La floraison

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La floraison

Message par Aela le Mer 15 Juil 2015 - 13:31

(Peter Gabriel -Signal to noise ( instrumental ) Navrée de ne pas pouvoir y mettre le lien directement, le forum me l'interdit, ce sagouin !
Musique d'ambiance


Ernie serrait fort ses doigts noueux sur la hampe de sa bêche enfoncée dans la terre meuble d'un potager que sa mère lui avait recommandé d'installer près de sa cabane, au cas où les récoltes des champs les plus vastes seraient peu fructueuses, une année. Avec les récentes montées de chaleur, le jeune fermier n'en pouvait plus des travaux que son père lui imposait. Mais c'était la dernière fois. Le dernier labeur avant la rétribution qu'il attendait depuis des années qui lui semblaient être des siècles entiers. Ce soir, Ernie sortirait de l'ombre de son frère aîné, et d'ici au matin, c'est lui qui serait assis sur la grosse chaise à balance du balcon de la ferme centrale, à répartir les tâches entre ses frères cadets.
Il jeta un regard mauvais à celui pour qui il nourrissait tant d'aversion et raffermit la prise qu'il exerçait sur le manche de l'outil tandis qu'un sourire carnassier lui étirait les lèvres jusqu'aux oreilles. Un craquement de branches, à quelques pas de lui, dans les buissons qui bordaient sa cabane - et qui étaient si connus pour les saletés qui s'y déroulaient, en Elwynn -, attira son attention. Quand il aperçut les visages masqués de blanc de ceux qui le libéreraient de ses chaînes surgir d'entre les ronces et les buis, son sourire acheva de lui fendre le visage, et il posa un genou à terre tandis que le plus petit d'entre eux nouait sur sa nuque le symbole de leur communauté et qu'il tirait une dernière fois sa bêche de la terre. L'heure était venue.

***

Le tintement des pioches contre la pierre continuait de lui meurtrir le crâne même pendant la pause de la mi-journée. Plus personne ne piquait, mais il entendait toujours le tintement. Il lui rappelait constamment son statut, sa paye misérable, la crasse et la puanteur dans laquelle il devait vivre, la misère dans laquelle se famille était entretenue. Il se rassurait jour après jour depuis deux décennies, se disant que d'autres n'avaient pas sa chance, que d'autres trainaient leurs pieds craquelés dans la marche de l'ouest et se brûlaient les orteils dans la poussière et la terre tant leurs chausses étaient usées. Adèr défit les boucles de son casque et le posa sur sa table, brossant ses cheveux gras et charbonneux en arrière d'un revers de la main en reniflant bruyamment, plongeant son regard bovin dans la soupe ignoble qu'il avalait tout les midi depuis vingt et un an.
Ses yeux passèrent de sa pitance au contre-maître qui mangeait un peu plus loin, au couvert des barrières de l'échafaudage depuis lequel il donnait ses directives. Il n'avait jamais haï quelqu'un plus fort. Depuis qu'il avait remplacé, quatre ans plus tôt, le contre-maître Berckley, ce petit fumier à tête de fouine n'avait eu de cesse de le torturer, lui et tout les autres mineurs qui étaient rassemblés dans le grand puits pour le repas. Leurs visages couverts de charbon arboraient tous la même mine fermée et résolue.
Une semaine en arrière, un homme avait approché Adèr et lui avait proposé une alternative à ce calvaire; une autre voie, une opportunité de se relever et de redresser la tête. Il en avait longuement discuté avec Délia, sa femme, et avec ses deux fils qui travaillaient avec lui à la mine, et ils étaient tous d'accord : Il était temps. La cloche qui signalait la reprise des travaux tinta, et une nouvelle migraine vint prendre la tête du vieux mineur qui se massa tranquillement les tempes. Personne ne se releva, et le contremaître et les gardiens descendirent la rampe de l'échafaudage en braillant des ordres. L'heure était venue.

***

Les flammes dansaient sous les yeux du vieil homme, bien trop âgé et usé pour quitter son lit, et dans une plus grande mesure, sa chambre. Ses champs, le travail de toute sa vie, brûlaient devant ses yeux, et la sénilité le maintenait cloué dans son lit tandis qu'au dehors, il voyait ses fils s'entredéchirer, se battre comme des chiens pour les cendres de leur héritage. Ernie avait enfoncé le crâne de son frère aîné et s'acharnait sur la bouillie qu'il restait de sa tête à grands coups de bêche. Ses yeux étaient déments et le masque blanc qu'il avait attaché sur son nez s'était teint du sang de sa victime dont le corps était encore agité par des spasmes nerveux. Cette réaction lui était familière, à lui qui avait tué tant de poulets, mais son état ne lui permettait même pas d'en pleurer. Ses yeux étaient vides comme deux billes enfoncées dans ses orbites, et les pleurs de sa femme agenouillée devant cette scène macabre n'y faisaient pas davantage que la passivité docile de ses autres fils, tenus à genoux par d'autres hommes masqués qu'il ne pouvait reconnaître.
L'un d'entre eux, le plus petit, ressortit de la maison et présenta au jeune frère un coffre dans lequel, le père le savait, se trouvaient les titres de propriété de la ferme et tout ce qui ferait de lui le propriétaire légal de tout ses biens. Avait-il mérité son sort ? Avait-il mal éduqué ses enfants ? Aurait-il du donner davantage de considération à Ernie, son fils turbulent qui n'avait de cesse de tenter de se faire remarquer, d'attirer l'attention ? La réponse ne lui vint pas avant que son coeur ne cesse de battre, et il ferma les yeux avec comme dernière image le départ de son enfant traître en compagnie de ces malfrats qui lui avaient pris tout ce qu'il avait bâti.

