontait au cerveau. Le Chevalier Armand Polminhac, Lieutenant-Colonel des Armées du Roy, venu par bateau depuis la terre de l’Est, avait mis sa tenue officielle, éclatante, afin de passer sans encombres les différents barrages et barricades qui ne manqueraient pas, il le savait, de lui être opposés dans cette région en guerre.

Pourtant sa mission n’avait rien d‘officiel, tout juste professionnelle, même si la raison véritable en était bien personnelle. Armand Polminhac, et son ami le Capitaine Matthew Copeland entraîné à sa suite, venaient pour préparer un entretien entre les Seigneurs Cathules, le Sénéchal Idrid et sa Dame Fanélia, seigneurs de Theramore, et Laurelinn Hellenlich, récemment nommée Capitaine de la Garde d’Hurlevent, qui lui en avait fait la demande.

En marchant au pas sur la terre humide et lourde du marais, louvoyant entre les cadavres d’orcs et de taurens qui jonchaient la route, Armand repensait à toutes ces années sans elle, Laurelinn, son épouse, sa femme, sa moitié. Que de temps passé loin d’elle, que de combats, de réunions, de guerres pour l’oublier. Il se pensait immunisé contre les piques douloureuses de l’amour et l’avait recontactée dans un but qu’il voulait croire uniquement professionnel. Mais la revoir, toujours aussi belle, et flamboyante, l’avait ramené plus de dix ans en arrière, comme si le temps avait été suspendu, et il se sentait prêt à l’aimer de nouveau, pour peu qu’elle en montre le désir.

Le Lieutenant Colonel Polminhac secoua la tête en entendant des cris plus loin sur la route. Il s’égarait, il devait se reprendre, voilà justement ce qu’il craignait avant de la revoir, perdre son sang froid et oublier les devoirs de sa charge. Il se redressa sur son cheval, jeta un regard sur Matthew qui l’observait en silence, sans doute conscient de ce qui l’animait, et talonna son cheval pour atteindre le campement.

Sur place, des femmes et des hommes épuisés, à cran, s’activant pour tromper l’ennui et peut-être la peur. Il était question de soins, d’hygiène et le Sénéchal Cathules semblait devoir calmer ses hommes qui s’échauffaient pour des broutilles. Armand l’observait tandis qu’il s’arrangeait du rendez-vous avec sa Dame, une splendide rousse dont la vue le troubla, des images d’un autre temps l’assaillant de nouveau. Voir le Sénéchal si présent, attentif et presque paternel avec ses hommes le toucha, lui rappelant ses propres combats sur le front du Nord, lorsqu’il fallait, de quelques mots, redonner courage et force à ceux qui risquaient de mourir dans l’heure. Il en éprouva quelques regrets, et une admiration toute professionnelle. Voilà un homme digne de son rang qu’il fallait peut-être aider, si cela était possible.

En rentrant le lendemain sur Hurlevent, le Lieutenant-Colonel avait deux messages à faire passer. L’un personnel, à son épouse, afin qu’elle prenne ses dispositions pour aller à la rencontre des Sénéchaux, en Theramore, si telle était toujours sa volonté, et l’autre, bien plus officiel, au Roy, afin de lui faire part des difficultés des troupes de Kalimdor et peut-être réussir à le convaincre de leur porter aides diverses, vivres, armes, hommes de troupes. Le Roy Varian Vrynn devait savoir que, de l’autre côté de la mer, des braves se battaient sans relâche contre la Horde.
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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Armand Polminhac le Sam 29 Oct 2011 - 13:32

« J’aimerais revivre avec toi… Oh, pas comme avant, bien sûr, mais…. ». Armand n’en avait réellement pas cru ses oreilles. Bien sûr, il l’avait espéré, rêvé, mais il ne s’était pas du tout permis d’y croire raisonnablement. Aussi, lorsqu’elle s’était placée devant lui, assise sur ce ponton dans le port de Hurlevent, qu’elle avait doucement pris son visage entre ses mains, et lui avait dit cette simple phrase d’une voix douce, sans le toucher, son visage effleurant à peine le sien, avait-il été totalement décontenancé.

« Je…. ». Pourquoi fallait-il que les mots manquent ainsi quand il faudrait savoir offrir les plus belles, les plus douces, les plus poétiques phrases pour exprimer ce que l’on ressent. Il n’essaya pas et répondit comme il savait le faire, en l’embrassant fougueusement, tout à la fois tendre et passionné, sans doute même un peu trop fébrile à son goût.

Sur le chemin du Donjon, avant de la faire remonter sur cette moto qu’il avait achetée récemment, il essaya de dire son inquiétude.
« Je te suis resté fidèle, tu sais.. ». Laurelinn s’en étonna, lui disant qu’elle aurait compris qu’il ait pris femme de temps à autre. Mais ce n’était pas pour cela qu’il parlait de sa vie quasi monacale des dix dernières années. Il inspira longuement et, osant à peine la regarder, lâcha. « J‘ai peur d’être aussi empressé qu’un jeune puceau avec sa première conquête, ou au contraire aussi peu efficace qu’un vieillard sénile, je… j’ai peur de te décevoir, Linn…. ».

Il roulait doucement, comme si le temps gagné sur le chemin lui permettait de calmer ses sens, de freiner son ardeur et de se préparer à la redécouvrir. Enfin, ils arrivèrent au petit appartement de fonction que le Roy offrait aux Officiers Supérieurs en mission au Donjon, Armand ouvrit la porte, essayant de ne pas montrer combien cette nuit qui s’annonçait était bien plus qu’une simple nuit de retrouvailles, combien il l’avait rêvée, espérée, attendue, sans jamais vraiment y croire.

L’appartement était petit mais agréable et bien meublé. Armand lui proposa un verre de cognac et Linn secoua la tête en souriant, n’attendant rien d’autre qu’il la prenne dans ses bras, ce qu’il fit, lentement, osant encore à peine la toucher.

Puis, aidé par sa douceur et les souvenirs qui affluaient, il retrouva peu à peu les gestes d’une intimité lointaine mais pourtant vivace. D’abord, la défaire de sa ceinture et de son épée, un sourire réprobateur sur le visage, celui de l’homme qui savait combien cette femme, sa femme, pouvait être prompte à se servir d’une arme. Puis déboutonner, lentement, le haut mordoré qu’elle portait, goûtant le plaisir de percevoir son attente, de sentir sa peau frémir au contact de ses doigts, de voir sa gorge se soulever plus rapidement, d’entendre son souffle s’accélérer. Ôter le haut, sans précipitation, redécouvrant avec bonheur ses épaules, son ventre, sa poitrine enveloppée de dentelle noire. Finir de la déshabiller entièrement puis, enfin, la pendre dans ses bras et l’entraîner dans le lit pour la redécouvrir et l’aimer, comme aux premiers jours.

Ils dormirent peu, et la nuit passa trop vite. Au petit matin, Laurelinn se leva sans un mot puis alla préparer le petit déjeuner, agissant comme elle le faisait dix ans plus tôt, connaissant chacun de ses goûts, préparant jus de fruit et café comme il les appréciait. Il semblait à Armand qu’elle faisait plus que s’amuser en retrouvant ces anciens gestes, elle y mettait son âme, cherchant à combler le vide de ces longues années d’absence par une attention de chaque instant. Ils déjeunèrent en silence, les regards suffisant à dire tout le bonheur éprouvé.

Lorsqu’elle quitta l’appartement d’Armand, Laurelinn Hellenlich avait retrouvé toute la splendeur de sa jeunesse, l’assurance de la femme comblée en plus. Son passage dans les couloirs du Donjon ne passa pas inaperçu.
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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Angron Manus le Mer 9 Nov 2011 - 15:25


Le bossu manqua de glisser sur une pierre, se rattrapant à la branche basse d’un arbre. Poussant des petits couinements plaintifs d’animal effrayé par sa propre stupidité, il continua de descendre vers la rivière, serrant contre lui le sac en peau de chèvre.
De son unique œil visqueux, il jetait des coups d’œil à droite à gauche, la peur au ventre… non, on n’aimait pas le gentil Olaf, personne ne l’aimait. Sauf eux, oui, eux, mais eux avaient toujours pris soin du bon Olaf, oui… mais les gens d’ici ne l’aimait pas du tout ! Oh que non !

Il finit par tomber à genoux devant le courant d’eau, les galets crissant sous ses bottes raccommodées. Déposant son sac à côté de lui, il l’ouvrit fébrilement, sortant le cadavre d’un chiot. Il plongea le corps sans vie dans l’eau, avant de l’éventrer d’un geste sec, laissant les tripes encore chaudes se répandre sous la clarté de la lune.

Murmurant quelques sombres mots ; les rares enseignés par son maitre, il laissa le sang de la bête tourbillonner dans le courant ; formant des runes aux angles secs. Les tremblements de la limace devinrent convulsions, alors qu’une terreur sourde s’emparait de lui, rendant ses muscles de glace. Il sentit l’urine chaude couler entre ses jambes, ses dernières forces comme happée par l’invocation.

