Condamnée

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Condamnée

Message par Clove Stryder le Lun 9 Mai 2016 - 17:38

Ma place.

Les yeux clos, je suis installée en tailleur sur ma couche de fortune dans ma cellule. Quand mes paupières sont closes, j'ai presque l'impression que je suis libre, avec lui. Et nos enfants. Je le vois jouer avec son fils, les yeux emplis de fierté, et moi qui garde notre fille sur mes genoux.

- Madame. Y'a Kravus qui veut vous parler.

Je soupire en rouvrant les yeux. Ça me ramène très vite à la réalité de ma condition, dans ma cellule du Norfendre. Les murs de pierre gelés, les lits défoncés, la bouffé dégueulasse. Et les deux détenus les plus balaises devant ma cellule, en gardes du corps. Il faut dire... Que j'ai mérité ma place.

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Alors que je profitais du soleil de l'après-midi qui réchauffait ma peau pâle, cela dû aux nombreux jours passés enfermée, un groupe d'individus peu fréquentable s'est approché. Un homme baraqué, barbu et sentant la sueur à plein nez marchait en tête de groupe. Malgré l'odeur, il n'en restait pas moins impressionnant. Ce devait être le chef, puisqu'il prit la parole en premier :

 - J'ai rarement vu d'aussi jolies femmes par ici...

 - En même temps... Vu ta gueule, lui dis-je, tu dois pas attirer grand monde ici.

 Il fronce les sourcils, mais ne relève pas ma pique.

 - Il se dit dans les quartiers que tu es une Stryder... Mais je n'y crois pas.

Je relève mon regard sur le type en question.

 - Si tu n'y crois pas... Pourquoi tu demandes ?

 - Parce que je veux en avoir le coeur net.

 - Oh.. Je vois. Et bien tu peux rassurer tes petits copains, parce que c'est bien moi. Clove Stryder.

 - Hé vous entendez les gars ?! Nous avons sa femme parmi-nous ! En personne ! Elle mérite clairement pas de rejoindre mon groupe..Pas vrai les mecs  ?!

Un groupe s'est formé autours de nous. Une voix grave et masculine s'élève dans les rangs :

 - Tu ne devrais pas la provoquer comme ça, Kravus. Méfie-toi.

 - Et pourquoi donc ? Tu crois qu'une gamine comme ça va s'attaquer à moi ?

 - Je t'aurais prévenu, lui lance l'inconnu.

 - Hé, gros balourd. Regarde moi.

Avant même qu'il ait fini de se tourner vers moi, mon pied part violemment dans son genou gauche. Je le vois tomber, juste au bon niveau, et j'arme mon poing droit pour lui mettre une grosse mandale en pleine mâchoire, ripant sur son nez. L'os nasal fait un bruit de craquement sonore, tandis que je l'attrape par les cheveux, et que je le ramène vers moi en montant mon genou. Sa mâchoire fait un son horrible, et il recrache une dent. Mine de rien, il a les os costauds. Je remercie ma chance qu'il m'ait autant sous-estimée, et que j'ai été assez rapide pour le mettre au sol. Je détends mes doigts en les bougeant un peu, les gardiens débarquent et assènent des coups de matraques à plusieurs d'entres nous pour séparer le groupe. Tout le monde est mis à terre, le temps que les esprits se calment.

 - Alors ? Tu me crois toujours pas capable de t'en mettre une ?

Il n'a jamais répondu. Il était inconscient.

Curieusement, après ça, tout le monde a été très respectueux avec moi. A un point presque maladif, et jusqu'à me fournir une escorte et le meilleur traitement possible en prison. Mêmes les gardiens faisaient mine de changer de couloir pendant leur ronde quand j'arrivais avec mes balourds.

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Encore cet abruti. Génial.

- Fais rentrer.

Je vois Kravus. Le chef déchu, et les yeux pleins de haine arriver dans ma cellule. Les deux balaises le surveillent, une main dans la poche. Probablement serrée sur un canif de récupération.

 - J'voulais te dire, Stryder...

 - C'est Madame, pour toi.

Il serre le poing. Il sent bien que la situation n'est pas à son avantage. Mais il arrive pourtant a se détendre.

 - Je voulais vous dire, "Madame", que j'étais désolé. Je vous ai clairement... Sous-estimée...

Ça doit lui arracher la gueule, à un point. Mais Jim me l'a toujours dit, il faut savoir composer avec ses amis, et accepter la reddition de ses ennemis. Je finis par me lever.

