Troisième arcane : Le Règne

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Troisième arcane : Le Règne

Message par Le Serpent le Jeu 28 Aoû 2014 - 16:41



Dernière édition par Le Serpent le Jeu 28 Aoû 2014 - 22:14, édité 1 fois
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Re: Troisième arcane : Le Règne

Message par Le Serpent le Jeu 28 Aoû 2014 - 22:13



"Ma douce ?"

La voix mielleuse, chargée de promesses et de mensonges, se répercuta entre les murs de pierre. Le fauteuil moelleux était sans doute son lieu de méditation de prédilection, et il pouvait y passer des heures entières, à contempler la fumée qui s'échappait de la cheminée. A ses pieds se tenait une créature difforme, qui avait sans doute par le passé appartenu au genre des canidés. Mais la chose non-morte bicéphale qui se tenait là n'avait plus en commun que ses quatre pattes avec un chien. Dépourvu de fourrure, sa peau laiteuse portait plusieurs marques de coups, des plaies purulentes ornaient ses flancs. Ses deux gueules reposaient chacune sur une patte, tant bardées de crocs qu'elles ne pouvaient pas clore leurs mâchoires grotesques.

La jeune femme rousse s'approcha. Vêtue avec l'élégance et la simplicité qui la caractérisait, elle s'inclina devant l'homme installé.

"Maitre..."

L'homme se leva. Depuis quelques temps, il avait délaissé les robes sombres taillés pour un corps fragile et maladif. Sa carrure était à présent encadrée d'une lourde armure aux teintes ténébreuses, savantes nuances de gris et de noir. Celle-ci remontait sur son torse et ses épaules, agencé de sorte à ne pas gêner une éventuelle incantation. Sa chevelure blanche qui s'était épaissie et allongée, coulait dans son dos, et peignée avec soin.
Son visage même semblait s'être arrangé pour correspondre aux canons de beauté. Car l'homme était beau. Bien trop beau. Une perfection des mesures et des écarts, un sourire élégant et un regard transpirant l'assurance. Seule sa peau blafarde, et ses lèvres pâles, dénaturait quelque peu l'origine de tant de beauté. Un agencement de toutes pièces, qui n'enlevait en rien l'aura malsaine qui émanait de lui.

"Comment va notre invité ? Sa suite lui convient-elle ?"

Le sourire malsain du Serpent trouva écho dans celui de la jeune femme au regard intense. Elle ne put s'empêcher de glisser une langue rosée sur ses lèvres, en inclinant le visage. Elle s'approcha encore, jusqu'à venir embrasser la chevalière du nécromant. Celui-ci la releva d'une main, qu'il fit glisser sur sa joue. Elle sentie la poigne glaciale, le mal-être intense de ce contact répugnant.. et bien sur, le désir, et le pouvoir qui émanait de lui. Elle s'en abreuva, et lorsqu'il lui fit lever le visage pour l'embrasser, elle y répondit avec entrain.

"Oui, je pense... maitre. Je vous apportais les courriers des disciples."

Elle lui tendit une liasse de parchemin. D'un geste agacé, il les fit défiler devant ses yeux, ne s'arrêtant que sur le dernier avec une légère moue. La jeune femme rousse gardait le regard levé vers lui, empreinte d'idolâtrie et de possessivité palpable.

"Décevant. Mais guère surprenant. Vous aviez raison, ma chère et douce enfant, la noblesse du sang ne fait pas la finesse de l'esprit."

Leurs rires se mêlèrent et s'éteignirent dans un baiser passionné.  La jeune femme s'inclina avant de quitter la pièce, non sans avoir annoté dans son esprit les souhaits de son maitre concernant ces quelques affaires. Elle se rendit immédiatement au poste des pigeons voyageurs, avant de transmettre les messages en question.


*****

Une fois seul, le nécromancien reprit dans ses mains le cristal aux reflets violacés, dans lequel on pouvait apercevoir le visage d'une femme. Il caressa l'artefact avec douceur, murmurant comme à un nouveau né chétif.

"Bientôt... bientôt..."

Laissant son esprit vagabonder, le Serpent se laissa à imaginer les tourments que son invité de prestige allait endurer, avant que son esprit ne cède. Et plus que tout, il se réjouit de voir les graines fertiles donner d'aussi bons fruits, entre les doigts boudinés des faibles d'esprit



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Re: Troisième arcane : Le Règne

Message par Leyland de Castellange le Dim 31 Aoû 2014 - 13:24


On s’était donné beaucoup de mal pour faire sombrer Castellange, au sens littéral comme un au figuré. D’ailleurs si un tunnel fin et interminable -du moins était-ce l’impression que retenait Leyland, puisque ce couloir long finissait par disparaitre dans l’obscurité la plus noire- ne se présentait pas devant ses yeux, Castellange aurait juré être emmuré dans un puits. Les bras enchainés et le dos appuyé contre un mur cylindrique aux pierres noircies par une humidité persistante, la seule lumière qui parvenait quotidiennement au chevalier –ou plutôt ce qu’il en restait- était un soleil au zénith qui brûlait sa peau mise à nue. Il ne savait plus ce qui était le pire, le soleil qui le consumait, l’humidité qui suintait des murs et qui ruisselait sur sa peau ou l’infâme boue vaseuse dans laquelle s’enfonçaient ses pieds devenus crasseux. Et encore, ce n’était peut être pas le plus terrible car son derrière, lui, n’avait pas la chance de toucher le sol. Ainsi, le chevalier était suspendu dans une position improbable et la contorsion que ses chaînes l’obligeaient à réaliser affaiblissait chaque jour un peu plus sa santé.
En tout cas, une chose était sûre : l’admirable propriétaire des lieux s’était donné beaucoup de mal pour faire sombrer Castellange.

La seule chose que pouvait encore faire le Seigneur était de penser. Dans les méandres de son inconscient, les images de son domaine saccagé, incendié et corrompu par de la magie lugubre revenaient sans cesse à sa mémoire. Les macchabés de miliciens, de soldats et de paysans qui s’entassaient dans les champs, dans la fange ; les cris d’enfants et de femmes qui déchiraient le silence de la nuit. Le galop du chevalier qui déchiquète les goules puantes, la chute de son cheval, la lance qui se brise et l’océan de revenants qui finit par l’engloutir, la lune qui disparait enfin. Il n'avait pas eu le loisir de voir qui avait bien pu l'attaquer dans le dos mais il était clair que les armes n'étaient pas équitables et que les beaux principes de la guerre et de la chevalerie n'avaient pas été respectés des deux côtés.

A ces lugubres pensées, à cette douce solitude dans la boue malodorante, à l’humidité s’engouffrant même jusque dans ses yeux cernés, gonflés et rouge, au soleil ardent qui le cognait chaque jour s’ajoutaient les visites ponctuelles de quelques jeunes gens qui venaient nourrir et abreuver le Seigneur d’un domaine en ruines. Castellange ne savait pas encore si c’était vraiment pour lui rendre service tant le maintenir en vie ici relevait finalement du sadisme mais au fond de lui, il savait qu’il le saurait bientôt.