A tout moment, il s’attendait à être réduit en charpie par les pouvoir qu’il utilisait sans même les contrôler ou les comprendre, gémissant tout bas d’insipides paroles, demandant pitié.

Mais Olaf fut chanceux ce jour-là, et aucune créature ne le dévora pour son impudence. Au lieu de cela, la rivière cessa de couler, et là ou l’eau s’était assombri de sang ; l’ombre d’un visage apparut, accompagné d’une voix en demi-teinte, irréelle.



« -Ser...viteur… »


La limace poussa un petit couinement de peur et de contentement, rampant dans la boue sans oser lever le regard vers les ténèbres.


« -Maiiitre…maiiitre… nous l’avons…retrouvé…ouiii… ouiii maiiitre… »


Dans la forêt d’Elwynn résonna alors un bruit qui n’avait plus été entendu depuis plusieurs décennies, semblable à un carillon de malheur, annonciateur d’un hiver trop long, trop rude.


Le rire d’un serpent
.
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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Lucy-Ann Delavey le Ven 11 Nov 2011 - 14:41

Lucy-Ann Delavey, assise dans le patio du Donjon, lisait une nouvelle fois la lettre du Capitaine Copeland, qui lui faisait part de son départ en mission pour le Norfendre. Malgré le ton, courtois et cordial, Lucy-Ann pensa en relisant qu’elle payait là sans doute le prix de sa conduite. Quelle tristesse de s’être ainsi dévoilée devant un homme qu’elle ne reverrait jamais.

Il lui sembla que toute sa vie passerait à regretter cette après midi passée avec lui, sauf si elle réussissait à se convaincre que cela n’avait été qu’un rêve et qu’il ne s’était rien passé. Cela la rendrait encore plus honteuse de sa conduite aux Carmines, certes, mais au moins n’aurait-elle pas de regrets, juste des remords. A tout prendre, cela lui paraissait plus facile à vivre.

Elle soupira, l’air triste et las, se disant qu’il n’y avait rien d’autre à faire que travailler, encore et encore, pour oublier. Elle replia la lettre et la glissa dans une sacoche de cuir contenant d’autres papiers et un gros dossier, qu’elle sortit et regarda longuement avant de l’ouvrir.




Elle avait lu ce dossier, en diagonale, y avait lu le nom du Lieutenant Manus et avait eu la mauvaise idée de le lui signaler au hasard d’une rencontre. Il ne s’agissait pour elle que de faire la conversation, rien que de très banal entre personnes de qualité se connaissant vaguement. Mais voilà qu’il avait réagi violemment, très violemment même, parce qu’elle s’était approchée et avait effleuré le vieil insigne terni qu’il portait depuis peu. Un insigne sur lequel elle avait clairement reconnu les armoiries de Sheppard.

Le Lieutenant Manus avait mis une main sur la garde de son épée et de l’autre avait violemment giflé la main de Lucy, qui effleurait l’insigne. Et cela après l’avoir regardée d’un air pour le moins étrange, presque indécent, ce qui ne correspondait pas du tout à l’idée que Lucy-Ann se faisait du lieutenant.

Aussi, lorsqu’elle fut revenue chez elle après être passée à la Chancellerie, ressortit-elle le dossier en se disant qu’elle n’avait peut-être pas lu tous les détails de l’affaire. Et il y avait tant à lire, qu’elle y passa une bonne partie de sa journée.

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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Laurelinn Hellenlicht le Mar 15 Nov 2011 - 11:58

L'insigne n'était plus...

Cette vielle relique d'un passé cauchemardesque patiné par le temps s'était pourtant accroché au présent.Pendu au cou de Manus dont elle suçait l'essence comme un triste vampire le remerciant de ces visions et ses tourments les deux femmes avaient finalement profité de sa blessure aux carmines pour le lui dérober, enfin.Laure l'avait d'autorité arraché et convenu avec Aubiane de le cacher et de le détruire.
Elles etaient en route pour le faire hier quand le pathétique laquais contrefait du monstre avait tenté de leur barrer la route usant de quelque sortilège pour se faire passer pour Angron .Les deux femmes en étaient vite venus à bout, mais Aubiane en était restée meurtrie toujours à l'heure actuelle.
Laure y était allée seule, chaque pas lui semblait être une épreuve, elle luttait sans cesse contre des images insupportables mais le serpent sous estimait grandement le caractère borné et buté de Laurelinn et son courage. Elle n'était pas de pierre et chaque image odieuse d'Awenna s'assouvissant sur ceux qu'elle aimait , de son père réprouvé était un petit coup de canif dans son coeur mais la ou il esperait la foudroyer et la faire ramper il ne l'en faisait lutter que davantage.
Il avait gagné en puissance par les nombreux hivers terré dans son trou ou depuis le drame plus personne ne venait et tous évitait la région maudite,mais ça n'est pas ce qui marchait avec Laurelinn de s'en prendre directement à elle.
L'architecture des nains fut comme une délivrance elle avancait dans les couloirs comme un fantôme, obstinée , implaccable comme si elle fut elle aussi une réprouvée errant dans les décombres .
L'éclat de la grande forge de la ville avec ses flots de métal en fusion bouillonnant emplissait sa vue avec ses vapeurs de chaleur faisant naitre sur ses levres un sourire mauvais.La sacoche semblait lui brûler le flanc les chuchotements se faisant plus fort comme si le monstre sentait la fin du vecteur de son pouvoir arriver.
Elle n'était plus la belle jeune fille de jadis,même si elle gardait de beaux restes de sa beauté passée, mais elle avait gagné elle aussi en force, en résolution,son esprit était plus solide,mieux préparé à l'horreur, elle avançait en récitant les noms de ceux qu'elle avait perdu comme une litanie sans fins,voisins, frères , amis , simples soldats sous ses ordres qu'importait.
Elle sentit enfin la fournaise lui caresser le visage de son haleine ardente arrachant avec force la sangle de la sacoche de son flanc pour la tendre au dessus du métal bouillonant et ouvrit doucement les doigts.
Il la regardait, lui il avait changé, les mêmes traits durs et ce sourire mauvais, une large toge blanche sur ses épaules il la contemplait la fixait plus de chuchotements de vision juste lui comme il l'avait regardée ce soir la au sortir de son bain,elle, Laurelinn,après toutes ces années.Elle détourna les yeux il semblait suivre son regard.

La sacoche prit feu et se désagregea avec son triste contenu qui avait tourmenté le jeune homme depuis des années dans un crissement et une boule de flammes comme celle que les rares témoins avaient pu voir troner en haut de la tour.

Elle disparu dans les flammes de la fonderie à tout jamais dans un dernier crissement vengeur ...le sifflement d'un serpent.

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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Angron Manus le Mar 15 Nov 2011 - 13:20

Il était venu à eux, les bras chargés de présents.
Portant un grand manteau blanc aux reflets changeant, il y avait dans la silhouette de cet homme quelques chose de dérageant, de triste et de malsain. De sa main gauche, il se tenait sur un grand bâton, haut comme un homme bien bâtit. Fait d’un bois noueux, son écorce avait la pâleur de la lune, et semblait tranchante comme des éclats de verre.
Mais la main squelettique du vieillard ne saignait pas, à vrai dire, cela semblait pour lui de la plus risible des choses. Il avait sur son visage aux traits instables, brumeux ; de ces sourires paternels, rassurant et amicaux.

L’homme en blanc venait du nord.

Il avait été aperçu pour la première fois non loin de l’ancienne Stormgrade, marchant seul et sans crainte dans les plaines d’Arathi. Qu’il vente, qu’il neige ou qu’il pleuve, il continuait sa route, mut par un désir implacable et serein, son regard émeraude fixé vers le sud. Il lui arrivait de fredonner quelques chants de l’ancienne Lordaeron ; des berceuses et des ballades. Au loin, les toits du monde, couvert du voile neiges éternelles, d’où glissait un vent glaciale, annonciateur d’un hiver rigoureux.
Depuis les chaumières et les taudis, les rares humains vivants encore au-delà du kazh modan avaient sentis cette arrivée ; ce funèbre convois d’un grand père souriant, héraut sans message, idole sans icone, car c’est ainsi qu’il aimait être nommé.

A son flanc, attaché à la corde de lin lui servant de ceinture ; un ouvrage aux pages rongés par le temps ballotait au rythme d’une marche lente mais régulière. La sobriété du grimoire s’accordait à celle de son porteur, un simple tome à la couverture de cuir tannée ; aux reliures sombres, le tout fermé par une chainette de bronze corrodé.

L’immonde créature lui servant de serviteur l’avait précédé, voyageant nuit et jour pour étendre aux pieds de son maitre un tapis en soie ; d’ébène et de jade. Il passa outre les patrouilles réprouvés et celles des résistants de Stromgrade ; sans jamais ralentir, un fantôme aux fragrances de chairs viciés.

