L'Envol du Cardinal

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Message par Oracio Caldéri le Ven 3 Fév 2017 - 17:31

Le chant du passereau


C'est une nuit comme les autres. Le voile glacial recouvre la ville assoupie tandis que les derniers fêtards un peu trop imbibés descendent les quais du vieux quartier en chantant leurs derniers refrains aromatisés à l'alcool bon marché. Allongé sous les draps bien au chaud, Oracio observe les arabesques de lumière jaunâtre que les lanternes dessinent sur le plafond à travers la fenêtre au passage des patrouilles. La chambre est silencieuse  en dehors de la respiration paisible et chaleureuse de celle qui est assoupie contre son flanc. Malheureusement, toutes ces pensées qui se bousculent dans sa tête ne semblent pas décidées à le laisser la rejoindre dans ses songes.

Un bruit, un grincement se fait entendre dans le coin de la pièce. Il n'y prête pas directement attention tant sa tête est encombrée d'images et d'idées tourbillonnantes. Bientôt ce vacarme assourdissant lui tordant l'esprit dans tous les sens cesse soudainement. Il perçoit enfin ce bruit à répétition qui n'est pas simplement celui du plancher en bois qui travaille. Quelqu'un est là. Quelqu'un l'observe depuis cette noire équerre formée par les murs. Son cœur se serre, comme si on lui compressait dans un étau. L'homme n'arrive plus à respirer. Tétanisé par la peur de cette présence qu'il n'a remarquée que trop tard. Sa main tremble. Il aimerait tant la bouger pour pouvoir atteindre son pistolet posé à coté du lit. Ses forces l'ont-elle abandonné pour qu'il ne puisse même pas la bouger d'un centimètre ?

Une panique implacable l'étreint alors. Tant de choses se bousculent à nouveau dans sa tête, sa vie, celle de sa voisine dans le lit, son impuissance face à cette menace. Son souffle sursaute de terreur alors qu'il essaye tant bien que mal de remplir ses poumons d'air. Cela semble durer une éternité, une apnée de quelques secondes qui paraissent des heures. Un ricanement funeste et grinçant s'échappe des ombres qui le tourmentent. Il est moqueur et cruel comme s'il se délectait de sa détresse. L'insomniaque tourne ses yeux vers la provenance de ce terrible rire et remarque une ombre au pied du lit de son côté. Il ne distingue qu'une forme grossière. Pas de visage, pas même une main ou un bras. Pourtant il sent les yeux de cette masse noire informe plonger jusqu'au fond de son âme. Il ferme les siens, submergé par sa peur et attend l'attaque. Il sait intimement que cette chose lui veut du mal et ce, sans avoir reconnu quoi que ce soit chez elle. Sa mâchoire se serre. Il n'arrive toujours pas à respirer. Tel un enfant apeuré l'ancien malfrat tente de se convaincre qu'il cauchemarde tout en sachant qu'il est bien éveillé. Il se prépare à rendre son dernier souffle mais rien ne se produit. Le silence règne dans la pièce à nouveau. L'homme arrive enfin à remplir ses poumons d'air dans une grande inspiration tremblante. Ses yeux s'ouvrent lentement en redoutant ce qu'ils vont devoir affronter mais silhouette n'est plus là. Oracio sent son coeur battre à tout rompre et sa main glisse enfin sur le pistolet à portée. "Qu'est-ce que c'était que ça ?" Se demande-t-il premièrement même s'il ne le sait que trop bien.

Le quarantenaire se frotte le visage en grimaçant et se lève ensuite en veillant à ne pas réveiller sa compagne. Il soupire en enfilant un pantalon puis gagne le palier menant au escaliers. C'est non sans un regard vers la jeune femme assoupie qu'il emprunte finalement les marches qui le mènent au rez de chaussée. Arrivé à sa destination sa main s'empare d'un verre qu'il remplit d'eau pour soulager sa gorge asséchée par la terreur qui a saisit son cœur.Le ricanement se fait encore entendre derrière lui mais Caldéri ne se retourne pas tandis qu'il serre sa main sur le pistolet qu'il a emporté avec lui jusqu'ici. Il sait qui est là.