Leyland ne savait pas où il était mais ce n’était clairement pas ce qui occupait ses pensées actuellement, la vraie question était de savoir ce qui l’abandonnerait en premier : son intégrité physique ou son intégrité mentale. Il ne voulait évidemment pas donner ce plaisir à son hôte mais aucun être humain n’était capable de vivre cette situation de façon prolongée sans encaisser de profondes séquelles. Surtout que cet hôte sympathique réservait encore sans doute bien pire à ce chevalier qui ressemblait déjà à l’heure actuelle plus à un mort qu’à un vivant.
Le Seigneur de Castellange épuisait ses forces déjà minces à repousser les rats vicieux et les insectes putrides qui n’attendaient qu’un signe de faiblesse de l’humain pour venir ronger sa peau sale et râpée tels des charognards avides de viande et de sang. Il est d’une cruelle ironie qu’un chevalier de l’Alliance succombe au fond d’un donjon de pierres noires, grignoté par des rongeurs grisâtres. Ce n’était pas vraiment ainsi que Leyland voyait finir sa vie, même dans ses pensées les plus noires...
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Re: Troisième arcane : Le Règne

Message par Le Serpent le Mer 3 Sep 2014 - 21:25




Bien des auteurs décrivent l’enfer du néant comme une cacophonie hurlante, un maelstrom sans fin de sons et de couleurs, des visages de démon se tordant au milieu des flammes. Un chaos sans nom, mouvant sans cesse sous les courants d’éther, balayant les âmes des morts. Cette vision répandue laisse la part belle aux élucubrations des artistes de tous bords qui dépeignent ce lieu de perdition à grand renforts de couleurs chatoyantes, de sons dissonants, de phrasé ampoulés.



Pour ceux qui connaissant la nature véritable de l’enfer, il n’en n’était rien. Castellange l’aurait hurlé mille fois, si sa gorge n’était pas asséchée au point de souffrir le martyr à chaque goulée d’air qui le séparait de la vie et de la mort. Son néant, son enfer à lui, n’était que silence. Silence, froid, et solitude.

Dans ce trou  ou il avait été jeté, pratiquement aucune lumière ne lui parvenait., si ce n’était de temps à autre la lueur d’une torche lorsqu’on lui apportait quelques provisions. Ses yeux s’étaient habitués à l’absence de vision. Comme tout être conscient de son état, il s’était rabattu vers ses autres sens. Mais au lieu de palier, la torture n’avait fait qu’empirer.

Tout d’abord par ce que le seul bruit qui berçait ses journées était sa propre respiration, rauque, qui se répercutait en échos aux parois de pierre, accompagnée du tintement d’un filet d’eau qui goutait depuis le mur proche. Il pouvait compter le nombre de « ploc » qui retentissait dans son crâne. Ce seul bruit, infime, était devenu une tempête. Chaque répétition identique sonnait à son esprit comme un millier de timbales, lui procurant des migraines insoutenables.

Le goût, lui aussi, s’était figé, dans une parodie douloureuse. Ses papilles desséchés ne pouvaient plus que ressentir le goût du sang séché sur ses gencives, et de l’immonde pâte pleine de grumeaux qu’on lui donnait à manger. Chaque déglutition s’en trouvait pénible, lui donnant l’impression d’avaler du gravier.

A cela, s’ajoutait l’odeur. Sa propre odeur. Faisandée, la chair qui commençait à s’infecter, alors qu’il reposait dans ses propres déjections. Son nez ne lui envoyait plus qu’une masse insondable d’information, qu’il cherchait à ignorer pour éviter de s’en rendre malade. Il aurait été moins cruel de dire qu’il ne sentait rien, car à chaque instant, il pouvait humer les pires fragrances de son propre corps, provoquant un dégout auto-ciblé de la pire espèce.



Ne lui restait que le toucher. Ses mains calleuses, couvertes de croute d’avoir trop saignés, ne parvenaient qu’à stimuler l’esprit du chevalier que par bribes. Ses mains qui autrefois empoignait sa noble lame ne lui servaient qu’à crever dans ses propres immondices, et à se nourrir avec moins de dignité qu’une goule.



Car son geôlier, s’il était une de ses créatures misérable au possible, excellait à mettre en pratique les désirs de son Maitre. Olaf se trainait au-dessus du trou creusé à même la roche de la caverne, nourrissant le moins possible le prisonnier. Dans ses spasmes de plaisir sadique, la chose borgne et bossue qu’il était s’amusait parfois à lui uriner dessus, ou lui jeter quelques cadavres de rongeurs (Mais pas de chiens, non, non, les chiens sont pour Olaf, si gentil Olaf)



Il s’assurait cependant de le maintenir en vie, tel que le Maitre l’avait souhaité. Et Olaf savait que dans le cas contraire, sa misérable non-existence s’achèverait brutalement, et dans un tourbillon de douleur trop atroces pour qu’il se laisse à l’imaginer.





Plus haut encore, dans une des salles surplombant « la caverne », les conjurés se rassemblaient. Tous masqués et encapés des pieds à la tête, ils formaient au centre de la pièce un cercle parfait. Plus grand à chaque fois qu’ils se réunissaient, les Disciples s’inclinèrent, lorsque le Maitre se présenta à eux. Au-delà du cercle des Disciples, d’autres attendaient. Eux n’avait pas de Don, ils n’étaient que les lames dentelés, les rapiats, les malandrins, les aliénés et les mutants. Certains vivants, d’autres morts, la plupart glissant dangereusement de l’un à l’autre. Ils n’étaient pas simplement des hors la loi ou des repris de justice, non, car leur tare se lisaient sur leur corps, dans leur esprit malade. Tous s’abreuvaient du vice, de l’horreur malsaine, de la douleur infligée et reçue. Des êtres dont l’existence même représentaient aux yeux de la Lumière une offense. Pour autant, comble de l’ironie, ils étaient ici tous égaux.

Au pied d’un même maitre, certes, mais tous égaux quand même.



Nains, orcs, humains, elfes. Corrompus, ou corrupteurs. Sorciers déchus, étudiants du kirin tor recalés, vierges séduites par les visions d’insanités, soldats en manque de sang. Ils n’était pas des centaines, loin de là, juste quelques douzaines, dont la plupart finiraient comme goules ou zombies sacrifiables. Autant d’outils que le Sombre Serpent maniait avec l’adresse d’un chirurgien, usant de flatteries, menaces et promesses. Le Nécromancien avait beau être doués de grands pouvoirs, son arme la plus dangereuse restait sa langue sifflante, murmurant à l’oreille des plus fragiles doutes et cauchemars.



Lorsqu’il leva les bras, tous s’inclinèrent. Il glissa ses paumes l’une contre l’autre, sifflant entre ses lèvres pâles.



« Mes enfants… mes chers, et tendres enfants… »



Une seule se releva. Sa chevelure rousse aux reflets d’un brun mat ondoyait dans son dos, comme une flamme vivante. Bien qu’elle fut par le passé d’une de ses beautés froides, l’influence du Ténébreux avait sublimé ses traits, transformé son charme en une chose plus intense, profonde. Si le prix fut démesuré, le tribut  lui, éclipsait sans le moindre doute toute forme de retenue. L’Apprentie n’était pas belle, car la beauté repose sur des critères propre à chacun, subjectifs et temporels. Non, elle était La Beauté. Reflet de l’aura du Maitre, elle était tantôt brune, tantôt blonde. Plantureuse, pulpeuse, ses traits semblaient à la fois changeant et immuables. L’esprit faible qui aurait posé trop longtemps son regard sur elle, aurait senti sa corné le démanger, et les larmes l’auraient forcé à détourner les yeux. Certes elle ne maniait pas encore ses nouveau pouvoir, comme un vase trop plein cherchant son équilibre, mais la singularité de son aura ne pouvait laisser indifférent.

Elle se tenait juste derrière Lui, debout. Elle n’était pas une des Disciples, elle était l’Apprentie.



Le Serpent tira de son fourreau une épée gravée de rune, sous les soupirs extatiques des plus conjurés les plus proche. Une jeune femme nue fut trainée jusqu’à lui, au centre du cercle, sous son regard paternel. Il lui offrit sa main en signe de rédemption. L’innocente aperçu la clémence de son sourire, et elle fit un pas de plus vers lui, pour le remercier d’une voix tremblante. Et ce ne fut que lorsqu’il vit le blanc de ses yeux, perlé des larmes de sa gratitude, qu’il lui trancha la tête d’un seul coup d’épée.