C’est par un matin d’hiver, accompagné des premiers flocons, que l’homme vêtu de blanc eut enfin l’occasion de voir depuis bien des années, les restes du barrage du Loch Modan ; ruines de leurs grandeurs passés.


Ruines.
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Re: Vingt ans plus tard.

Message par La fille du Marais le Mer 23 Nov 2011 - 17:10

Automne 21.

Longtemps sa mère avait essayé de la dérider, tenté de la faire parler, chanter, ou même de l’intéresser à son entourage, en vain. Depuis dix ans, depuis ces fameux événements liés aux Sheppard, l’enfant ne parlait et ne souriait plus, emmurée dans un monde où nul n’avait accès. Pourtant, comme le faisait remarquer sa mère aux visiteurs de passage, elle ne semblait pour autant pas malheureuse ou craintive, juste ailleurs, absente aux autres, et souvent occupée dans un coin reculé et caché, la mère ne précisant d’ailleurs pas à quel genre d’occupation s’occupait la fillette.

Ce jour là, elle était seule dans la maison, assise à terre devant l’âtre, comme à son habitude, occupée à légèrement taillader une souris qui couinait tandis que le sang perlait sous ses poils gris. Elle était concentrée sur les pulsations de l’animal aux abois, lorsqu’elle sentit pour la première fois cette étrange chaleur entre ses cuisses. Un rapide passage de la main sur la zone humide l’avait étonnée, ses doigts étaient rouges et poisseux, le goût était ferrugineux, assez peu éloigné de celui du sang de la souris, ce qui la fit presque sourire.

Relevant sa jupe elle regarda son entrejambes, écartant les cuisses et se penchant autant qu’elle le pouvait, essayant de voir si "quelque chose" en sortait. Puis, ne voyant rien se produire, elle souleva sa jupe complètement, posa ses fesses nues sur le sol et s’y frotta, observant avec ravissement les traces rougeâtres qu’elle dessinait sur la terre battue, sans plus se préoccuper de la souris qui s’échappa furtivement.

Lorsque les parents rentrèrent le soir, la maison était silencieuse et dans l’obscurité. Tandis que le père posait ses outils près de la porte qu’il venait de refermer, la mère alluma quelques chandelles avant de s’apercevoir que le sol de la pièce principale était recouvert d’un curieux dessin de couleur foncée, un cercle ouvragé de divers symboles déjà vus dans des livres défendus. Alors qu’elle portait la main à sa bouche, arrêtant là un cri de stupeur, l’adolescente apparût sur le seuil de la porte qui s’ouvrit d’un coup sec sous l’effet d’une bourrasque. Sur sa jupe tachée de sang et maculée de terre, elle avait dessiné le même motif qu’à terre. Dans sa main, elle portait une torche allumée qu’elle leva à hauteur de son visage, étrangement calme et halluciné.

Sans un mot elle posa les yeux sur chacun de ses deux parents, leur intimant l’ordre muet de ne plus bouger. Alors, sans que ni le père, ni la mère n’ait eu la possibilité de réagir, la jeune fille, leur petite fille, vint poser sa torche sur divers tissus qu’elle avait sans doute placés là dans l’après midi. Les tissus, imbibés de graisse animale, s’enflammèrent immédiatement dans toute la maison, devant les parents conscients mais incapables de bouger. Tandis que l’ensemble de la maison prenait feu, la jeune fille revint se poster devant ses parents, enflamma leurs vêtements, puis sortit sans un regard pour les corps se crispant d’une douleur naissante.

Une fois dehors, elle se posta non loin, sur un monticule de terre où elle s’installa, cachée dans les herbes hautes d’un fourré. Puis elle sortit de son sac une racine de réglisse qu’elle mâchouilla tranquillement, sage, attentive à chaque image, chaque son, chaque vibration de la scène. Elle resta ainsi assise un long moment, observant l’avancée du feu, admirant les flammes qui léchaient le chaume du toit, écoutant les hurlements de douleur de ses parents, suivant des yeux les villageois qui s’affairaient avec des seaux d’eau autour de la maison, évaluant leurs maigres chances d’éteindre le feu, en un mot, s’amusant gentiment du spectacle.

Ce soir là, elle s’endormit sur le monticule, sans avoir bougé de toute la soirée, calme et sereine. Elle était seule, sans abri, sans ressources, sans ami, et pourtant rassurée. Le sang qui coulait entre ses jambes était le signe attendu. Elle devait prendre la route et aller se préparer pour "plus tard". Le lendemain matin, aussi fraiche et dispose que pouvait l’être une enfant après une bonne nuit de sommeil, elle admira sans s’en approcher la maison en cendres, humant le doux parfum de la vie calcinée qui imprégnait l’air ambiant, son visage semblant s ‘éclairer à la vue de "son œuvre".


Au loin, le ciel s’embrasait d’ocre et de pourpre, annonciateur de richesses. Elle prit une pomme dans son sac, mordit dedans à pleines dents et entama sa longue marche vers le Sud, le cœur léger.


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L'héritage du Serpent se perds dans la brume.

Message par Laurelinn Hellenlicht le Sam 21 Avr 2012 - 11:27


Elle regarda la lettre de démission de Manus,sa première réaction fut celle probablement attendue par l'intéressé,celle d'une vétérante bornée qui plaçait peut être certaines valeurs trop au dessus de tout.

-Le lâche connait la honte, en cela il a été bien formé lâcha t elle.

Mac Fly avait réussi à se faire remplacer pour le service de nuit voyant la capitaine sur le tableau,c'était l'impassible Grûber,qui au moins comprenait son jargon et la connaissait mieux,bien mieux..Hans grûber etait le neveu du défunt Manfred,le maitre d'Hotel de sa famille il avait vu cette femme petite fille déja combattive et savait comment la prendre.

-Fraulein,n'est ce pas un bien?on lui prête une mauvaise influence n'est ce pas au contraire faire preuve de bon sens?

Elle le regarda, lui seul pouvait se permettre de l'appeler mademoiselle si proche de la quarantaine.Il resta de marbre,bien plus bavard que Mac Fly mais totalement inexpressif, et poursuivit.

-Cet homme a prit femme,n'est il point normal de s'y consacrer? et de vivre le temps qu'il lui reste dans la quietude?vous l'avez apprécié à votre façon..

Il lui désigna la chaise d'un geste ample,elle s'y plia,Gruber n'avait beau être en théorie qu'un simple garde elle ne s'y trompait pas,il avait été l'ordonnance de deux commandants et on sentait ses gestes emprunt d'une autorité dissimulée, celle qui vous conseille avec assez de doigté pour vous plier à sa volonté.

-Quand à elle vous devriez lui parler sérieusement.

-Schpäter...plus tard, ces enfantillages m'ont par trop déçue...

-Les avez vous au moins entendus de sa bouche? parlez lui ou tout ceci ne fera qu'empirer.

-Zwegloss,inutile,elle semble résolue à afficher une obéissance de pure forme et n'en penser pas moins de nous.

-Laurelinn,vous êtes aussi têtue qu'il y'a vingt ans,quand bien même elle feindrai,on ne demande rien d'autre à un soldat.

elle le regarda longuement hochant la tête, mais resta fidèle à sa manie d'avoir le dernier mot,et de quelle manière !

-Je demande plus à MES soldats..pouvoir leur faire confiance, je n'ai que faire d'automates.

Grüber ne répondit rien,se contentant d'allumer sa bouffarde,qu'elle refusa poliment,souffle oblige, se contentant de humer l'odeur,le même tabac qu'affectionnait son oncle,le vieux serviteur,qui fut son presque père,et ferma les yeux,perdue dans le passé.

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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Angron Manus le Sam 21 Avr 2012 - 12:03

Les vagues allaient et venaient, inlassable, charriant les galets sur la plage de sable et de terre. D'un mouvement ample, serein, échappant à l'emprise de la mesure. Le vent frais qui soufflait sur la côte de Rut'theran apportait les embruns du large, l'air chargé de sel si commun aux gens de mer, ce parfum qui les berce tout le long de leur courte vie, et bien souvent jusqu'aux portes de la mort.


L'homme en armure de cuir et de maille se tenait droit, le visage tourné vers l'ouest, inspirant à grande goulée pour emplir ses poumons de la saveur de ces senteurs étrangères. Il en goutait chaque note, chaque ton, une infinité de détails olfactifs qu'il y a quelques mois à peine, il n'aurait su deviner. Les yeux clos, il savourait un monde aux proportions titanesques, et pourtant inconnu d'un si grand nombre.