 - J'en attendais pas moins de toi d'un homme de ta trempe, Kravus.

Je le prends par l'épaule et l'emmène à l'entrée de ma cellule.

 - Tu as bien compris que je n'allais pas rejoindre ton groupe. Mais bienvenue à toi dans mon royaume.

Mon bras libre finit de lui désigner d'un geste large le reste de la prison, et Kravus se fend enfin d'un sourire.

Celui du tueur loyal.


Dernière édition par Clove Stryder le Lun 16 Mai 2016 - 19:14, édité 1 fois

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Re: Condamnée

Message par Clove Stryder le Jeu 12 Mai 2016 - 23:32

Liberté

Assise sur mon lit défoncé par le temps et par les nombreux détenus ayant passés du temps enfermés, à en croire toutes les inscriptions sur la pierre. Je me prends encore à rêvasser... Libre, lui et nos deux beaux enfants, profitant du soleil couchant de la plage... Deux coups secs contre la porte, et la tête de Kravus y passe :

- Madame, les gardiens sont là.

- Fais les entrer.

Constamment ramenée à la dure réalité, le même rêve toujours brisé par les incessants allées et venues des gardiens, des hommes de main, des femmes... Gouverner ce royaume n'est pas de tout repos.

- Madame Stryder, c'est l'heure.

Je me lève de la couche, rassemble le peu d'affaires à moi, gnomographie de mes enfants envoyée par Rislon, différents messages de mes loyaux sujets de prison, un canif aiguisé planqué dans une vielle serviette de toilette qu'on m'avait donné à mon arrivée.

Je regarde ma cellule, qui va être donnée à un autre détenu après un bref nettoyage. J'ai laissé quelques messages par ci et par là dans la cellule pour le prochain venu. Histoire qu'il sache qui a occupé cette couche et l'honneur qu'il aura de l'occuper ensuite.

Je regarde Kravus en lui assurant avec fermeté que nous nous reverrons très bientôt. C'est une promesse que je lui fais. Mais son regard semble soucieux. Je me retourne ensuite vers les gardiens :


- Je suis prête. Nous pouvons y aller.

- Nous aussi nous sommes prêts, il ne manquait plus que vous.

En passant devant les cellules de mes ennemis, camarades et loyaux sujets, j'entendais un murmure monter... Puis plus fort, des cris. Ils criaient tous mon prénom à l'unissons, la prison entière était en effervescence face à mon départ. Les gardiens peinaient à rétablir le calme, moi, j'avançais, le port droit, la tête haute, les poignets enchainés aux chevilles, les bruit de mes chaînes était bien largement recouvert par les festivités.

- Je suis bien content que vous partiez, madame Stryder. Vous avez mis un sacré bordel là dedans.

Le Capitaine avait une goutte de sueur qui perlait sur son front. Il avait bien du mal à maintenir l'ordre dans la prison, les nuits sont difficiles ici.

- Je garderais de bons souvenirs de mon passage ici, Capitaine. Un conseil... Changez de cuisinier, la bouffe est dégueulasse. Votre côte remontera, mais elle restera toujours, derrière la mienne.

Mon regard est dur, froid, je garde la tête haute face à lui. Il m'enlève les fers, je frotte un peu les zones irritées par les bracelets de métal glacé. Je récupère mon sac et je m'en vais. Le Capitaine m'offre un manteau de fortune :

- Il fait froid dehors. Mais vous allez survivre, je n'en doute pas une seule seconde ...

Me dit-il avec un ton ironique. Il est vrai que les murs de pierre de la vielle bâtisse protégeait des bourrasques de vent violent.

Les portes se sont ouvertes sur des rafales de vent mêlées à des flocons de neige. J'ai découvert un paysage enneigé. Il fait nuit presque noir. Ils m'ont donnés une torche et m'ont poussé à l'extérieur en me souhaitant bonne chance avec la phrase qu'ils doivent dire à tout le monde :

- On espère ne jamais vous revoir ici.

Sauf que je ne suis pas, tout le monde.

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Re: Condamnée

Message par Clove Stryder le Ven 3 Juin 2016 - 21:10

Comité d'accueil


Assise sur cette chaise recouverte de tissu de velours rouge, j'attends mon jugement et celui de mon mari et mon amie. La Chancelière Farral énonce les faits, les délits et les crimes dont nous sommes accusés. C'est mon mari et mon alliée qui prennent le plus, je suis seulement accusée de complicité pour tout ça. La corde les attend, je partirai en prison. Choisir la corde est tentant, mais la lignée des Stryder s'arrêterait ici, et je n'ai pas envie. Elle doit continuer, pour lui.