Le crâne stupéfait roula au sol, et le corps s’effondra quelques instants après, son sang écarlate s’écoulant dans les rigoles creusées à même la pierre.  Le grand cercle de runes se mit à briller, sous les pieds des disciples, alors que le fluide vital vint nourrir le sortilège. Tous sentirent l’engrenage du Flux, la pression exercée sur les lignes telluriques. Comme la main vicieuse du destin, courbant les incantations, le Maitre se mit à psalmodier d’une voix grave, rejoint en échos par ses disciples. Certains s’effondrèrent, lorsque leur boite craniène implosa sous l’essence corruptrice qui se déversait de leurs lèvres, ce qui ne fit que renforcer la détermination  des autres.



Ce n’était pas là qu’un vulgaire sortilège composé de plusieurs voix, mais une architecture arcanique complexe. Un orchestre de Flux, de contre-pouvoir, d’harmonies et de temps respectés. Une syllabe de travers, et c’était la mort. Un tempo trop rapide, la mort. Un ton trop bas ou trop haut, la mort.



La mort était partout. Autour d’eux, en eux, maitresse capricieuse, dont le conclave appelait à ses bénédictions. Le Serpent leva les bras à l’apogée de la tempête, et tout cessa. Plusieurs corps s’écroulèrent encore, certains desséchés, d’autres glacés, et d’autres encore brûlés au plus intense degré.

Même l’Apprentie semblait essoufflée, Son visage déformé par la douleur du contrecoup.



Le Serpent siffla doucement, une langue longue d’une vingtaine de centimètre à la couleur verdâtre et l’aspect écailleux s’agita entre de ses lèvres.

Tout d’abord, rien ne se passa. Pas un échos, pas un frémissement. Puis un murmure naquit, murmure qui devint tremblement. La terre elle-même grondait sous leurs pieds, alors que les  runes couvertes du sang du sacrifice se mirent à briller. Sous leurs pieds, puis contre les parois, jusqu’au plafond vouté de la montagne. Et bientôt, les conjurés furent plongés dans cette étrange nuit parsemée d’étoiles qu’étaient les Runes brillantes, chaque résonnant comme un chant propre, chargée des plus immondes pouvoirs.





Sous leurs pieds, l’unique complainte qu’ils entendirent, fut le terrible hurlement de douleur du Chevalier de Castellange, soumis à toute cette corruption.



Argel Sheppard sentit le même frisson qu’il avait ressenti des années de cela, en menant à bien ses premières expériences sur les orcs du camp d’internement. La sensation grisante d’une première fois réussie, couronnée d’un succès qui ne faisait qu’en appeler d’autres.



« Meurs… meurs, mon enfant, pour mieux renaitre… »


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Re: Troisième arcane : Le Règne

Message par Leizen le Jeu 4 Sep 2014 - 13:48

Voilà prés de trois années que Leizen Alrun participait à cette affaire "Sheppard". D'abord en l'ayant mené contre Awena lorsqu'elle était responsable du service enquête à la Garde Urbaine puis, depuis un mois, en s'y joignant -bon gré, mal gré. Après tout Adhrian ne lui avait pas laissé le choix- en tant que simple citoyenne.
Elle était loin d'avoir subit le sort du Chevalier Castellange malgré son implication de longue durée au dossier, et c'est dans le confort, certes sommaire, de l'Institut Ebonlocke qu'on l'invita, via communicateur, à se rendre en Hurlevent pour effectuer un examen auprès de la Duchesse de Edenblow.

Après l'inspection de la demeure de la Noble quelques jours plus tôt et les propos tenus par cette-dernière lors de son interrogatoires. L'ex-Major s'était déjà faite une idée bien précise du rôle d'Ashley Magaret dans cette affaire.
A tout cela venait s'ajouter la "Rumeur". Sur ce dernier point, pourtant, Leizen n'accordait qu'un crédit mitigé. Les on-dits sont souvent amplifiés, voire déformés. La réputation sulfureuse de la Duchesse donnait, bien entendu, du grain à moudre au dossier "Sheppard" qui, par bien des aspects, était plus que scabreux. Mais cela n'avait, finalement, qu'une importance minime. Comment se couche la brune et avec qui elle se couche ne regardait qu'elle.
Sauf que De Edenblow s'était parée de l'habit de "L’innocente", poussant même le jeu du personnage candide jusqu'à se dire "Victime". Encouragée en cela, par un Lieutenant acquis à sa cause, arguant comme preuve de qualité la collecte aux orphelins que la Duchesse avait organisée.

Ce fut le point de rupture. Là, à cet instant.

Deux mois de perdus. Deux mois que la Duchesse était le réceptacle, non inquiété, à la corruption ténébreuse de Sheppard.
Si elle avait parlé plus tôt, ils auraient pu mettre en place une surveillance à la maison de la noble et ils seraient peut-être en train d'interroger Le Serpent, lui même, plutôt que de suivre, comme des pantins, les miettes que celui-ci voulait bien leur laisser.
Car Ashley n'était qu'une miette. Loin d'être exempt de tous soupçons évidemment mais elle n'était pas une actrice assidue et féroce à la vengeance d'Adhrian.
L'occasion était manquée. Et le silence de la brune permettait à Sheppard de disposer ses pions comme bon lui semblait.
Et ce pas une semaine en avance, ni trois, ni six, non deux fichus mois ! C'était un de plus à la réapparition "officielle" du Nécromancien, un de plus à la réouverture de l'enquête.
Tout ce temps perdu pour rien. Tout ce temps perdu car la demoiselle se sentait trop "seule" pour faire son devoir de citoyenne et venir dénoncer ce cadeau empoissonné.
Comble du comble, on osait lui agiter sous le nez cette collecte aux Orphelins pour témoignage de bon comportement ? La belle affaire ! Ashley n'avait plus qu'à en organiser une seconde car grâce à sa discrétion, injustifiable, sur le retour d'Adhrian, il avait, depuis, fait de nombreuses autres victimes.
Leizen n'entendait même pas un "Ce n'est pas bien. Vous auriez "du" venir plus tôt".

Alors, oui, ce fut là le point de rupture.
Avaient-ils tous perdus la raison ? C'eut été n'importe qui d'autre, on aurait donné un sermon digne de ce nom. C'eut été n'importe qui d'autre on aurait accusé de complicité "involontaire".

Ni les propos douteux et controversés, ni les cancans d'Hurlevent, ni même la corruption considérable que l'on avait décelé chez Ashley n'eurent raison de sa patience.
Ce fut la bêtise.
A la loyauté on trouve un sens, à la cruauté on en distingue également mais à l'idiotie, aucun.
Et en tant que pragmatique acharnée, ça, Leizen Alrun, ne pouvait l'accepter sans broncher.

La magicienne aurait aimé discerner une once de culpabilité ou, en étant moins exigeante, sentir une Ashley "concernée" par les atrocités que son choix imbécile avait engendré.
La Duchesse n'était, certes, pas une ennemie implacable, mais elle restait seule responsable et seule coupable de sa décision absurde. C'était l'unique conclusion logique à cette entrevue.

La logique mise à mal, Leizen ne se gêna pas pour dire haut et fort ce qu'elle en pensait.
Quatre minutes plus tard, elle quittait rapidement les lieux. Le travail pour lequel on l'avait convié avait été fait.
La Blonde-Cendrée n'avait plus de temps à perdre. On s'était abusivement chargé pour elle de lui en gâcher.

L'ex-Major en était revenue de ces trop longues procédures. De ces méthodes restrictives qui n'autorisaient aucune ruse quand l'adversaire, lui, en abuse.
De ces citoyens qui ne semblent pas assez compromis pour leur offrir des informations concrètes mais tout de même suffisamment impliqués pour leur faire perdre du temps en interrogatoire, alors que l'on frappe ailleurs.
Sheppard, pour l'heure, les distançait de deux longs mois. Il fallait faire changer la donne.