Faisant frémir ses muscles, ressentant avec délectation chaque tremblement, chaque fibre, comme répondant à un appel instinctif, une Loi naturelle échappant à la compréhension et la logique. Son cœur se mit à battre plus vite, alors qu'il ne se sentait plus unique, mais double, deux paires de bras, deux paires de jambe, deux visions distincte. L'une clair et coloré, l'autre aiguisé et teinté d'un voile orangé. Alors qu'il se laissait envahir par cette sensation, il sentait l'emprise du monde des hommes lâcher sa gorge, le libérant de cette poigne étouffante. Comme le bruit des chaines qu'on brise, d'un carcan d'acier qui se fissure enfin, ses mouvements devinrent fluides, plus souples. Le frisson d'une libération presque obscène, blasphématrice, son échine frémissant tandis qu'un feulement sourd naissait de sa gorge, jaillissant vers l'océan.



Après la fissure, ce fut l'éclatement. Le bruit d'un millier d'orage, la force d'un millier de secousse. La douleur, aussi. Vive. Brulante. La peau qui semble sur le point de se déchirer, la chair qui fond, les os qui se brisent. Chaque parcelle de ce triste costume qu'au fil des ans, ont lui avait taillé sur mesure, qu'on avait décoré de fresques baroques, de nœuds, de liserais ornementés et d'autres fanfreluches, chacune de ses choses se détachant de lui, tombant au sol comme des morceaux de peaux mortes.


Ce triste masque, ce pauvre manteau qu'on avait enserré sur des épaules bien trop maigres, se déchirait de toute part, glissant en haillons décharnés sur le sol poussiéreux, laissant une peau à nu, écorché, mais lisse et saine.

Sa vision resta trouble quelques instants, avant de s'éclaircir. Gardant ce regard étrange, double, comme s'il observait de quatre yeux, d'un même point. Chaque détail lui apparaissait avec plus d'intensité que jamais, comme si son environnement n'était plus qu'une masse complexe de sons, d'odeurs. Toute logique c'était évanouis, tout raisonnement semblait désuet. Il n'en restait que la manne originel, une genèse des sens, instinctive, véritable.

Il se redressa, lentement, comme pour se sentir tenir sur ses jambes pour la première fois depuis bien trop d’années. Se dressant au dessus du sol, surplombant la terre, l'océan, les insectes, les limaces et les serpents. Libéré de cette chape de plomb, si lourde, si pesante, qu'on avait vissé à ces chairs comme une croix.

Il huma profondément l'air ambiant, chargé non plus de souffre et d'acier, mais d'un voile de cèdre, de sous-bois et d'herbe fraiche.

Puis il regarda vers le sud.
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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Laurelinn Hellenlicht le Lun 31 Déc 2012 - 19:06

Le bal des fantômes... an 32...

Comme tous les ans.

La tablée était à la fois solannelle et bruyante,bruissant des différentes conversations qui se livraient souvent par petit groupe de deux ou trois personnes,parfois attablés parfois debouts.
La grande nappe blanche entrecoupée de ci de la de couverts disposés à intervalles réguliers avec une rigueur extrème comme par osmose avec celle des convives,semblait parfois comme un long suaire jeté sur l’assemblée qui ne formait malgré sa disparité qu’un seul corps qui n’en finissait pas de mourir,les convives bercés de l’illusion d’avoir échappé jadis à la mort.

Cette mort n’était pas celle qui arrache un grand père aimant qui a vu trop d’hiver à l’affection de sa famille(ou soulage une autre famille de la présence odieuse d’un vieux tyran qui pousse un indécent soupir de soulagement une fois les amis sortis du cimetière )mais une mort horrible,noirâtre,suintante et rapide contre laquelle le plus pieux des clercs se sent impuissant,crée et sortie des éprouvettes,tapie dans les glaces ou sous la capuche de fanatiques qui l’ont déversée sur le monde,laissant à ces hommes et femmes déjà parfois à demi morts eux même sous le poids des ans,l’herbe jaunie d’une terre désolée peuplée de corps tordus dont le souvenir de l’humanité ne vit plus que dans le cœur des survivants et les questions des plus jeunes.

Comme tous les ans.

Cette année de plus arrachée au cauchemar dont les tourments nocturnes s’attachent à l’esprit comme autant de griffes avides réclamant leur part faute d’avoir pu entrainer les chairs,laissera place à la suivante..
Comme tous les ans la nappe-linceul s’offre à la vue des convives,la même,car la bande de fantômes sur pied y est très attachée,arrachée par l’une d’entre eux au grand hall de ce qui est à présent un amas de ruines couvert de champignons mutés et toxiques dans un cauchemar végétal,veillant sur des poutres sans âges calcinés et désormais immobiles qu’est devenu le grand hall de l’école des cadets de Stratholme,brodée de motifs et d’armoiries que Laurelinn Hellenlicht,une des plus jeunes d’entre eux,a pu sauver de la désolation.

Comme tous les ans

Comme tous les ans,des chaises demeurent vides et l’assiette retirée,laisse place à une cape,une épée antique chargée d’histoire,un insigne patiné par le temps ou un drapeau plié,une pipe sculptée ou tout autre objet dont les vivants aiment à chérir.

Comme tous les ans ses voisins semblent se tourner vers cette chaise comme pour demander une confirmation à leur opinion,son approbation sur leur blague et semblent presque s’adresser à lui comme si il était encore à leur coté,seul l’éloge du disparu rappelle encore qu’il n’est plus de ce monde.

Comme tous les ans,que leurs souvenirs se dissolvent au fond d’une bouteille ou dans la mélancolie d’un regard qui en a trop vu,soigneusement caché derrière une batterie de médailles,des certitudes inébranlables ou l’uniforme d’une armée défunte aux plis impeccable le reste de l’année,ils sont la,pour se sentir vivants.

Laurelinn traça distraitement une silhouette reptilienne sur la table comme une marque indélébile sur une nappe nappe qui serait de toutes façons nettoyée,comme si le temps pouvait tout effacer,comme un symbole et un défi,qu'elle recouvrit d'une coupe ouvragée aux armes de Lordaeron avec le claquement sourd frappé si familier aux joueurs de dés,comme on écrase un insecte chapardeur sur une table d'été quand le temps se remet au beau.

Et elle n'y pensa plus.Une chose dont elle avait toujours été maitresse,rares sont ceux qui étaient aussi douésqu'elle pour prendre leurs souvenirs,les ranger dans des boites et fermer le tirroir.

Mais il reviendrai...cette femme à la volonté hors du commun n'avait jamais pu jeter la clé...

Comme tous les ans…

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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Angron Manus le Mer 2 Jan 2013 - 12:14

De sa main droite, elle tenait une coupe de vin, qu’elle portait parfois à ses lèvres plantureuse pour boire une gorgée du breuvage carmin. De sa main gauche, elle pianotait sur l’accoudoir du fauteuil, assise comme une reine sur son trône, observant d’un œil désintéressé ceux qui venaient se présenter devant elle.

Tout d’abord, ce ne furent que de pauvres hères perdus, venant s’effondrer devant cette vision tentatrice, offrant le peu d’intérêt qu’avait leur misérable vie. Elle n’avait pas prit le temps d’en savoir plus, les brisant entre ses cuisses comme de vulgaires passe-temps. Eux n’avaient rien d’autre à lui apporter, ni richesse, ni talent, ni ambition. Mais tout comme l’or appelle l’or, l’ambition appelle l’ambition. Et ce furent ensuite quelques agents de l’ombre, des cambrioleurs, faussaires, roublards de secondes mains. Des hommes et des femmes qui, de part leur soif de pouvoir et d’argent, se retrouvait à nouer avec les rares serviteurs de la dame vêtue de noir, pour enfin lui promettre de l’aider, en échange de rémunération, parfois simplement en nature.

Et enfin, vinrent les seigneurs. Les lords parias, des patriarches de la pègre. Les plus habiles parmi les leurs, ceux que leurs semblables suivaient par zèle et avidité. Eux furent reçus comme des princes, sourires mielleux, repas abondants, frôlements interdits et nuits torrides. Que ce soit par l’or, la main de fer ou le gant de velours, ils furent nombreux à poser le genou au pied de la Dame de Lordaeron, évoquant leurs vœux à mi-voix, encore frissonnant des délices et des rêves qu’elle avait insufflée dans leurs esprits, tel le venin d’un serpent.



Pour l’heure, elle était seule. Le dernier homme venait de s’en aller, un comte d’après ses dires, fuyant tant l’étouffante chaleur de Forgefer que l’aura exécrable de la sorcière. Seule sa dame de compagnie se tenait quelques parts dans la demeure, ainsi que les deux gardes sombrefer devant sa porte, éloignant les curieux mal avisés. Elle dictait parfois ses directives, certaine d’être écoutée par sa suivante, qui se mettait alors avec frénésie à écrire les courriers, envoyer les nouvelles, exécuter les payements.



Awena Sheppard était ainsi à sa place, touchant du bout des doigts son ancienne condition, celle d’il y a vingt et quelques années, avant que cette petite putain rousse ne brise leur trône, à elle et son frère. Mais tout comme l’hiver, la dame vêtue de noir ne cédait jamais rien, et revenait chaque saison, faisant avancer sur l’échiquier ses pièces.