-C'était toi qui me suivait tout le long ce soir ? Lance-t-il dans le vide de la pièce. Seul un silence écrasant lui répond.
Va t'en... S'exclame-t-il d'un ton ferme et menaçant.
-Et si je refuse ? Je suis content de te revoir, moi. Penses-tu pouvoir me tuer comme les autres ?Une voix grave et sinistre s'est élevée pour briser le silence. Le ton est défiant et narquois.
Oracio ne répond rien. Il baisse les yeux sur son arme à feu. Une avalanche d'idées et de possibilités se déversent dans sa tête fatiguée qui peine à les traiter correctement. Il se résigne enfin à répondre dans un soupir.
-Je pourrais...  Lance-t-il à voix basse tout en se retournant pour braquer l'homme qui se tient à quelques mètres de lui dans le noir.
-Non... Tu ne peux pas. La silhouette est claire à présent. L'intrus porte une tenue lourde en cuir sombre décrépi et abîmé. Une étoffe de couleur sang masque le bas de son visage et ses longs cheveux crasseux pendent jusqu'à ses épaulières portant l'insigne de la guilde des maçons. Il est lourdement armé, prêt à en découdre.
-Sans moi tu n'es rien. Sans moi tu ne serais pas là. Sans moi tu gratterais encore le sol d'une des ruelles puantes de cette ville.
-Sans toi j'aurais une vie normale. Oracio tire sur le chien de son pistolet pour l'armer dans un son distinctif d'une main tremblante.
-Tu ne veux pas d'une vie normale... Cesses donc de rêver que tu es quelqu'un d'autre que l'ordure égoïste que tu as toujours été.
-Mais qu'est-ce que tu veux ? Pourquoi tu as tué Hugo ?
-J'en avais envie.
Le sinistre personnage sourit sous son masque. Sa posture est assurée, pas un seul instant on ne perçoit une hésitation ou un soupçon de peur en lui.
-Je ne ne suivrai plus tes mensonges. Dit-il d'une voix tremblante en raffermissant sa prise sur le pistolet qui pointe vers le visage sinistre.
La silhouette jusqu'alors restée à distance ricane à nouveau avant d'avancer lentement vers l'homme armé avec un air déterminé et se retrouve bientôt avec le canon collé au visage. Leurs yeux se croisent et un loued silence s'impose. La tension est palpable. La main d'Oracio tremble de façon irrésistible et il peine à soutenir ce regard froid plein de rage que lui lance son vieil ami. Un frisson glacial lui traverse l'échine.
-Vas-y. Qu'est-ce que tu attends ? Lance-t-il à l'homme d'affaire en inclinant légèrement la tête sur le coté.
C'est bien ce qu'il me semblait... Espèce de lâche. Jamais tu n'oseras. Jamais. Moi par contre, je le ferais si j'étais à ta place. Je pourrais m'intéresser à la mignonne en haut et lui refaire sa jolie petite gueule à coup de talon. Tu m'as déjà vu faire.
-Non ! Il baisse son arme à feu directement.
-N'essayes pas de me repousser Oracio. Tu ne peux y parvenir et même si un miracle se produisait... J'abattrais sur ta chérie toute la colère et la cruauté dont je peux faire preuve. Tu sais qu'elles ont peu de limites.
-Elle n'y est pour rien... Son regard s'écarquille face aux horreurs qui défilent devant ses yeux. De vieux souvenirs sanguinolents qu'ils pensaient très loin se rappellent à lui brutalement.
-Alors ne me forces pas à lui montrer ce dont je suis capable. Le seigneur défias tourne les talons et retourne dans l'ombre pour y disparaître avant de lancer une dernière réplique teintée de moquerie et de mépris.
Fais de beaux rêves, doux prince.

L'ancien malfrat reste hébété. Son regard prit de panique dardant dans tous les sens, comme ses pensées. Il rejoint l'âtre non loin. Ce dernier crépite encore légèrement. Le siège dans le quel il se laisse tomber encaisse le poids de son corps rompu. L'homme glisse sa tête entre ses mains déjà salies à trop d'occasions. Ses yeux plongent dans le vague pendant qu'il revit les pires heures de sa vie passée et se prend à imaginer celles de sa vie future. Les premières lueurs de l'aube pointent enfin à travers les vitres. Ce fut une nuit comme les autres. Une nuit d'insomnie où ses pensées le submergent et ses craintes l'empêchent de fermer l'œil. Il se sent tiré vers les abîmes, tiraillé entre ses peurs et ses envies.
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Message par Oracio Caldéri le Ven 10 Fév 2017 - 20:56

Y laisser quelques plumes


La soirée commence et Oracio est contrarié.  Il marche d'un pas décidé vers une destination inconnue. Sans doute cherche-t-il a évacuer cette tension en lui par cette procession. Son regard sévère se pose sur les passants qui ne comprennent pas trop ce qui agite cet inconnu en rage.Son esprit se remplit de colère et son regard se vide. Il atterrit sans trop y réfléchir dans un endroit reculé. Ce petit morceau de quais en contrebas de la rue qui longe le Cochon Siffleur. Il avait souvent l'habitude de se poster là en silence et comme jadis, il se retrouve face à son reflet dans le petit plan d'eau stagnante.Ses yeux bleus sont braqués sur cette image floue et tremblante sur le miroir verdâtre. Quelques sujets importants passent dans sa tête. Il pense à son identité publique qui change et se tord comme cette image de lui qu'il contemple. Les raisons de son énervement aussi se bousculent dans son esprit. L'ancien malfrat soupire et se calme enfin. Il réalise la futilité de ce qu'il a pu dire ou faire pour en arriver à cet état de nerfs.

Il grogne et regrette, la mine désolée puis tourne les talons pour s'en aller et rebrousser chemin mais un bruit s'échappe de l'entrée des égouts sur sa gauche. Oracio fronce les sourcils et s'approche de la grille menant à se couloir  dont on ne perçoit pas les profondeurs. Arrivé près de cette grille une ombre lui fait écho de l'autre côté des barres froides en métal. Cette silhouette émet un petit rire derrière son masque rouge tandis que ses yeux plongent dans ceux de l'homme d'affaire. Cela lui glace le sang et il est plongé dans un mutisme apeuré. Il parvient cependant à ne pas le laisser voir et demeure silencieux, attendant que l'observateur ne prenne la parole mais ce dernier ne semble pas se décider à le faire.