D'abord les geôles de Hurlevent. Agitées par beaucoup de passage, de nombreux prisonniers défilent devant mes yeux. Je les vois, les observe et je parle avec eux, ça me change des interrogatoires sans relâche et des attaques gratuites envers nous et principalement contre mon mari. Ils essayent de me faire flancher, mais je ne m'y plierai pas. Le moment est venu pour moi de mettre au monde mes deux enfants. Ils seront fiers de leur père, ils sauront tout, le moment venu.

Quelques jours plus tard, le grand départ. Le Haut Juge Poêlefer avait ordonné mon transfert après la naissance des enfants. Le navire est déjà là et il n'attend que moi. Je monte à bord, non sans difficulté par des coups portés un peu plus tôt sur le trajet.
Deux jours et deux nuits à être ballotée sur le pont du navire, à grelotter de froid, régulièrement trempée par la houle de la mer. Mais je suis arrivée à bon port, je vois la lumière du phare qui guide le Capitaine. Le comité d'accueil est présent, il m'attend. Quatre gardiens pour moi toute seule et un homme en retrait, observant, droit comme un i. Probablement le Capitaine de la garnison.

Le paysage me change beaucoup. Il fait froid, le vent souffle en rafale glaciale. Ca jette un froid. Un des gardiens s'approche pour prendre mon bras et m'éviter une chute dans les eaux gelées du port. Je suis accompagnée en formation serrée dans la prison, ma nouvelle demeure.

Les coutumes ne changent pas, on ne garde que le nom ici. On me fait visiter les parties communes de la prison : latrines, réfectoire, cour, salle d'entrainement et de repos. Je sens déjà les regards méprisants sur moi, ils ne me connaissent pas, je ne les connais pas. Je vais devoir composer.

On arrive devant ma cellule, les gardiens me font entrer :


- Alors c'est ici ma royale chambre ? Je suis certaine que niveau décoration, vous pouvez faire mieux.

- Et bien on va te montrer ce qu'on sait faire.

Je n'ai que le temps de me retourner qu'une pluie de coup s'abat sur moi. Matraque, poings, pieds, tout. Je parviens à en repousser un en lui mettant une mandale à la mâchoire mais les trois autre sont sur moi, je fais comme je peux, avec les moyens du bord. J'en mords un deuxième avant de me prendre un coup de matraque à la tempe qui me laisse à la limite de l'inconscience ... Je tombe sur la pierre glacée et je ne pense plus qu'a me recroqueviller par terre et me protéger un minimum des coups qui pleuvent. Ils finissent par me laisser tranquille au bout de longues minutes. J'ai l'impression que ça fait six heures que je suis là, alors que ça ne fait qu'une heure.

Je reste allongée un moment avant de me redresser avec douleur. Je peine à ouvrir l'œil gauche, mes jambes flageolent, mes mains tremblent du traumatisme qu'elles viennent de subir. J'observe ma cellule. Un lit défoncé, deux maigres couverture, un oreiller jauni par le temps et les nombreux passages de prisonniers. Dans le coin droit de la cellule, un seau avec de la paille au fond, mes latrines personnelles, quelle chance j'ai. Sur le mur face à ma porte, une fenêtre, enfin un trou avec des barreaux, à côté, une étagère ou sont posés deux tenues de rechanges. Je le sais déjà, le vert foncé ne me va pas au teint.

Moi qui avait imaginé que les nuits étaient agitées dans les geôles de Hurlevent, mais ici, c'est pire... On entend toutes sortes de bruits plus étranges les uns que les autres. J'ai eu la chance d'avoir une cellule pour moi seule, certains n'ont pas cette chance. Le sommeil a du mal à venir et quand il m'attrape, la nuit est déjà bien avancée... Les gardiens reviennent, des nouveaux.

C'est le second comité d'accueil, la relève. Je n'ai pas eu le temps de me remettre de la petite fête de la veille, qu'elle recommence déjà. Les coups pleuvent à nouveau, réveillant les douleurs précédentes. L'œil gauche toujours fermé. Je ne cherche pas à me battre contre eux, pas maintenant, il faut un temps à tout. Je subis, je ferme les yeux et j'attends que ça se passe. Aujourd'hui, je ne sortirais que pour le repas de midi, je reste dans ma cellule.