Elle avait placé ses fous, et frapper au cœur même, laissant sur la cuisse de la vierge une marque indélébile, un signal qu’elle suivrait dans la nuit, qui montrerait le chemin vers les temps nouveau. Puis elle avait fait avancer ses pions, ces légions grotesques de pseudo coupe jarrets qui pensaient dans leur folie détenir les rênes de la criminalité. Les laissant jouer avec des pelles et des râteaux comme des enfants dans un bac à sable, elle ne trouvait plaisir que dans le chaos qu’ils semaient, un voile de fumée opaque qui masquait aux yeux des larbins de la putain les manœuvres véritables.

Et enfin, elle avait bougé sa pièce maitresse. Une de ses plus belles conquêtes, le digne héritier de son monstre de paternel. Il était tout à la fois le plus fervent et le plus dangereux de ses adversaires, et pour autant, déjà prêt à être dévoyé, marchant depuis trop longtemps sur le fil tendu de la folie. Elle n’avait eu qu’a le déconcentrer un instant, souffler quelques mots suaves à son oreille, et le regarder chuter, entrainer vers les abysses par le propre poids de sa cruauté. Brisé dans les flots, refaçonné, comme une lame faites à partir des éclats d’acier, elle avait sorti du fourreau cette arme conquérante, et avait déversé cette créature enragée, chimère aveugle et furieuse au milieu des moutons. Quelques paroles de la patrie, la germe d’une purge de son icône, et à présent il chevauchait de contré en contré, renouant avec ceux qu’il affrontait autrefois, liguant contre les sbires de sa nouvelle maitresse la lie la plus crasseuse du royaume des hommes.



La lame et le bouclier, la goutte qui ferait déborder le vase. Ses fins n’avaient aucune importance, ni même sa vie. Seules les douleurs et les souffrances imposées avaient leur valeur, autant de blessures du corps et de l’âme, que la Sombre Dame abreuverait de son venin, laissant croitre la gangrène et pulluler la vermine. Les seules contrariétés et désillusions de ces maudits pourceaux seraient pour elle le plus délicieux des breuvages. La putain rousse, le jeune écuyer vaniteux, la procureur corrompue, l’inspectrice du Kirin tor irascible, et tout ceux qui leur étaient proches.



Qu’importait le résultat de cette partie macabre, la seule chose qui comptait était d’y jouer, jusqu'à s’y perdre.









……







Le feu prenait rapidement. La maison en bois de chêne s’enflammait déjà, à peine le dernier cadavre tombé au sol. Celui d’un tout jeune garçon, peut être sept ou huit ans. Le cadet de la famille Gruber, sans doute. A dire vrai, Nasgard n’avait cure de cela, et retirant sa lourde lame qui avait presque fendu en deux le corps chétif, il aboya quelques ordres au petit groupe d’hommes d’arme.



Ils avaient surgit à l’aube, sortant de la brume matinale des collines d’Elwynn, chargeant silencieusement la petite masure isolée ou vivait la famille du greffier si proche à ceux qui rongeaient le tendre cœur de sa patrie ; du moins selon les dires de la Dame en noire. Peut-être même que lui aussi, ce greffier puant, soudoyait les comptes du royaume pour son intérêt, ajoutant sa pierre à l’édifice de cette traitrise. Dans le doute, seul le cœur à l’ouvrage permettrait de purger jusqu’au bout ce synonyme de honte pour Hurlevent.

Le jardinier fut le premier à tomber, la tête détachée des épaules par un puissant revers de lame. Après lui, ce fut une femme de chambre, puis la Dame de la maison, toute deux mise brutalement à mort, alors que se rependait dans les murs de la demeure les quatre ou cinq assaillants. Un ou deux hommes tentèrent bien de leur résister, mais ils avaient à faire a des guerriers dont la mort était l’amante depuis des décennies, des êtres dont l’unique et plus habile talent était de mettre fin à l’existence de leurs semblables. En vingts minutes, tout fut achevée, sans que Valerian ne sache si le cadavre du greffier faisait parti du lot. Dans sa rage, peu lui importait de qui provenait le sang, tant qu’il coulait à flot.



Les torches furent allumées et balancer dans les rideaux et les draps, laissant les flammes purificatrices mettre un terme à ce tableau macabre, de cette dizaine de corps réduits en charpie, un spectacle qui aurait donné des nausées même à un vétéran endurcis. Car ce n’était pas la un simple acte de guerre, ou même un triste pillage, mais le déferlement d’une cruauté mû par des désirs blasphémateurs, les mains des meurtriers guidées par le sourire délicat d’une sorcière qui avait prit soin de s’occuper de chacun d’entre eux, pour les garder sous sa coupe même loin d’elle.



Le groupe se remit rapidement en selle, laissant l’incendie prendre, les volutes de fumée qui s’élevaient ne tarderaient pas à alerter les plus proches habitants. Même si Dame Sheppard avait insisté pour laisser à l’égard d’Hellenlicht un message clair, Nasgard savait qu’il n’avait pas besoin d’en faire d’avantage, et que la griffe de cet acte odieux sauterait au visage de cette traitresse au seul vrai Roy, lui renvoyant ses propres erreurs, son échec à tenir les siens en sécurité, et sa responsabilité.



Talonnant l’immense destrier, le colosse de la marche et ses sbires cavalèrent vers le sud, tournant le dos à ce présent offert à la sœur du serpent.
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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Angron Manus le Lun 7 Jan 2013 - 12:23

« Maudite ! Maudite ! »



Les hurlements d’Awena Sheppard résonnaient dans la forêt de conifères desséchés. L’herbe depuis longtemps morte de la corruption ambiante n’était plus qu’un tapis noirâtre, et aucun oiseau ne chantaient aux alentours.



Elle fulminait. Sa robe n’était que lanières d’ombres qui courraient sur ses formes, semblant se tordre d’agonie. La sorcière reposait à genoux au milieu d’un chant de ruine, la ou elle avait réussi à se téléporter, usant de ses sombres pouvoirs pour traverser le néant et échapper a ses poursuivants. D’immondes insectes grouillants, menés aveuglement par cette putain à la chevelure de feu.



Jamais Awena n’avait éprouvé autant de haine, si ce n’était après l’incendie du château de son frère. Chaque parcelle de son corps dédié au stupre bouillonnait d’une rage incontrôlable, revoyant les images de sa défaite alors que la horde de soldats forçaient les portes de sa demeure dans la ville naine sous la montagne. Son champion jeté au sol, sûrement mort à l’heure qu’il était, ce sale batard qu’elle avait enfanté, incapable de tenir ses promesses. Elle espérait du fond du cœur que ce géant brûlerait dans le néant jusqu'à la fin des temps.



A l’humiliation s’ajoutait la solitude. Ses sbires étaient tous mort, ou éparpillés aux quatre coins de ce maudit royaume. Ses forces dispersées, ses pouvoirs amenuisés par l’effort demandé pour échapper aux griffes d’Hellenlicht, Awena éprouvait pour la première fois depuis bien longtemps un étrange sentiment de vulnérabilité, qui la mettait hors d’elle.



Comment avaient-ils osés ? Se mettre en travers de son chemin, une nouvelle fois. La sombre dame se mit à hurler une nouvelle fois, déchainant sa magie corruptrice autour d’elle, foudroyant sur place les conifères les plus proches.



Si la putain rousse voulait créer le chaos, alors Awena Sheppard le lui offrirait. Jamais auparavant sa haine n’avait atteint un tel degré d’intensité, et se relevant malgré les exquises douleurs qui lançaient ses muscles, elle prit le chemin qui courrait au travers de la forêt de Lordaeron. Dans son esprit rongé par les abus et la malveillance, elle ajustait déjà les premières pièces de sa vengeance, jurant d’arracher le cœur d’Hellenlicht à mains nues, quoi qu’il lui en coute.
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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Le Serpent le Sam 21 Juin 2014 - 15:24

La chose n'était guère plus qu'un amât de chair puante et purulente, bien heureusement dissimulée par un large manteau rapiécé, lui donnant l'air d'un vagabond atteint par la lèpre. Elle rampant presque, trainant derrière elle une patte plus courte, et elle laissait derrière elle une sorte de fluide gras. Sa manière de toujours se tenir courbée, prostrée dans ses propres miasmes aurait put être pathétique, si elle n'était pas accompagnée de ricanements malsains.

A coté d'elle, l'autre silhouette était son exact opposée. Elancée, grande, bien qu'elle aussi couverte par un manteau sobre. Cet homme là marchait d'un pas vif, et l'on devinait la prestance et l'assurance qui émanait de lui, et ce malgré la nuit qui recouvrait le cimetière.

La chose vautrée suivait l'homme en manteau, tournant autour en couinant parfois, comme un misérable parasite qui cherchait à se protéger dans l'ombre du bel homme. La voix de ce dernier, un sifflement charmeur, s'opposait aux jappements humides de la créature, bien qu'il s'adresse à elle avec toute l'affection d'un père pour son fils... en apparence.