Dernière édition par Leizen le Jeu 4 Sep 2014 - 20:13, édité 3 fois
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Re: Troisième arcane : Le Règne

Message par Karven Stolen le Jeu 4 Sep 2014 - 15:34

Le factionnaire, un brave gars loyal et sans histoire, referma la porte de la caserne derrière le Capitaine Stolen, saluant l'officier vêtu en civil en cette heure bien avancée de la nuit. Le jeune veuf regagnait l'étage ; sans doute pour s'enfermer dans le bureau.
Aussitôt, le soldat jeta un coup d’œil à son camarade de faction à l'entrée du bâtiment. Un regard lourd de sens, et de questions, aisément remarquable malgré la visière des heaumes recouvrant les visages des deux soldats de Sa Majesté. Juste après, les deux militaires se penchèrent l'un vers l'autre, pour parler à voix basse.
Karven n'était guère dupe des choses chuchotées dans son dos.
« Est-ce qu'il tient le coup ? Est-ce qu'il demeure fiable ? Est-ce qu'il est toujours apte à remplir son office de membre d'Etat-Major ? »

Le borgne ne pouvait guère en vouloir à ses pairs de la Garde de Hurlevent, les questions de ces derniers demeurant légitimes et somme toute logiques. Il feint de n'avoir rien vu ni entendu, et continua son ascension des escaliers menant aux bureaux. Il déverrouilla la porte de celui des officiers, et s'y enferma.
Atteignant la fenêtre, il en ouvrit le battant pour observer les hauts remparts et fières tours du Donjon ; symbole de la puissance du royaume qu'il servait, le plus modestement possible. Dégainant sa pipe et la bourrant de tabac, il en porta le bec à ses lèvres, et vint l'allumer à l'aide de son petit briquet.

Exhalant la fumée par les naseaux, il profita de ce moment de calme, moment volé à la faveur d'une nuit claire et lumineuse ; la lune pleine et ronde dressée haut dans le ciel.
La nuit, il ne parvenait de toute façon pas à dormir. Autant mettre à profit ce temps pour travailler, et tenter d'avancer sur les dossiers du moment.
L'un d'entre eux, c'était évident, le touchait plus que d'autres. Mais hélas, dans cette affaire également, ils n'étaient de toute façon que tristes ou malchanceux spectateurs ; à défaut d'êtres acteurs. Cette "La Clef" les obligeait à subir, tout autant que « cette engeance de putain » de Sheppard.
La roue finirait par tourner, que ce soit avec cette maudite défia lui ayant ravi épouse et avenir, tout autant qu'avec ce sorcier noir d'Adhrian.

Ladite roue, qu'elle soit du destin, de la chance, ou du hasard, aurait pu être favorable aux gens de la Garde plusieurs mois plus tôt. Il n'en fut et n'en serait rien ; par la faute d'une noble ayant par trop gardé secret les sévices infligés par son "faux" frère.
Karven aurait pu s'en énerver, éclater de rage de colère, mais il s'en voulait également à lui même.
Argel Bennet.
Argel Adhrian Sheppard.

Comment avait-il pu ne pas faire le lien ? Ce « fils de pute » était là, juste sous leurs yeux, pendant des mois. Personne d'autre, hélas, ne l'avait fait. Ce lien. Le Capitaine Stolen aurait été prêt à accepter qu'un autre que lui remarque ce détail si important (ç’aurait été humiliant pour lui et son orgueil, mais il l'aurait accepté de bon coeur !), pour peu que ceci se fût soldé par l'arrestation de cet éminent taré adepte des magies occultes.
Il n'en avait rien été.

Il relâcha de sa gorge la fumée ocre avec un soupçon d'agacement, dans un soupir bref et empli de contrariété. Secouant sa pipe pour en faire tomber les derniers grains de tabac à demi consumés, il rangea cette dernière à sa place, refermant ensuite la fenêtre. S'installant au bureau, il observa les nombreux parchemins étendus devant lui ; remarquant ça et là sa propre écriture ou celle d'autres camarades.
Il reprit entre ses mains le rapport, tout récent, faisant écho à l'interrogatoire et aux examens d'Al-Rakim et Edenblow.

Il aurait pu attaquer d'entrée et réagir avec la même fougue qu'Alrun, sans prendre de gants ni de pincettes. Il en était capable, l'Archimage Archandre Hathren en ayant fait les frais une heure plus tôt.
Il n'en avait rien été ; le Capitaine préférant argumenter crescendo, ajoutant à tel fait un autre, puis un autre, jusqu'à en arriver à cette conclusion : Trop de louche attise la suspicion. La bougresse avait eu beau monter sur ses grands chevaux, rien n'y changerait.
La Duchesse resterait sous surveillance de la Garde. Elle resterait suspecte. C'était écrit noir sur blanc.

« - Vous comprendrez que ce temps passé sans rien dire puisse nous sembler plus que suspect, avait-il argué durant l'interrogatoire, d'une voix sévère mais mesurée.
- Suspectez, avait sobrement répondu la Duchesse. »

Et le Capitaine Stolen, tout comme le reste de la Garde, ne s'en priverait pas. La Duchesse avait quitté la Garde en colère, goutant peu aux questions de l'officier de la Garde sur sa vie personnelle. L'officier en question n'en avait cure.
Karven lui avait laissé quelques jours pour se purifier totalement de la sombre énergie que son "faux" frère lui avait insufflé à son insu ; disait-elle. Se décidant à n'en parler que des mois plus tard.
Le borgne avait bien son idée sur la question. Il n'était et ne serait jamais un lapereau de trois semaines ; aussi ne viendrait-il jamais à négliger quelque piste ou option que ce soit. Si Lady Ashley était complice active, à défaut d'être passive, ils le sauraient rapidement. Un Porte-Flamme lui était proche ; Karven estimant que le Paladin saurait réagir avec probité. Du moins l'espérait-il.
Il jeta un œil sur sa droite, là où se tenait assis Oliver Shephard quelques heures plus tôt, comme un écho à la suite des événements ayant jalonné cette soirée animée. Le Capitaine Stolen se doutait qu'après la "mise au point", le Lieutenant n'agirait plus de la sorte. A ses risques et périls.

Avec ces pensées en tête, retournant tel fait et tel fait dans un sens puis dans l'autre, le Capitaine faisait la moue. Comme souvent ! Son visage, défiguré au côté droit par une balle ayant manqué de le tuer des mois plus tôt, arborant un masque de contrariété certain. Dans cette affaire, demeuraient bien trop de choses qui "auraient pu ou du être".

Place à l'action, dès lors ! Les révélations d'Alrun allaient en ce sens, et Karven s'en félicitait.
Sheppard, pour l'heure, les distançait de deux longs mois. Il fallait faire changer la donne.
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Re: Troisième arcane : Le Règne

Message par Le Serpent le Jeu 4 Sep 2014 - 21:25







Certains êtres sont faits pour briller sous la Lumière, récolter les louanges des leurs et s’élever vers l’honneur, la vérité, ou toute autre valeur morale.

D’autres sont faits pour semer le chaos, la mort, ou toute autre forme de mal au sens manichéen du terme.



Tout ceux-là ont en commun ce sens d’exceller, de faire mieux demain que la veille. Ils avancent avec le but constant de s’améliorer, prendre plus grande emprise sur leur quotidien et accomplir leurs souhaits et leurs ambitions.





Sauf pour Olaf, bien entendu. Olaf, lui, ne veut que servir le maitre, et s’occuper des petits chiens.



« La chose, la Limace », s’extirpa lentement de la terre meuble, ou il avait passé la nuit. Couvert de terre et de graviers, son épiderme maladif reflétait le clair de lune. Un voyageur égaré dans les bois de la pénombre l’aurait facilement confondu avec une goule. La crasse qui le recouvrait, collant ses vêtements à sa peau suppurante, lui donnait un teint uni, mélange de gris et de marron. Sous les loques qu’il portait, son corps atrophiés, grossier travail de couture. Ses jambes trop courtes peinaient à supporter le poids d’un dos bossu, dont les vertèbres saillaient le long de son dos, tel l’échine d’un lézard mal dessiné. Des bras hypertrophiés pendaient pratiquement jusqu’au sol, lui donnant l’air d’un primate maladroit, dont la masse corporel était mal répartie.