***

Kurzin, le contremaître, était nerveux malgré sa minceur et sa petite taille, et hurla encore un bon moment sans qu'aucune réaction ne lui fasse écho. Excédé, il attrapa l'épaule carrée d'un mineur et tira dessus pour le relever, n'y gagnant qu'un coup de coude qui le tordit en deux et le vida de tout son souffle. Ses deux gardiens s'interposèrent entre lui et Adèr, qui se relevait et lançait son poing vers son visage de fouine, et quand ils le jetèrent sur la table dont le bois craqua dangereusement, les autres mineurs restèrent interdits un moment. Le vieil homme grogna de douleur mais se redressa, consultant tout ses pairs d'un regard qui en disait long sur sa conviction. Ils avaient encore peur, et l'hésitation les maintenaient cloués sur leurs bancs, à regarder la scène dans une impuissance qu'ils s'imposaient.
L'un de ses deux fils, le plus âgé, se leva finalement et lança un puissant "Allez !" avant d'envoyer sa gamelle au visage d'un des deux gardiens. Le cadet l'imita, et un autre mineur, plus loin, se leva, et enroula un masque blanc autour de son nez. Il fut bientôt imité par un autre, et encore un autre et bientôt, ils encerclèrent les deux gardiens et le contremaître, qui se redressait à peine et se terrait entre les deux épées de ses défenseurs.
Ces deux garçons avaient été engagés dans l'année, quand Kurzin avait senti la tension monter entre lui et Adèr après la mort d'un mineur dans un puits mal sécurisé, mais ils n'avaient aucune affection pour le contremaître, et n'eurent à échanger qu'un regard avant de rengainer leurs armes et de s'écarter. Ils ne donneraient certainement pas leurs vies pour un merdeux orgueilleux qui n'avait rien de plus qu'à leur offrir qu'une pitance pas beaucoup plus savoureuse que celle des mineurs, et ils fendirent les rangs des nouveaux nés masques-blancs sans subir la moindre résistance, ignorant les hurlements de leur employeur. Kurzin se sentait au bord de l'étouffement, et la panique ne cessait de faire croître son impression. Les mineurs fondirent sur lui et l'on entendit claquer leurs poings et leurs pieds dans toute la mine jusqu'à ce que la fouine soit au bord de la mort.
Quand leur folie furieuse s'éteignit enfin, ils pendirent son corps mutilé à l'entrée de la mine par les mains, et ils s'éloignèrent en silence, encore excités par le sang et aveuglés par la haine qui les avaient conduits jusque là.

Transporté par la vision étendue de l'un de ses princes, le Roi observait, trinquant avec son acolyte avant d'engloutir quelques gorgées du sang de la terre et de renverser une pièce sur sa table de guerre.

***

[HRP]Puisque les Masques blancs ne s'arrêtent pas qu'à Hurlevent, un petit texte pour vous donner matière à penser/jouer; qui pourra éventuellement donner lieu à des évents si vous souhaitez enquêter ou chercher sur les lieux concernés ! Je suis joignable en jeu sous le pseudonyme de Saarya, si certains d'entre vous ont des questions ! En espérant que le texte ait plu, libre à vous d'y ajouter vos réactions Rp ou HRP ![/HRP]
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Re: La floraison

Message par Le Borgne le Jeu 23 Juil 2015 - 8:36

Confortablement installé dans son fauteuil de pêche, une réplique parfaite de celle de Nat Pagle, le vieux Bob écoutait le récit d'un de ses collègues, parlant de rébellions diverses éclatant dans divers milieux. Pour un vieil homme comme lui, remplacez le blanc par le rouge et le voici quinze ans en arrière. Il ne prêtait pas attention à ce genre de choses d'habitude, il se permettait même quelques provocations sans conséquences, preuve que ces rumeurs n'étaient que propagandes grossissant les faits pour leur donner une certaine importance.

Mais pas cette fois.