"Est-ce celle-ci, mon cher serviteur ?"

La limace se mit à opiner frénétiquement, dans une grossière imitation d'une courbette révérencieuse.

"Ouiiii maiiitre... celle-ci... celle-ci... il a bien regardé, maitre, il est resté ici, il n'a pas fauté... il a mérité un petit chien ..?"

Le grand homme laissa échapper un soupire agacé. A cet instant, la chose s'écroula, prise de convulsion en se vidant par les divers - et trop nombreux - orifices de sa miséreuse carcasse, en gémissant de douleur. Ses implorations n'étaient que gargouillement sanguinolent, pleures d'une créature incapable de ressentir autre chose que les plus abjectes penchants de l'existence.

L'homme élégant s'agenouilla face à la tombe en question. Un léger sourire naquis au coin de ses lèvres, et il passa ses longs doigts fins à la surface de la pierre tombale. Immédiatement, les herbes grimpantes et la tombeline se mirent à se flétrir, pourrissant à vue d'œil à la simple présence de l'être mystérieux.

"Tu aura ta récompense plus tard, misérable. Pour l'instant, sors là d'ici. Traines là au dehors. Ce n'est que la première, il ne faut pas perdre plus de temps." L'homme se leva d'un mouvement ample, puis brossa le revers de sa longue robe.

"Maiitre... ouiii.. maitre...." La créature se traina sur le flanc, tremblant. Derrière lui, cette même viscosité purulente se rependait dans son sillage, sans qu'il n'en fasse conscience. Il se mit à creuser la terre devant la pierre tombale en couinant, comme un petit chien pour déterrer son os.

Derrière l'homme-limace, l'être en robe sifflait doucement. Il n'apercevait qu'a peine le résultat de semaines et de mois d'attente, et déjà, il ressentait au plus profond de son être une fascination obscène pour l'avenir qui se dessinait à l'horizon.

"Bientôt... bientôt... nous serons ensemble à nouveau, mon aimée."



Au petit matin, la tombe d'Ana Reeds avait été dépouillée de son contenu, ne laissant que la pierre tombale au milieu d'un cercle d'herbes flétris
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Re: Vingt ans plus tard.

Message par Le Serpent le Ven 8 Aoû 2014 - 23:48



Ce n’était pas un trône. Non, loin de là. Juste un amoncèlement grossier, un tas de rebuts. Des os, de la pierre, du bois et des ombres. Une masse informe, sculptée par un maitre d’œuvre dont les notions élémentaires de géométrie semblaient avoir été perverti par on ne sait quel trouble de l’esprit.

Les êtres qui rampaient au pied de son trône – CE N’EST PAS UN TRONE, MISERABLE – les êtres qui furent autrefois humains ne présentaient aucune forme logique, pas le moindre semblant de symétrie physionomique, et encore moins d’harmonie. Leurs membres couverts de croute purulente trainaient derrière eux, disgracieux et disproportionnés. Des morceaux de chairs dont la plupart n’étaient que des amas de nécrose, assemblés à la hâte pour leur permettre de…. De quoi, d’ailleurs ? Il n’y avait pas plus d’utilité que de beauté dans ces carcasses mouvantes. Ce n’était là que des éclats malsains, des engeances nés de brefs élans de folie ou de génie pervers.

Ils formaient à vrai dire une masse grouillante, ignoble et puante. Un tapis de serviteurs, suffisamment décérébré pour ne pas s’entretuer afin de mettre fin à leurs souffrance, mais assez intelligents pour ressentir en détail leur condition, chaque étincelle de douleur, et les abysses de leur détresse.
Seule l’une d’elle échappait à ce bourbier cancéreux. Un être fragile, délicat, et presque sain de corps. Presque.
Elle apparaissait comme une jeune fille au teint pâle et aux cheveux fins, incolores. Ses traits semblaient avoir été lissés, ou repassés, comme pour en effacer quelques replis ingrats. Elle conservait malgré cela son visage d’antan, à l’exception de ses deux yeux blancs cassés, dépourvu de l’éclat d’intellect des êtres de ce monde.

Elle se tenait mains croisés, sagement, vêtue d’une humble robe de paysanne. Une adorable enfant tout juste adulte, chaussée de petits souliers vermeilles, et portant sur son dos un manteau aux couleurs de l’automne. Elle ne bougeait pas,  immobile au milieu des créatures qui se tortillaient, impassible au concert ignominieux des gargouillements, des râles et des spasmes d’agonie sans fin qui agitaient les enveloppes charnelles des choses au sol.
Elle observait. Du moins, elle portait son regard vers celui qui se tenait en haut du monticule. Il caressait entre ses mains une pierre anguleuse, aux reflets violacés, dont chaque facette laissait voir des volutes danser à l’intérieur de l’étrange objet. Un instant, on eut cru y voir un incendie, et l’instant suivant, c’était le visage d’une femme brune à la beauté trop parfaite pour être saine. Il posa simplement la pierre sur un accoudoir fait d’un mélange de chair humaine et d’obsidienne, puis descendit les marches à la rencontre de la demoiselle.

Il était changeant. Non pas simplement différent par sa posture ou son visage, non, il changeait. A la première marche, c’était un vieillard vouté, à la peau si ridée qu’il semblait être fait d’écorce d’un chêne centenaire. Son regard tendre s’alliait à la perfection à son sourire édenté, de vieux bonhomme tendre et doux, celui d’un grand père fatigué d’avoir trop chouchouté ses petits-enfants.

A la seconde marche, il était un jeune trentenaire, portant une sublime armure de chevalier de Lordaeron. Une chevelure blonde, un sourire charismatique à faire fondre le cœur des dames, et une assurance qui vous aurait fait croire que le ciel est rouge s’il l’avait évoqué avec force.

A la troisième marche, ce n’était plus qu’un enfant d’une dizaine d’année, vêtu de loques, miséreux. Cependant, ses yeux froids et sérieux auraient laissés des sueurs froides au plus vaillant des soldats, tant ils étaient dénués de la moindre humanité.

A la quatrième marche, ce n’était plus un homme, mais une femme, matrone rousse aux airs gaillards, qui trainait son surpoids dans des robes trop ostentatoires, maquillée comme une putain un jour de foire.

Ainsi, de marche en marche, il changeait. Sans cesse, sans qu’on ne puisse voir à quel moment le changement s’opérait, ni de quelle manière. Ne restait qu’un détail, toujours, cette chevalière frappée d’un serpent sifflant, qu’il faisait tourner entre ses doigts. Lorsqu’il se retrouva en bas, il vint poser sa main – celle d’un homme d’âge mûr, vêtu de robes sombres, à la chevelure argent – sur la joue de la demoiselle. Aucune chaleur ne venait ni de l’un, ni de l’autre. Deux corps froids comme la neige, se rencontrant, dans un geste paternel.

« Ma chère et tendre enfant. Tu es si belle, à présent. Débarrassée de tes... impuretés. Vas. Vas, et murmure leur ce qu’ils souhaitent entendre. Susurre à leurs oreilles fragiles, les mensonges éhontés, les vérités insupportables. Que ceux qui m’ont tout prit souffrent, jusqu’à me rendre au centuple»

La chose qui se présentait comme une jeune fille hocha faiblement la tête. Elle déposa une ébauche de baiser sur les doigts du Changeant, levant un regard vide vers lui. Son murmure se perdit dans les borborygmes du bestiaire malsain à leurs pieds. Elle s’éclipsa, silencieux, sautillant sur la pointe de ses talons vermeils.

Lorsqu’Anna Reeds eu laissé le Changeant seul, il se mit à rire et siffler, faisant de nouveau rouler sur sa langue et ses lèvres les syllabes délicieuse qu’il avait choisi d’apprendre depuis peu. Un nom, une clef, une nouvelle porte vers les chemins de son juste tribut. Il les murmura encore, et encore, remontant sur l’immondice purulent qu’il se refusait à appeler trône. Il continuait encore de susurrer ce nom, alors qu’il porta à son cœur le cristal violacé ou dansait l’âme de la belle brune, comme s’il berçait un nouveau-né.

« Al-run… Al-run… »
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Loup et Serpent

Message par Angron Manus le Mer 11 Fév 2015 - 16:45

Loup et Serpent


L’air avait ce parfum acre, chargé des relents de la terre humide et de la mousse grimpant le long des ruines. Une odeur d’abandon, de misères oubliées depuis trop longtemps. Ce qui ne s’était pas effrité au passage du temps avait moisi, et malgré tout, la nature peinait à reprendre ses droits en ces lieux maudits.
En remontant le petit chemin de terre, les images de ce qui fut se superposèrent à celles qu’il avait aujourd’hui devant les yeux, comme un fond opaque, marquant la rétine d’une trace indélébile. A droite, avant le mur d’enceinte, les stigmates de ce qui fut autrefois des cages pendues, dans lesquelles certains détenus étaient exposés pour servir d’exemple.
Un peu plus loin, ce qui restait du corps de garde et du rempart extérieur. Autrefois hautes murailles, taillée dans les rochers sombres d’Alterac, arrivait maintenant à peine au visage d’Angron. Seuls les plus gros blocs avaient résistés à l’incendie, aux intempéries, et par-dessus tout aux noirs sortilèges qui n’avaient jamais totalement disparus.