Le visage d’Olaf, s’il fut autrefois laid, ne pouvait même plus être caractérisé de la sorte. Ce n’était qu’un facies gras, modelé par des mains grossières, faisant à peine la différence entre son groin et ses yeux porcins. Ses oreilles enfoncées dans les parois de sa tête, bien que couverte de fourrure, pouvaient entendre le couinement d’un lapin à une lieu à la ronde, son ouïe restant la seule fonction de son anatomie à fonctionner avec justesse. Son crâne pratiquement dépourvu de cheveux restait cependant garni de bubons poisseux, semant sur son passage une odeur de pourriture insoutenable.

Sa bouche, elle, avait quelque chose de trop élaborer. Comme une mâchoire de squale greffée à son visage rondelet, lui dessinant un sourire qui allait d’un côté à l’autre de sa tête. Il avait pour habitude d’ouvrir cette bouche difforme si grand, qu’il aurait avalé une tête de cheval sans peiner le moins du monde. Un outil efficace, qui faisait sa fierté (si tant que quelque chose de fier pouvait émaner de cette créature)





Olaf n’a pas toujours été un montre, loin de là. Fut un temps, deux ou trois décennies, son vice et sa capacité à mater toute forme de liberté l’avait conduit jusqu’au poste « honorable » de Gardien en chef des cellules du camp d’internement de son Maitre. Brute violente, aux mœurs déjà peu recommandables, son potentiel fut à l’époque rapidement remarqué par le Chevalier-capitaine Sheppard, qui se trouva là un homme de main légèrement moins demeuré que la moyenne (et ce malgré des parents frères et sœurs).



Un orc à châtier en public pour l’exemple ? Olaf se faisait une joie de dépecer sa peau verdâtre devant ses congénères.

Le jeune écuyer Manus qui cherchait à manger une pomme en plus de sa ration quotidienne ? Olaf lui donnait quelques coups de bâtons et une nuit dans la fosse à purin.

Un chien errant qui s’approchait trop du camp ? Olaf pouvait s’adonner à ses pires déviances, l’étincelle de folie malsaine n’avait pas attendu « l’initiation » de son maitre aux sombres arts pour le pousser aux outrages les plus morbides.



Cependant, il aurait été stupide de se voiler la face, quant aux capacités cognitives d’Olaf, tout comme ses talents à l’épée, la preuve fut son échec à aider Laurelinn Hellenlicht à avoir un « accident », lorsque son maitre le lui ordonna. Le gardien en chef ne tarda pas à succomber aux effets nocifs des émanations du couple incestueux des Sheppard, qui fit du camp d’internement le champ de leurs expériences interdites. Lorsque la brute succomba, noyée dans ses propres fluides en serrant le cadavre d’un chien mort contre lui, le Maitre vit là l’occasion rêvée d’en faire « Le premier » de ses serviteurs par-delà la mort.

Un coup d’essai, un brouillon, et la chose qui se releva était à peine bonne à ouvrir une porte sans vider ses entrailles sur le sol. Mais loin de se laisser abattre, Argel continua de le relever, encore et encore.



Lorsque le terrible incendie ravagea le camp, le Serpent trouva refuge dans une des sombres cavernes de la côte est de Lordaeron, uniquement accompagné de son serviteur boiteux. Les années passèrent, avec comme seul décompte le ruissèlement de l’eau contre une des parois de sa tanière, pendant lesquelles il étudia sans relâche, expérimenta, principalement sur le pauvre Olaf. Bien que son esprit d’autrefois fut brisé et reconstruit mille fois, le Serpent parvint à en garder l’essence la plus intime, la plus profonde. Comme la carcasse d’un animal de compagnie à qui on tient. « La limace », en hommage au bruit qu’il produisait en permanence, et aux trainés visqueuses (et douteuses) qu’il laissait derrière lui, connu des centaines de « vie ». A chaque fois que son corps le trahissait, que ses tissus cédaient et qu’il finissait par se noyer dans ses propres humeurs, son ténébreux seigneur trouvait une autre enveloppe, dans laquelle insérer de force l’esprit de son plus fidèle sbire.

Olaf la limace était teigneux. Teigneux, et plus dangereux que son aspect répugnant laissait à penser.





« La chose » qu’il était se traina pitoyablement dans la forêt. Si quelques goules ou créatures de la nuit s’approchèrent de trop, il les démembra en grognant, jouissant d’une force décuplée par la sombre magie qui parcourait sa musculature. Signe de son passage, une trainée baveuse qui s’échappait de ses chausses faisait moisir l’herbe derrière lui, rendant sa trace facilement pistable.



« Oui… oui.. Olaf est gentil… gentil Olaf… chien, petit chien, pour Olaf… » Grognait la monstruosité, mû autant par l’amour envers son Maitre que la perspective réjouissante de s’amuser avec un cadavre de canidé, leitmotiv répugnant pour une chose qui l’était tout autant.



Même pour le Serpent, l’esprit de son serviteur n’était de toute façon plus qu’une éponge en miette, trop friable pour lui inculquer des notions demandant un effort trop important. Pour déjouer cela, il s’était contenté d’insérer dans son crâne la formule basique : Tuer cette personne = gentil chien pour gentil Olaf. Grotesque, basique, mais terriblement efficace.



C’est avec quelques visages en tête, roux, bruns, blonds cendrés, que La Limace s’était trainée de toute sa lenteur jusqu’à Duskwood. Si quelques voyageurs avaient fait les frais de sa rencontre, il avait par quelque miracle réussit à se faire à peu près discret. Dans une des zones de son esprit, Olaf était triste, lui qui s’amusait comme un petit fou à jeter ses excréments ou les  carcasses trop abimés des gentils chien dans le trou ou se trouvait le chevalier de Castellange. Mais son maitre lui avait dit d’aller, alors Olaf était aller (gentil Olaf, serviable, serviable Olaf)



La Limace parvenait à se remémorer quelques noms, sur les visages. Le petit écuyer, qui méritait toujours sa bonne correction, la putain rousse, qui avait osé dire non aux maitres. La blonde cendrée, qui était très pénible à briser les enchantements du maitre.

Et sa préférée, celle qu’il espérait en secret un jour avoir rien que pour lui. Celle qui avait frotté une éponge sur lui, qui s’était occupée de lui (Olaf était d’ailleurs persuadé qu’elle n’attendait que lui pour vivre une histoire d’amour fantastique). La vierge aux rubans, elle, Olaf l’aimerait de toutes ses forces, avant d’exécuter la sentence du maitre. Oui, Olaf en avait très envie, presque autant qu’il avait envie d’un gentil chien rien que pour lui. (Il avait cassé le dernier, méchant Olaf, méchant)





« Olaf sert le maitre, oui, Olaf… »





La silhouette bossue se traina jusque dans les collines, aux abords du village. De ses mains déformées, il creusa une sorte de trou dans la terre, avant de s’y enfouir à moitié, se sentant comme un coq en pâte une fois immergé dans la boue au milieu des asticots qui venaient rogner ses chairs mortes.

Olaf était heureux de servir le maitre, et il allait montrer à tous ces gens qu’eux aussi, pouvaient l’être tout autant.


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Re: Troisième arcane : Le Règne

Message par Ashley Margaret le Ven 5 Sep 2014 - 23:17

Assise face à sa coiffeuse, les cheveux relevés dans ses mains au dessus de sa tête, la jolie brune souriait, arrangeant ses boucles avec application et goût.
Elle appréciait son retour dans sa demeure enfin libre de la présence funeste de ce serpent.