Il avait vu de ses yeux ces individus tirer à l'aveuglette sur des citoyens. Il avait entendu les pleurs et les plaintes venant de l'entourage des victimes. Le vieux borgne n'était pas l'homme le plus empathique ou le plus compatissant de Hurlevent, loin de là diront certains. Mais il a ce pragmatisme presque fataliste que tout les chemins mènent à la mort, qu'elle soit naturelle ou forcée n'y changeait pas grand chose.
Son collègue continuait son récit, visiblement sans savoir comment prendre cette nouvelle. Il était hésitant, entrevoyait l'espoir d'une vie meilleure en enfilant à son tour un masque blanc. Que le peuple pourrait profiter de la mobilisation de l'armée pour se faire entendre, mais s'inquiétait en même temps pour la sécurité de sa famille, de sa femme et de sa fille unique. Elle avait un don pour la Lumière et était sur le point d'être acceptée comme écuyère. Il craignait pour sa vie et de se retrouver forcer à commettre le crime le plus odieux qu'un homme puisse faire.

Il fût interrompu dans son discours par le retraité qui se releva, faisant craquer de nouveau les os de son dos de façon nonchalante avant de recentrer le sujet sur le plus important à ses yeux :


"-Tant d'agitations... Tu as fais fuir mes poissons mon cher Gontrand, je vais devoir me trouver un autre endroit"
Alors que ledit Gontrand s'apprêtait à répondre, le vieux borgne posa une main sur son épaule, parlant d'une voix douce.
"-Tu sais comment cela a fini par le passé, tu sais comment cela va finir aujourd'hui. Protège ta famille."
Il disparu alors dans son cabanon après avoir mis une petite tape amicale sur la joue de son collègue, le laissant à sa reflexion.

***

Plus tard dans la nuit, au même endroit. Le Borgne s'était allumé un petit feu de camp, dans les recoins de la forêt d'Elwynn. Il n'était pas seul d'ailleurs, un homme et une femme étaient présents et profitaient de l'hospitalité qu'offrait son modeste camp. L'homme se présentait bien, une tenue d'apparat visiblement luxueuse, trop épaisse pour ne pas cacher une armure en dessous. Les cheveux de jais et les yeux bleus, vifs. Lui aussi appréciait le tabac et la pipe. La femme quand à elle se tenait debout, droite, en armure de cuir noir et rouge, entièrement masquée, il était même difficile de savoir si elle respirait encore.
Le Borgne s'était installé sur une peau d'ours encore chaude, rejoint par son invité avec lequel il discuta longuement de choses légères, de souvenirs, partageants des anecdotes commune ou non. Les choppe se remplissaient aussi vite qu'elles se vidaient, l'ambiance était détendue et les deux bon vivants profitaient d'être loins de la cité pour ne pas penser à ce qui s'y tramait en ce moment même. Difficile de ne pas en discuter, après tout il était là pour ça même s'il n'en avait pas conscience.


"-Aaah, mon cher Max, tu savais que j'ai rencontré la maîtresse-danseuse qui fait virevolter tout ces petits chapeaux blancs ? Une femme charmante bien qu'un peu étrange."
"-Hmm, tu parles de ces tireurs fous ? Les MASQUES blancs, même si pour moi comme pour beaucoup, il s'agit plus d'une troisième génération de "masque rouge"."

Max reprit une gorgée de son rhum, laissant le vieux borgne pensif. On en oublierait presque la garde du corps qui fait le piquet à laquelle il ne lance pourtant aucun regard. Laissant son invité le temps de savourer sa boisson, il reprit ensuite.

"-Et donc, qu'est tu autorisé à me réveler sur eux ?"

S'en suivi une discussion plus sérieuses, à voix basse, entre les deux hommes. Elle dura un certains temps avant que le Borgne ne congédie ses deux invités, éteignant son feu avant de reprendre la direction de la grande Cité, laissant derrière lui quelques cadavres de bouteille et une magnifique peau d'ours que quelqu'un pourra se vanter d'avoir chassé.

***

Il ne mit pas longtemps à rejoindre les champs qui avaient brûlés. Curieux mais pas téméraire, il s'allongea sur une petite butte, se saisissant de sa longue vue pour étudier l'endroit, laissant à son compagnon à poils le soin de surveiller ses arrières, ce qu'il vit ne fit que confirmer son impression de déjà-vu et à en juger par le style de combat de celle qui menait ce troupeau, il ne serait pas étonné qu'il s'agisse encore d'un mouton noir "réhabilité". Il était trop dangereux de se rapprocher davantage dans l'immédiat et il préféra se retirer, non sans une pensée pour ces pauvres hères qui pensaient ainsi gagner leurs libertés sans savoir qu'ils ne faisaient que troquer un maître pour un autre. Mais plus important encore...

Où pourra t-il retrouver de la liqueur de citrouille de qualité maintenant que son fournisseur favori avait fermé boutique ?

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