Le camp en lui-même se composait de trois quartiers distincts. En premier lieu, la zone des baraquements, qui abritait autrefois une garnison complète, une forge, des écuries, et même un emplacement de baliste. Plus à l’intérieur, les Fosses, l’arène ou les orcs se battaient parfois pour divertir le maitre des lieux (et l’aider à en maitriser la croissance démographique sans se fouler) et les restes des cages creusées dans le sol. Bien que ces dernières se devinaient plus qu’elles ne se voyaient, presque entièrement couvertes par l’herbe et la terre.
Et enfin, le donjon. Du moins le grand bâtiment de pierre qui se trouvait au centre du domaine, légèrement surélevé. Une sensation de nausée serra les tripes de l’homme, comme à chaque fois qu’il revoyait cet endroit. Il laissa la Bête s’extraire des limbes de son esprit, pour chasser le flot d’émotions qui s’éveillait en lui. L’effet fut immédiat, et le grognement sauvage qui sorti de sa gorge fit se hérisser son échine.
Mais le changement ne s’arrêta pas là. Bien que dans un élan de volonté il parvint à conserver sa forme physique, la présence de la Bête balaya tout un pan de son être, sans la moindre délicatesse. Sa démarche se fit plus lente, moins droite. Un rictus se figea sur son visage, exposant ses canines hypertrophiées, et chaque mouvement entraina un sinistre craquement de son squelette, alors que chaque fibre de son corps semblait lutter, dans un combat contre elle-même.

Il bondit contre le mur ouest du donjon, le seul qui tenait encore debout, et l’escalada sans peine pour se faufiler à l’intérieur de la bâtisse par une section ouverte. Ses mains garnies d’ongles qui se rapprochaient de plus en plus de griffes proéminentes trouvaient sans peine des accroches dans la pierre froide, jusqu’à le hisser au niveau de son objectif. Angron se laissa basculer de l’autre côté, et la chute de deux mètres fit craquer les planches moisies où il atterrit. Il parvint à conserver de peu son équilibre, usant de son odorat et de sa vue développée comme d’un sonar, au milieu des ténèbres ambiantes.

Maléfices. Sorcellerie. Un fiel noirâtre, suintant de chaque pierre, chaque poutre. Si oppressante que l’homme serra la main sur son arc, pour se rassurer. Tout en progressant presque à l’aveugle, il puisa dans ses souvenirs, car tout ici n’était que tromperie, et même les sens de la Bête ne pouvaient palier aux pièges disséminés ici. Il se souvenait de chaque couloir, chaque escalier, malgré l’état misérable de la demeure.
Il se revoyait, jeune garçon progressant vers l’âge d’homme, arpenter ces coursives en portant des plateaux de victuailles. La faim qui tiraillait son ventre alors que lui-même n’aurait pour seul diner que quelques restes. La peur de  tomber à chaque virage sur l’un des gardes violents, sur Mademoiselle Sheppard, ou pire encore, sur le maitre des lieux.

Le chasseur passa devant le cadre d’une porte effondrée sur elle-même, celle qui donnait autrefois accès aux cuisines. Sans qu’il s’en soit vraiment rendu compte, la Bête avait fait emprise sur son corps, et le Worgen arpentait à présent l’endroit dans toute sa magnificence. Ses lourdes pattes raclaient le sol, et il dégageait sans peine les portions écroulées de ses bras puissants. Ses babines retroussés dévoilaient dans la pénombre des rangées de crocs acérés, reflétant le peu de lumière tel une centaine de dague tranchantes.

Le premier bruit lui échappa, trop distant. Le second qui répondit en écho lui rappela un rire d’enfant, clair et joyeux.
En quelque secondes, Angron pointait les ténèbres d’une de ses flèches barbelées, encochée à son arc massif. Peu pratique dans un endroit aussi exigu, il n’aurait sans doute le droit qu’à un seul tir. Les minutes passèrent, silencieuses, immobiles. Tout comme l’était le chasseur, dont les sens exacerbés peinaient à capter autre chose que sa propre respiration et le sang battant à ses tempes.

Puis les ombres se mirent à se mouvoir, lentement. D’abord de gauche à droite, avant de s’enrouler sur elle-même. Les murs gémirent et un sifflement strident fit se hérisser son pelage, sa main tremblant pour ne pas décocher inutilement son tir au hasard.

« L’enfant prodige est de retour… » Murmura la voix mielleuse, qui provenait à la fois de partout et de nulle part. Le piège se referma lentement, et quand le worgen chercha à reculer d’un pas vers la porte d’où il était venu, il ne rencontra qu’un mur épais. L’opacité ambiante et la réverbération des sens rendaient toute sensation distante. Incapable de mesurer la distance de son adversaire, il grogna de défi.
« Ssssi petit…piégé… Sssssi fragile… et ssssssi seul » Le rire fut repris en échos par les quatre coins de la pièce, si tant est qu’ils se trouvaient dans une simple pièce. Il poussa un grognement plus fort, bandant d’avantage son arc, au risque de le briser.

« Tu fais erreur… C’est toi la proie…»

Un bref instant, les ombres semblèrent vibrer, se flouter. Comme sous le coup d’une légère hésitation, un moment de surprise aussi inattendu qu’éphémère.
Il n’en fallut pas plus, et le chasseur lâcha son arc, pour se jeter corps et âme vers les ténèbres tourbillonnantes, qui l’avalèrent brusquement.



Dans la campagne de Lordaeron, la pluie se mit à tomber.
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LoneWolf

Message par Angron Manus le Jeu 5 Mar 2015 - 17:02

LoneWolf

« - Pitié… »

La plainte s’éteignit dans un gargouillis inaudible, sans réponse et sans échos. L’homme tira sur son bras pour ramener à lui un pan de ses robes, couvrir son squelette décharné par le temps et le Flux. Sa main desséchée eu tout juste le temps de se refermer sur l’étoffe noirâtre avant que la patte griffue n’arrache brusquement son bras qui se sectionna au niveau de l’épaule.

Son hurlement ne dura que quelques secondes, et la douleur lui fit perdre conscience tandis que son enveloppe charnelle était tirée à bras le corps vers l’extérieur par le Monstre aux yeux d’ambre.

…..


Ce furent tout d’abord les morts les plus anciens qui se levèrent. Leurs dépouilles couvertes d’uniformes rongés par les vers titubant maladroitement hors de la terre. Les mains fermées sur les hampes de lances rouillées, ils se tournèrent vers le worgen, leurs orbites vides le fixant depuis la pénombre.

La Bête grogna dans leur direction, et leva ses haches en signe de défi. A ses pieds, plusieurs corps gisaient déjà démembrés.

« Venez ! Venez misérables ! »

La silhouette morbide qui se tenait derrière les rangs des non-vivants siffla dans sa direction. D’un seul geste, il fit se mouvoir ses serviteurs ressuscités, les lançant face à la créature au pelage hérissé. Ils s’élancèrent méthodiquement, comme des nouveaux nés découvrant l’usage de leurs jambes. Certains s’empêtrèrent au milieu des décombres, d’autres escaladant maladroitement les obstacles les séparant du LoneWolf rugissant.

Angron ne fit qu’une bouchée des sbires les plus proches, brisant avec la même aisance armes et os, renvoyant à la poussière les anciens soldats du campement. A chaque coup de hache, un des morts-vivants se brisait en mille morceaux sans pousser la moindre plainte. Mais pour un monstre envoyé au tapis, deux autres prenaient sa place, répliquant de coups fébriles.
La masse grouillante faisait peu à peu reculer le worgen, qui puisait déjà dans ses réserves pour abattre les monstruosités impies avant qu’elles ne posent sur lui leurs doigts griffues.
Sentant le vent tourné, le Maitre des non-morts tira de son fourreau une lourde lame couverte de runes brillantes, et s’avança au milieu de ses serviteurs. Paré d’une armure bronze et ocre, il se déplaçait avec l’aisance d’un épéiste sûr de sa victoire, décrivant d’élégants moulinets de son épée sifflante. La beauté de son visage était aussi hypnotisante que dérangeante, les traits chérubins de sa peau blafarde s’illuminant d’un sourire mielleux en voyant les forces de la Bête faiblirent à chaque seconde.
Acculé, encerclé, Angron parvenait tout juste à se tenir debout pour faire face aux rangs morbides des serviteurs impies et de leur Maitre qui se tenait en première ligne, bourreau assurée d’une victoire déjà acquise.