Son entretien à la garde n'avait pas été des plus simples mais, le peu qu'elle en attendait, avait été fait, à savoir lui rendre sa demeure et le calme de sa vie.

Qu'on la soupçonne, cela la fâchait tout autant que ça l'agaçait. Comment aurait-elle pu faire le lien entre un imposteur et un criminel dont elle ignorait jusqu'à l'existence ? Comment aurait-elle pu deviner que la garde la surveillait alors qu'eux-mêmes n'avaient pas fait le rapprochement entre son soi-disant frère et ce fou dangereux ? Ils perdraient une fois de plus leur temps à la faire surveiller et rejetteraient la faute sur une autre personne.

Du bout des doigts, elle caressa l'ovale parfait de son visage, l'air sérieux et attentive, semblant chercher quelques traces pour l'instant encore inexistantes du passage du temps.

Quand à sa vertu....on pouvait lui reprocher d'avoir un amant ou deux...Mais une collection ? Cela frisait le ridicule. Quand à ce petit roquet au poil blond aussi teigneux que fade, pourquoi lui en voulait elle donc à ce point ? Elle n'appréciait peut être pas que son ancien compagnon trouve la compagnie de la piquante brune aussi plaisante ? Peut-être craignait-elle la comparaison. Il est vrai qu'elle n'avait pas l'air d'une femme à apprécier la défaite...Mais il n'y a pas de honte à perdre contre plus fort que soi.
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Re: Troisième arcane : Le Règne

Message par Leyland de Castellange le Sam 6 Sep 2014 - 10:34

Castellange restait emmuré dans un profond mutisme, plus rien n’échappait de sa silhouette amaigrie -presque osseuse- sinon une toux régulière, qui prouvait encore qu’il était vivant. Pas qu’il n’ait abandonné tout espoir, non, mais Leyland n’avait plus la force ni de bouger, ni même d’hurler, du moins c’est ce qu’il croyait.

Pourtant, il avait remarqué que les rats qui n’attendaient que cette occasion pour venir se repaître de son corps  avaient déserté les geôles. Ce fait n’inspirait toutefois pas le soulagement du chevalier qui devait se rendre à l’évidence que bien pire l’attendait. Bien pire que l’égouttement régulier qui assassinait sa raison chaque jour un peu plus, pire que cette boue gluante et malodorante grâce aux jeux particulièrement excrémenteux  de ce sympathique Olaf, pire que cette solitude pesante au milieu des chimères que son esprit torturé avisait, pire encore que ces infâmes traitements qu’on lui faisait chaque jour subir.
Pourtant, Leyland n’en arrivait pas à espérer la mort salvatrice. C’eut été facile de vouloir mourir pour abréger ces souffrances mais même dans la cruelle tourmente dans laquelle il se trouvait, il voulait montrer à son hôte qu’il ne lâcherait pas, qu’il ne faiblirait pas, que son intégrité resterait –au contraire de sa stature et de sa santé- immuablement dressée tel une provocation éternelle au propriétaire des lieux. Le chevalier avait gardé, jusqu’aux confins de cette prison insalubre, son orgueil et sa mégalomanie qu’on lui reprochait souvent à Hurlevent.

Pourtant, il faut croire que dans certaines circonstances, des défauts peuvent se révéler être des qualités. Ainsi, l’égo surdimensionné du Seigneur de Castellange l’empêchait de demander grâce, de supplier son tôlier et encore moins de demander la mort. Parfois même, en songeant à cette situation, Leyland en parvenait à sourire.

Pourtant, cet orgueil ne suffirait évidemment pas.

Pourtant, on lui avait réservé bien pire que tout ce qu’il avait pu connaitre.

Pourtant, son hôte n’avait sans doute jamais remarqué que Castellange ne suppliait pas.


Loin dans ces ténèbres qui étaient devenus  sa demeure, Castellange patientait. Que pouvait-il faire d’autre, d’ailleurs ?

Loin dans ces ténèbres, il se sentit soudain suffoquer plus qu’à l’accoutumée. Le plafond transpirait d’une aura malsaine. Le plafond transpirait d’un voile violacé infecte qui tombait tel un rideau –ou plutôt tel un linceul mortuaire- sur le chevalier. Alors que cette magie infecte continuait sa progression dans l’espace livide de la prison de Castellange, le sol tout entier se mit à trembler.

Loin dans ces ténèbres, les torches des couloirs de ces catacombes aménagées en prison s’éteignirent. Le tremblement du sol sonnait le glas d’un châtiment si infernal qu’il eut été difficile d’imaginer que son invocateur possédait encore une once d’humanité.

Loin dans ces ténèbres qui étaient devenus sa demeure, le Seigneur de Castellange finit par être recouvert de ce violacé linceul incandescent et c’est à travers tous les couloirs de la forteresse que le hurlement agonisant de Castellange résonna une dernière fois.

Une dernière fois, le Chevalier avait regretté de ne pas mourir avec ses hommes.

Une dernière fois, le Chevalier avait regretté de faire confiance à la Justice des hommes pour rechercher les criminels du meurtre d’Ana.

Une dernière fois, le Chevalier avait regretté que la Lumière ne lui vienne pas en aide.

Une dernière fois, le Chevalier s’était conduit comme un être humain.

Une dernière fois...

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Re: Troisième arcane : Le Règne

Message par Thilius le Mar 9 Sep 2014 - 14:16

Des jours plus tôt




Les montagnes d'Alterac dressées sous un ciel bleu et nu. Il a toujours aimé ce long paysage, cette grande musique de cols et de sommets blancs ; le blanc surtout, c'est ce qu'il aime. La neige brillant là où la roche culmine. Blanche, blanche, blanche. Comme un sourire renversé.

Les fenêtres de la demeure sont toutes grandes ouvertes et la lumière – la lumière blanche du grand jour, du ciel pur – entre à flots. Il y a un vent léger qui soulève les rideaux vaporeux. Comme des jupons de femme. Gonflés et ondulants sous la main invisible qui les secoue.

Toute la famille est là. Le couvert a été dressé.
Les invités se font attendre.

Il y a sa mère. Elle est assise dans le coin, dans le fauteuil à bascule. Sa tête est levée : elle sourit. A elle-même, à tout, à rien. Elle a l'air heureuse. Ses mains sont posées sur son ventre, très rond, rond comme une lune cachée sous la robe tendue. Ses mains caressent, parfois. Avec une grande délicatesse et une grande douceur. Il y a des rides sur son front, des rides sur ses joues et des rides sous ses yeux vides ; et ses bras sont maigres ; et ses mains, un peu osseuses ; mais elle est encore belle, sa mère, belle d'être mère.

Il y a sa sœur. Elle va et vient comme une abeille empressée. Elle a posé la grande nappe blanche, elle a essuyé elle-même la porcelaine des assiettes et elle a mené les plats fumants. Ses yeux demeurent baissés mais, parfois, sous la frange des cils, ils lui jettent un éclair qu'il fait mine de ne pas voir.

Et il y a son père.
Son père est un homme grand aux dents très blanches – blanches comme la neige au sommet des montagnes. Il a de longues mains, et il rit comme on aboie. Il a mit un veston noir, très élégant, avec des boutons de manchette dorés. Il veut faire riche, son père, et son père présente bien ; il donne le change, facile.
Il l'admire, son père. Il le craint, son père.

Il lui sourit, son père, quand il lui réajuste le col et quand il lisse sa chemise aux épaules.

« Soyez sage, mon garçon. »

Et il est sage, oui. Il ne lève pas le menton. Silencieux et bien mis, il obéit. Il ne faudrait pas décevoir.

Les invités sont là, soudain.
Ils se ressemblent tous.
Silhouettes grises, anonymes, avec des sourires pâles. Leurs mots font de la fumée quand ils sortent de leur bouche : cendreux et insipides.

Dans le coin, sa mère oscille sur son fauteuil.