-Qu'est-ce que tu veux à la fin ? Lance-t-il d'un ton énervé.
-Baisses d'un ton mon ami. Tu ne voudrais pas me froisser par ton humeur déplorable. N'est-ce pas ? Tu sais que les oreilles traînent aussi tout autour de toi, tous les jours. Cette vie normale que tu embrasses aujourd'hui est en train de faire de toi un mouton de plus dans ce troupeau destiné à l'abattoir. Toi qui aspirait à tant de choses, fut un temps. Vois ton reflet, celui du faible que tu es devenu.
Sa fierté piquée à vif, Il serre la mâchoire en fixant son interlocuteur et répond d'un ton froid et menaçant.
-Tu vas me laisser tranquille. Tu entends ? Je ne te laisserais pas me tirer dans ton monde une fois de plus. Celui des égouts. Avec les rats dans ton genre qui se nourrissent des restes laissés par les grands.
-Tu te crois différent de moi ?
-Je ne me crois pas différent. Je le suis.
-Un chat de goutière, même déguisé ne rugira jamais comme un lion. Toi et moi nous étions les mêmes jadis. Main dans la main nous avons rançonné, nous avons tué. Tu vas plutôt ranger ton petit air de méchant garçon et faire ce que je vais te dire, comme avant. Sinon tu auras de plus gros problèmes que moi sur tes petites épaules. Sans compter celle que tu enterreras en te noyant dans tes larmes de lâche.
-Tu vas devoir trouver mieux que de petites menaces dans ce genre. Tu sembles avoir besoin de moi. Non ? Tu ne me tueras pas. Tu sais aussi que si tu t'en prends à elle, tu m'auras à tout jamais sur tes traces. Plus de discussions, plus de paroles. Tu hériteras d'une guerre totale.
-Oracio... Oracio... Souffle-t-il d'un air las. Tu sais ce que l'on dit. Si tu n'es pas avec moi. Tu es contre moi. Si tu me rejètes, je ne te tuerais pas. Je te briserais et tu me regarderas poser mes mains si délicates sur elle comme tu n'oseras jamais le faire. Elle aimera ça, non ? Dit-il en ricanant.

A ce moment l'homme d'affaire sent monter en lui une rage incalculable. S'en est trop pour lui. Il jète sa main gauche dans son dos, sous sa cape pour s'emparer de son arme à feu et tire le chien dans la foulée. Tout se passe en un éclair. Une main gantée de noir surgit à travers les barreaux de la grille et serre la poignée de la dague à la ceinture de l'énervé. Oracio tend son arme vers le caïd et tire sans hésiter. La balle manque sa cible et ricoche dans le sombre couloir. Des bruits de pas empressés se font entendre. Le défias a disparu. L'homme se retrouvant à présent seul grimace un instant en se demandant comme il a pu rater un tel tir et baisse son regard vers cette douleur aiguë qui nait en lui. Sa main tremblante accompagne son geste pour venir se crisper sur la poignée de sa fine lame à présent enfoncée dans son ventre.

-Merde... Lance-t-il dans le silence laissé par l'explosion de poudre.

Il inspire profondément et se plonge dans une courte apnée douloureuse en reculant de quelques pas. Sous le choc, son regard apeuré observe le liquide carmin qui s'échappe déjà des flancs de la lame totalement immergée dans sa chair. Sa main tremble, ses jambes faiblissent et il s'effondre dans un râle de douleur contre le muret se trouvant dans son dos. Il fixe sa propre arme lui perçant à présent la peau. Sa main crispée tente de la retirer d'un geste trop faible et s'arrête net quand la lame sinueuse se fait bien trop sentir sous sa peau.

Il respire lentement, très lentement et son regard se vide peu à peu tandis que son sang s'écoule le long du cuir de sa tenue pour se répandre sur les pavés délavés de la ruelle. Va-t-il finir ainsi ? Poignardé tel un débutant dans un moment d'inattention porté par la colère. De vieilles images glissent devant ses yeux. De vieilles et de plus récentes. Il inspire à nouveau vivement sous une impulsion douloureuse. Ses oreilles sifflent et il entends des bruits pas. Des curieux ont entendu le coup de feu et une des personnes s'enfuit chercher de l'aide. Oracio tente de rester calme et de garder le contrôle de lui-même. Cette blessure n'est pas si grave que ça si les soins arrivent rapidement.

Essayant de se rassurer, il se concentre sur ceux qui l'entourent à présent et ses pensées vont à une autre personne avec laquelle il n'aurait pas dû tant s'emporter. Une personne qui n'est pas à ses cotés en ces moments difficiles. Elle qui aurait su lui rappeler par sa présence de ne pas faire de lui-même le reflet flou et tremblant de cette ombre masquée de rouge.
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