« Petit ecuyer, je te savais stupide, mais pas arrogant à ce point. Faut-il être fou ou désespéré pour se dresser seul face à moi »

Sa voix n’avait pas changé depuis toutes ces années. Le même ton cinglant, les mêmes accents travaillés, le timbre hautain et narquois. Angron chercha un instant à discerner dans le regard clair du nécromancien les vestiges de l’homme qu’il avait autrefois connu, en vain. La folie, le pouvoir, et les années d’errance avaient définitivement taillé dans l’âme du chevalier, réduisant les restes de son humanité sous l’influence des sombres Arts.

Sheppard s’avança un peu plus, l’arme en main, sans afficher la moindre crainte envers le LoneWolf à bout de forces. Il n’aurait eu aucun mal à dévier la moindre tentative d’assaut, et mettre un terme à ses élans bestiaux. Lorsqu’il se pencha vers son ancien écuyer, son sourire dévoila d’impeccables dents blanches entre lesquelles dansait une langue verdâtre et sinueuse.

« Pauvre petit Manus. Toi qui avais peur du noir, tu reviens seul dans la tanière du monstre. Il est temps d’en finir avec ce petit jeu qui a trop duré. »

Le nécromant serra la garde de son épée, ne pouvant s’empêcher de savourer l’instant, les délicieuses secondes parachevant une victoire qui avait mis des années à venir.
Angron lâcha une de ses armes qui tomba au sol dans un bruit sourd. Le museau baissé, du sang coulant de son pelage sombre, il respirait avec difficulté, cherchant les forces nécessaires à redresser la tête vers Argel. Il cracha un glaviot de sang en lui dévoilant un sourire qui fit ciller le Serpent

« Tu te trompes, sorcier. Ce n’est pas toi, le Monstre »

Un rictus de colère déforma le visage du nécromancien, face à l’impertinence de son ancien écuyer. Il leva la main pour le gifler, faire taire cet insolent qui osait encore et maintenant lui tenir tête et…

« KHAZ MODAN ! »

Ce fut comme si un coup de tonnerre venait d’éclater dans les ruines du fortin. Un mur de pierre explosa, projetant des gravats gros comme le poing qui balayèrent les morts-vivants les plus proches. Avant que la fumée ne se dissipe, un nain massif en bondit, tenant dans ses mains un énorme marteau stylisé pour représenter la gueule d’un brochetripe. Son armure ornementée reflétait la lumière, et même les sbires décérébrés semblèrent un instant prit de court face à l’apparition.

« PLENEZ CA BANDE DE VAULIENS ! »

L’impact du nain chargeant au milieu des squelettes disloqua leur ligne. A chaque coup de marteau, trois d’entre eux s’évanouissaient dans un nuage d’os brisés.
Sheppard siffla avec hargne vers l’intrus, et leva une main dans un ordre silencieux. Le reste de ses soldats non-morts encore debout se retournèrent pour faire face à cette nouvelle menace, là où de simples humains auraient décampés. Une nouvelle mêlée s’engagea, la fureur du barbe-de-bronze face à l’impitoyable avancée des réanimés.

A peine le Serpent eu-t-il envoyé ses monstruosités face au nain déchainé, que deux coups de feu claquèrent dans l’espace exigu. Le premier vaporisa le crâne d’un squelette proche, alors que le second s’enfonçait entre les omoplates du nécromancien, lui arrachant un cri de douleur.

D’une des portes opposée venaient de surgir deux silhouettes supplémentaires. Le premier pointait deux mousquets à canon court dans leur direction, dont les gueules fumaient encore des tirs qui venaient de faire mouche.

« Salut les blaireaux ! La cavalerie est là ! »

Le tireur éclata de rire, lâchant ses armes pour en dégainer une troisième du même acabit : canon court cerclé de bois et de dorures. Il était relativement jeune, malgré des cheveux décolorés aux tons grisâtres. Sa tenue consistait en une armure de cuir et de tissu débraillé, lui donnant l’air d’un matelot à la sortie du bistrot. Il semblait réjouit de son entrée théâtrale, comme s’il attendait des applaudissements pour ses coups au but.

La silhouette derrière lui était bien plus fine, et contrairement au tireur et au nain, s’élança sans bruit dans la mêlée. Sa cote de maille ne gênant presque pas ses mouvements, elle bondit au milieu des squelettes, et en faucha deux à l’aide d’un fouet garnie de lame à sa pointe. Sa chevelure blonde nouée dans son dos aurait pu rappeler une danseuse de la foire de sombrelune, virevoltant avec agilité en faisant tournoyer son arme exotique. A chaque claquement, le fouet balayait les non-morts qui ne semblaient même pas encore avoir remarqués sa présence, concentrés sur le nain braillard qui les broyait sous ses bottes.

En quelques secondes, la balance pencha subitement du côté des vivants. Les relevés, qui tiraient leur seul force de leur nombre, virent celui-ci chuter drastiquement face aux assaillants sans scrupule.

Le Serpent siffla de colère, et malgré la douleur dans son dos, décampa vers un couloir proche. Sans ordres, les morts-vivant perdirent le peu de vigueurs qui les animaient encore. L’homme aux mousquets pointa une de ses armes vers le nécromancien en fuite, fermant un œil pour ajuster sa visée.

« Laisses le moi Etheos ! Celui-là est ma proie ! »

En un battement de cil, Angron s’était redressé, et donnait déjà la chasse au Chevalier déchu. Le tireur grogna de mécontentement, déviant sa visée pour abattre un sbire à la place.

« P’tain, enculé, c’est encore toi qui va te la raconter ensuite avec les filles du bistrot ! »

Mais la remarque de son comparse n’atteignit pas le LoneWolf, qui s’était déjà engouffré à la suite du sorcier en fuite.

…..

La lame fendit les ténèbres, pour ne rencontrer qu’un mur en pierre. Le Serpent frappa de nouveau, encore et encore, délivrant une tempête de coups autour de lui, sans jamais toucher sa cible. Il cherchait à suivre le raclement des griffes sur le sol, les grognements rauques provenant des ombres. La blessure dans son dos le faisait souffrir le martyr, tout comme les entailles récoltées par la Bête qui le traquait depuis plus d’une heure dans le dédale des couloirs du donjon.

« Montres toi ! Impertinent ! »

La seule réponse fut un ricanement rauque et le claquement de mâchoires démesurées.
Sur ses épaules, son armure lui semblait plus lourde. Son épée ne luisait plus, et un étrangement sentiment s’insinua dans son esprit. Comme un aliment qu’on n’aurait pas gouté depuis trop longtemps, une saveur oublié, relégué au rang des souvenirs les plus lointains.

Etait-ce la peur, qui faisait trembler son bras ?

Argel frappa de nouveau, et cette fois, son épée rencontra quelque chose. Le bref espoir de victoire disparu quand il fut brusquement tiré en avant, et que son poignet se brisa.
Le Serpent roula sur le flanc, sentant des griffes labourer son dos. Il chercha à incanter, appeler à lui les ténèbres qui dissimulaient son ennemi, mais en vain. Il glissa sur son propre sang en cherchant à se relever, et quelque chose le frappa au ventre, avec suffisamment de force pour briser une de ses cotes. La sensation d’être soulevé du sol ne dura qu’une seconde avant qu’il s’écrase contre un pilier en pierre.

Cette fois, son adversaire ne se cachait plus. La Bête s’avançait vers lui, d’un pas lourd. Il avait abandonné ses armes, et ses griffes massives dégoulinaient du sang frais. Sheppard chercha à lever une main dans sa direction, mais Angron l’attrapa par la gorge, le soulevant à son niveau, sa poigne fermée autour de la gorge frêle du sorcier.

Les mains d’Argel cherchèrent à éloigner ses pattes velues de lui, agitant mollement les pieds dans le vide. Le worgen arrachant de son membre libre les plaques d’armure ornementées du chevalier déchu, avant de les balancer plus loin. Il le mettait à nu, exposant son corps frappé par la corruption à son regard sauvage. Dans un sursaut pour gagner du temps, le Serpent chercha à parler, mais seul un râle de douleur s’échappa de ses lèvres.

Nu, dépourvu de son armure, le corps frêle du nécromancien donnait l’impression d’un vieillard malmené par un monstre massif. Angron desserra légèrement sa prise, plongeant son regard ambré dans les yeux effrayés du sorcier brisé. Son rictus de crocs saillants à quelques centimètres du visage fripé, il inhala de toutes ses forces.

« La voilà. L’odeur de ta peur. »

Une nouvelle fois, le nécromant chercha à répondre, s’adresser avec sa verve autoritaire et froide, comme il le faisait des années de cela au jeune garçon Manus, à ce petit garçon à peine capable de se tenir droit.
Mais dans le regard qui lui faisait face, il ne vit ni innocence, ni intimidation, pas même la moindre trace de compassion. Juste la fureur d’une Bête sauvage et monstrueuse.

Il s’exprima d’un grognement sourd, ses mâchoires massives s’écartant face au visage tremblant du sorcier.

« Fais-le. Oses demander pitié. »


…..
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Angron Manus
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Re: Vingt ans plus tard.

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