« Versez le vin, mon garçon ! » Et c'est ce qu'il fait. Il distribue des coupes de cristal remplies d'un vin très sombre ; le cristal est ébréché et ses doigts sont pleins de poussière, mais nul ne semble s'en offenser, ou le remarquer.

Près de la table, sa sœur découpe la viande.
A gestes lents. Très lents, très méticuleux.
La viande est noire. Elle craque sous la lame du couteau. Le jus qui s'en déverse est très rouge. Plus rouge que le vin.
Plus odorant, aussi.

C'est peut-être le spectacle de cette viande racornie qui cède comme une carapace d'insecte sous les efforts patients de sa sœur. C'est peut-être cette effervescence factice, tous ces gens inconnus qui se pressent partout et parlent de choses qu'il ne comprend pas. C'est peut-être sa mère tassée dans le coin, seule dans son monde, qui presse entre ses mains son ventre gonflé en lui murmurant des berceuses ; ce sont peut-être les veines saillantes qui courent entre ses doigts, comme de petits et noirs serpents.

Il étouffe. Veut de l'air, oppressé.

Son père n'est pas loin. Il cherche à l'appeler. Sa voix est si sourde qu'elle se perd dans le fracas des rires et des verres qui s'entrechoquent, et ses efforts sont repoussés par une marée de corps gris. Il lutte, pourtant ; un peu. Il veut dire à son père que quelque chose ne va pas ; qu'il y a quelque chose qui respire et qu'il l'entend dans les murs, là, tout près. Qu'il l'entend palpiter. Qu'il l'entend sinuer.

Son père n'entend pas.

Il fait plus sombre, d'un coup.
Pourtant, le ciel est toujours d'un beau bleu uni ; et la lumière entre toujours par les fenêtres à grands coups de couteau doré. On a allumé des cierges et des candélabres. On : sa sœur, sûrement, car il voit sa silhouette disparaître au détour d'un couloir, furtive : une ombre qui s'envole. Celles que les flammes étirent sur les murs sont de plus en plus noires.

Respirer devient difficile. Il regarde autour de lui. Songe à se cacher sous les pans de la longue nappe, à la table auquel aucun convive ne s'est assis – et pourtant la viande est rongée, rognée, le festin bien entamé par il ne sait quelle bouche invisible. Il a peur. La voix de son père s'élève au-dessus de la foule, mélodieuse : galvanisée. D'autres rires le frappent. Il recule en titubant.

Vers sa mère, silencieuse.
Il se recroqueville à ses pieds. Contre la cuisse de sa mère, sa joue se pose. Elle ne baisse pas les yeux vers lui, mais elle ne murmure plus non plus ; n'a pas cessé de sourire et – il le voit maintenant – ses mains vieillies et tordues sont crispées sur son ventre. Ce ventre qu'il voit palpiter comme les murs palpitent : comme une membrane. Pour un peu, il pourrait presque deviner la forme lovée à l'intérieur.

Une nouvelle fois, il frissonne ; l'angoisse lui serre la gorge et le cœur. Il veut trouver la force de parler. Ouvre la bouche. Inspire.
Mais les mots qui sonnent soudain, ces mots vibrant de crainte, étouffés, ne jaillissent pas de ses lèvres.

« Maman, ne le laisse pas entrer. »

Il ôte du ventre de sa mère sa propre main, avec un sursaut.

Tout le monde le regarde.
Il y a les invités, désapprobateurs pour certains, moqueurs pour tous les autres.
Il y a sa sœur, au milieu de la foule grise. Sa lèvre est levée sur un rictus. Sa main, fermée sur le couteau. Rouge.
Il y a sa mère. Qui le regarde sans le voir. Qui lui sourit en griffant son ventre. Le fauteuil grince.

Et il y a son père.

Son père est immense, soudain. Il lui sourit d'un sourire large et crispé. Ce sourire. Ses yeux sont durs, mais il y a au fond d'eux une étincelle qui, plus que tout le reste, l'emplit de terreur.

« Soyez sage, mon garçon. Soyez bien sage. »

Il veut fuir ; se cogne contre le mur derrière. Son père est penché sur lui. Il l'étouffe. Il l'écrase. Son visage, son sourire emplissent tout l'espace. Contre le poids de son père – le poids d'une montagne – il se débat et halète. Cherche à fermer les yeux. Cherche à hurler. Il sent le corps de son père faire basculer le sien ; et le monde entier bascule avec eux.

«  Maman, ne le laisse pas entrer. »






Il hurle.

Il hurle, et il hurle encore après avoir ouvert les yeux, parce que les draps dévastés par ses gestes furieux lui couvrent la tête, et parce qu'il ne voit rien. De l'étoffe est entrée dans sa bouche. Il la mord, comme un animal. Le drap l'étouffe.

Affolé, terrifié, il gronde et sanglote et rue des quatre fers.

Une autre main s'en mêle, enfin. On lui attrape l'épaule, on tire fermement le drap, on le maintient pour mieux le dégager. Une voix s'élève.

« Sieur Linessa. Sieur Linessa, calmez-vous. »

Le drap arraché, une silhouette apparaît, penchée sur lui ; la lumière oscillante des chandelles joue sur ses traits informes, sa face laide, ses yeux très bleus. Monsieur Burchard.
Il ne reconnaît pas le mage tout de suite. Croit voir un autre visage, un visage autrement plus souriant ; et il glapit à nouveau. Frappe. Ses griffes cinglent ; un de ses ongles cède sur le coup, et la douleur vive fait encore grimper sa panique d'un autre cran.

Blessé, le mage s'interrompt, se crispe. Ne cherche plus à le maintenir bien qu'une main demeure tendue vers lui ; agenouillé sur les draps, prudent, il le regarde reculer précipitamment jusqu'à se tasser contre la tête du lit et y demeurer lové, tremblant, l'oeil écarquillé.

Mais Monsieur Burchard ne se démonte pas pour autant. Monsieur Burchard a l'habitude.

« Nous sommes le dix-huitième jour de ce mois, Sieur Linessa, il est trois heures du matin passées de vingt minutes. Vous êtes dans votre chambre à Hurlevent. Hier soir, nous avons dîné de soupe et de bœuf rôti, puis nous avons joué aux échecs jusqu'à ce qu'il se fasse tard. Vous avez perdu deux fois et pour vous venger, vous m'avez lancé l'échiquier à la figure. »

Et le monologue se poursuit, ennuyeux, morne, à mesure que la respiration du felmage s'apaise, que la terreur quitte ses yeux et qu'aux tremblements de ses membres succède une lassitude profonde, étourdissante. A la voix du mage, aux détails sans intérêt qu'il énumère patiemment, Thilius se raccroche. Ils sont autant d'ancres au réel. De fanaux contre les ombres du sommeil. Des piliers inébranlables.
Monsieur Burchard finit par s'interrompre quand Thilius, ayant rampé vers lui, cherche en silence le soutien de ses bras. Il acquiesce, fermant l'étreinte mais pas les paupières : veillant sans questionner et sans commenter. Prêt à rassembler ses forces pour une nuit longue et éprouvante.

Ce qu'elle sera. Ils le savent très bien tous deux.
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Re: Troisième arcane : Le Règne

Message par Le Serpent le Sam 20 Sep 2014 - 23:08



"Mon Seigneur ? "

Il le savait. Elle était prête, parfaite, sublime. Chaque courbe, chaque tranchant, chaque pointe. Une œuvre d'art, un symbole de gloire dont le prix élevé n'était qu'un détail sans importance. L'homme se releva, pour s'approcher du mannequin ou l'armure trônait. Superbe. Presque aussi belle que la sienne, ce qui fit naitre en son cœur une pointe de jalousie. Après tout, ce genre de présent se méritait, mais Argel était satisfait de son minion. Plus que satisfait.