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Re: Condamnée

Message par Clove Stryder le Ven 3 Juin 2016 - 21:17

Bon appétit

La cloche sonne le repas de midi. J'espère que le cuisinier n'est pas un branquignole.  Je suis le mouvement de foule pour me repérer. Les odeurs de bouffe arrivent jusqu'a nos narines, ça ne présage rien de bon. J'entre dans le réfectoire, je fais la queue comme tout le monde, des disputes éclatent pour des histoires de places. Je prend ce qui ressemble à de la purée, un vieux morceau de viande trop cuit, du pain rassis. Je trouve une place à l'écart de tout le monde, je sens les regards hostiles sur ma personne. J'attise la curiosité, personne ne me connait. Ils murmurent mon nom sur mon passage. Qui suis-je réellement ?

Je le sais, je suis une Stryder.

Je termine mon repas, range mon plateau et sors de la salle. Je rentre dans ma luxueuse chambrée. La fenêtre est un peu haute pour moi, je me hisse sur la pointe des pieds pour l'atteindre et je regarde la vue qui s'offre à moi. Au-delà des hauts murs de prison, une terre désertique s'étend à perte de vue. J'arrive à voir un petit coin de mer sur la gauche. Je me surprends à rêver de cette liberté en regardant les oiseaux voler dans les airs avec en fond le ciel grisâtre, morne et monochrome.

Du bruit derrière moi... Je me retourne, je n'ai pas été assez prudente... Jim' me disait toujours de surveiller mes arrières.

Trois femmes entrent dans ma cellule, Lorélie, Vivianne et Edinne. Elles n'ont pas l'air bien sympathique. L'une porte un cache sur l'œil droit et une cicatrice lui barre la joue. Les autres filles ont l'air presque normales, sauf la troisième qui semble avoir une faiblesse au genou gauche. Celle qui ressemble à une pirate s'approche, les autres suivent, j'ai donc affaire à la cheffe en personne, qu'elle chance.


- Alors comme ça... T'es nouvelle ici.

- Ouais, j'ai encore pas eu le temps de refaire la décoration.

Je regarde autour de moi pour appuyer mes mots.

- Mes copines et moi on peut te filer un coup de main.

Elles regarde ses brebis et aussitôt, ils suivent ses directives et mettent sans-dessus dessous la cellule. Tout valse dans la pièce froide et hostile, la couverture, le matelas de dix centimètre d'épaisseur, les tenues de rechange et mon seau de plaisance. Tout est par terre, elles ont l'air de bien s'éclater.

- Alors, tu ne participes pas à notre petit fête ?

- Hé pétasse ! Regarde par ici !

Je m'élance vers Lorélie, la cheffe pour lui envoyer le seau de plaisance de plein fouet dans la tête et l'envoyer valdinguer plus loin. Edinne se jette sur moi pour me plaquer au sol, tandis que Vivianne me donne des coups de pieds, je ressens une douleur fulgurante dans la poitrine... Ma seule chance de pouvoir me relever c'est de frapper.
J'arrive à libérer mon bras gauche et de toutes mes forces je donne un coup dans le genou faiblard d'Edinne, elle s'écarte en poussant un cri aigü de douleur. J'ai visé juste. Lorélie se redresse et s'avance vers moi, la lèvre sanglante et éclatée, elle m'attrape par les cheveux et plonge sa main dans sa poche de pantalon pour... Les gardiens arrivent à ce moment précis, alerté par le boucan qu'on a fait pour mettre au goût du jour la décoration.

Ils nous séparent et nous plaquent toutes contre le mur pour être fouillées. Lorélie cachait dans sa poche un canif rouillé. Je l'ai échappé de justesse.

Les filles sont écartées et conduites dans leur cellule. On me fournit le nécessaire pour nettoyer mon par terre. Mais avant de me mettre au travail, je demande à voir un médecin. Une côte fracturée.

J'entends encore les braillements des filles en écho dans les couloirs.


- J'vais t'faire la peau salope !

- J'te lâcherai pas !

- J'vais t'arracher les yeux pétasse ! Tu vas le regretter !

Je ne prends aucune insulte personnellement, ce ne sont que des pauvres filles. Elles ne valent pas la peine que je m'y intéresse. J'ai déjà repéré d'autres groupes bien plus intéressants. Il est temps pour moi de faire honneur à mon mari et d'écouter ses conseils.

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