Les deux nains entrèrent dans la salle, en tirant les chaines de celui qui fut chevalier. Une carcasse brisée, la peau sur les os, même pas le fantôme de celui qu'il fut. Un observateur non attentif aurait sans doute vu là un corps sans vie, trainée par de grossières menottes. Mais il respirait, des maigres forces encore présente en lui, il parvenait à inspirer et expirer suffisament pour subvenir a ses besoins les plus basiques.


La voix sifflante sonna comme un ordre.

"Relevez le."

Les nains redressèrent difficilement l'ancien chevalier, peinant à le faire tenir debout. Pendant qu'un le supportait, l'autre apposait sur son corps trop maigre les plaques d'armures froides comme de la glace. Malgré sa gorge sèche, et sa langue gonflée, il se mit à hurler. Des hurlements stridents, qui résonnèrent comme des ongles sur un tableau noir, régalant Sheppard de ses sonorités douloureuses.

Le casque étouffa les cris. Les jambières le firent tenir debout. Le plastron bomba son torse. Les vestiges de souffrance et d'agonie s'éteignirent les uns après les autres, sous l'épaisse couche de métal et de mort. Les deux armuriers sombrefers s'écartèrent du Chevalier, qui se tenait à présent solidement ancré sur ses jambes. Les forces en lui décuplèrent ses sensations, et après des semaines au cœur de l'enfer, Leyland se sentit revivre. Palpiter de haine, et de rancœur.

"Mon enfant... mon pauvre et délicieux enfant..."

Le Serpent s'avança, ouvrant les bras au Relevé. Il partagèrent une accolade, puis le Nécromancien passa une main sur l'épaule du chevalier.

"Vois tu les mensonges, mon enfant ? Vois tu leur faiblesse ? Vois tu ton destin ?"

Le silence lui répondit. Le silence, et le regard froid, glacial et pourtant haineux de Leyland. Finalement, il hocha la tête, et s'inclina. Son genou heurta le sol, le visage baissé, en murmurant d'une voix faible.

"Oui père. Je vois tout. Tout, sans exception"

L'Apprentie s'approcha du chevalier agenouillé, et sourit au Serpent, de ces sourires complices et dérangés, dégoulinant du vice le plus noir.
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Re: Troisième arcane : Le Règne

Message par Karven Stolen le Mer 15 Oct 2014 - 23:01

Hurlevent, caserne de la garde, la nuit passée.

« Je tenais à vous présenter mes plus sincères amitiés, et mes félicitations pour votre excellent travail ces derniers mois ».

Le Borgne, de sa main droite, tenait entre pouce et index la missive au dessus de son bureau ; la bouche déformée par une moue désappointée tandis qu'il lisait. Un peu boudeuse, aussi. Deux bougies diffusaient dans la pièce une lumière tamisée, orangée - suffisante pour faire à nouveau lecture de ce parchemin reçu plus tôt en journée.

Castellange, chevalier déchu et corrompu demeurait certes à l'infirmerie, en bien piteux état mais vivant ; tout n'était pas perdu pour lui. Tildi, la traitresse à gueule d'ange et boucles blondes, vivotait également à quelques mètres de Leyland ; le crâne fendu par une épée bien trop preste. Peut être vivrait-elle, peut être pas. Parviendraient-ils à obtenir d'elle quelconque information ? Rien n'était moins sûr.
Ainsi, aux dernières nouvelles, Sheppard ne pouvait plus compter que sur la mystérieuse femme apparue en vision à Ventis, et ses petits amis nécromanciens. De quoi lui assurer de la chair à canon mort-vivante, cependant, comme lors de la mise à sac du domaine Castellange aux Bois de la Pénombre.
C'était amplement suffisant pour causer encore bien des troubles dans le Royaume, s'il plaisait au "Serpent". Et pourtant, pourtant, le bougre retournait chez lui.

« De l'excellent travail ». Non, ce n'était pas encore assez à l’œil gris du Capitaine.

Stolen était déçu, ennuyé. Presque courroucé de voir cet ennemi s'éloigner, ou du moins tenter de le faire.

« J'ai à présent à faire, loin de votre belle et grande ville aux murs blancs ».

Le Nord ne serait pas un refuge, pour le "Serpent". Non, de ça, Karven était persuadé. Au contraire, après des mois à ne faire que supposer quant à la localisation de ce salopard, voilà que ce dernier prévenait les alliés du lieu de ses futures vacances.

« Rebâtir ce que votre putain de Commandant a réduit en cendres, et relever les bannières trop longtemps mises en bernes ».

Le camp d'internement. C'était sans nul doute à ça que le "Serpent" faisait référence. Karven n'y était jamais allé, et n'avais fait qu'en entendre parler, de la bouche d'Hellenlicht. Il comptait bien la questionner, à ce propos. Petit, il n'avait pas vécu l'exode en Lordaeron suite à la chute de Hurlevent, lors des premières guerres (ce fut d'ailleurs une sacrée aventure de la famille Stolen en territoire occupé !). Ses connaissances quant au royaume humain du Nord, depuis lors tombé, étaient limitées ; les livres n'apprennent pas tout.
Le Borgne soupira légèrement, se redressant pour venir ouvrir la fenêtre du bureau et poser son derrière contre le rebord. Il faudrait se documenter ardemment à ce sujet, de façon à être le plus opérationnel possible, et ce rapidement.

Le geste preste et précis, il extirpa sa pipe de ses fontes, la bourra de tabac, et vint y bouter le feu de son petit briquet. La première bouffée fut délicieuse. Il ne fit plus attention à celles qui suivirent, se replongeant dans la lecture de la bafouille de leur ennemi, et dans ses pensées assimilées.

« Nous aurons l'occasion de croiser le fer, un jour ou l'autre, et j'espère que votre mort sera aussi glorieuse que votre vie le fut ».

Fier, le Capitaine Stolen l'était, et la perspective d'un beau combat faisait toujours bouillonner son sang. La capture de Castellange, deux jours plus tôt, de façon bien peu épique lui restait coincée en travers de la gorge. Il aurait voulu davantage et, au fond de lui même - égoïstement - il aurait préféré un combat d'homme à homme.
Il en était ainsi depuis des centaines d'années, voire même davantage. Aggramar, le Titan guerrier, était celui que les ancêtres du Capitaine avait vénéré pendant des lustres, et le combat, la guerre et le sang versé étaient pour eux sources de motivation et transcendance.
Ceci subsistait, malgré le poids des ans et l'évolution croissante du monde et des mentalités l'entourant, dans l'esprit du Borgne. Un sang de guerrier millénaire ne se renie pas si facilement.
Mais pour Argel Adhrian Sheppard, la chose était entendue : il laisserait de côté ses velléités et son désir de duel au sommet. Non pas qu'il eut peur, ou qu'il ne soit pas sûr de l'amocher salement en combat singulier ; le Capitaine excellait l'arme à la main. Non, qu'on lui tombe dessus à vingt et qu'on le démembre dans l'instant. Ça lui irait parfaitement ! Il en était de même pour cette salope de La Clef, et de tous les ennemis actuels et d'envergure.
Ils méritaient tous la mort, et Karven agirait en ce sens aussi longtemps qu'il lui serait permis, sans se laisser dicter sa conduite par quelque désir égoïste ou égocentrique.

La fumée, ocre, et parfumée d'une légère pointe de caramel filait docilement par la fenêtre ouverte. Le brun avait besoin de sommeil et était résolu à rejoindre les dortoirs pour s'allonger sur sa couche et fermer l'oeil.
Il allait refermer le battant, après avoir exhalé une dernière fois ce que certains moralisateurs jugeaient comme un poison mortel - il demeurait sacrément endurant malgré son goût pour le tabac, hé ! Pourquoi mortel ? - quand il entendit les cloches de la ville entière sonner.
Il n'avait aucune idée de l'heure qu'il était, mais il savait ce que cela signifiait.

Une attaque. D'envergure !
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Karven Stolen
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