Le chant de la Grive

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Le chant de la Grive

Message par Mancelion D'Éléos le Mer 7 Juin 2017 - 21:50


Arnil avait toujours été solitaire. Il vivait seul, dans la capitale Tirassienne à deux pas de la caserne. Pratique, simple, militaire. C'était un homme bon, plein de tocs, de superstitions et d'habitudes étranges. Il avait d'ailleurs la manie de se préparer du porc, tous les dixième jour du mois. Ce fameux dixième jour était arrivé, et ce dîner allait être comme tous ceux avant lui, un délice, dévoré dans un calme total et une solitude reposante.

Il dévorait déjà son plat du regard lorsque trois petits coups secs, résonnèrent à travers les murs lourds de sa demeure de pierres blanches et de bois brun. Confrontant le Capitaine à un de ces sentiments qu'il haïssait, celui d'être extirpé de son cocon par la réalité ambiante.

Arnil se leva en direction de la porte, prêt à en découdre avec le malotru qui osait perturber son rituel gusatatif. Il se rembrunit, s'éclaircit la gorge et lança:

"Je vous ai dit que c'était NON, Clairbois, pas d'augmentation à dis-.."
Lorsqu'il ouvrit la porte, la chute de ses paroles se fana dans un mutisme. Ce n'était pas cet abruti de Clairbois qui venait quémander une prime, mais une vieille femme rabougrie.

"Que puis-je pour vous citoyenne ?" Prononça le soldat, las.

En un claquement de doigt, l'apparence de la grand-mère changea du tout au tout. Les rides dégoulinantes de son visage se muèrent en une peau lisse et opaline, ses cheveux hirsutes en une chevelure blonde parfaitement brossée, et ses prunelles grisées par la cataracte s'illuminèrent, berçant les rebords de la capuche qui recouvrait son crâne d'une petite lueur bleutée. C'était l'émissaire de la Maison Sirolonwë qu'il avait rencontré il y a plus d'un an de cela à l'ambassade. Elle était toujours aussi belle. Arnil repassa une main dans ses cheveux, il voulu commencer à parler mais la quel'dorei le coupa.

-"J'ai du me reclure pendant dix mois. Dix mois, articula la thalassienne. Je ne t'accuse de rien mais débrouille toi avec maintenant, lança l'elfe dans un élan d'agacement, elle lui tendit un panier en osier, empli de couvertures recouvrant un petit être à peine plus grand qu'une dague. Il est de toi, c'est certain. Regarde ses yeux et ses oreilles. Il est difforme. Et ses yeux ne brillent pas."

Arnil prit le temps d'analyser sa progéniture avec incertitude. En effet, il s'agissait clairement d'un batard. Ses yeux n'étincelaient pas, son corps était frêle mais pas assez élancé pour être celui d'un elfe, et ses sourcils une que trop longs ne se décollaient pas de leurs arcades comme ceux des elfes. Il déglutit et reprit,

-De moi? Mais je croyais qu'il n'y avait aucun risque.. Rentre, ne reste pas là, nous allons discuter.

-C'est hors de question. Je ne te referai plus le plaisir de rentrer dans cette bicoque miteuse.

-C'est toujours un plaisir.. Entre te dis-je, nous n'allons pas prendre le risque de nous afficher publiquement.

Arnil semblait paniquer, tout allait beaucoup trop vite pour lui. Il coula un regard à l'elfe, puis avisa le nouveau né, avant de regarder l'elfe à nouveau...

-Ne sois pas idiot. C'est déjà un miracle de ne pas avoir été suivi. J'ai pris le risque de venir jusqu'ici en personne. Si tu ne fais pas attention à cet enfant, que tu ne tiens pas ta langue sache qu'elle en payera le prix. Ce serait pour la maison ennemie à la mienne une preuve de faiblesse exploitable, et nous en payerions tous trois le prix."

Avant qu'Arnil ne puisse dire quoi que ce soit, l'elfe changea son apparence une nouvelle fois, reprenant les traits de l'ancêtre sous lesquels elle était venue, et disparut dans les brumes matinales de la cité portuaire.

Le médecin passa un long moment seul, son porc déposé sur un côté de la table, à contempler le nourrisson. Un petit être frêle, aux oreilles décollées et pointues. Ses prunelles, avaient tout gardé de la couleur claire des yeux de sa mère. Arnil passa des heures à observer l'enfant, il en perdit même la notion du temps sans s'en rendre compte.
Qu'allait-il bien pouvoir faire de ce bébé...
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Re: Le chant de la Grive

Message par Mancelion D'Éléos le Jeu 8 Juin 2017 - 20:07




L'Envol



Le jour se levait et un beuglement résonna depuis le salon.

"Eldreith ! Debout, dépêche toi!"

Elle n'avait pas envie. Pas déjà. Peut-être aurait-elle une chance en jouant la morte d'échapper à l'horreur de la situation...

"Ca fait douze ans que je te le répète: Tes oreilles bougent quand elles captent le moindre bruit. Arrete de me faire croire que tu n'as rien entendu. Lève toi, et viens manger."

Ses satanées oreilles étaient la seule chose qui dépassait de la couette. En fait elles étaient les seules choses qui dépassaient tout le temps de partout.
Ses lobes se murent avec désespoir, se tordant aux extrémités. Elle grommela quelques mots, la tête dans son édredon.

"On ne marmonne pas dans sa barbe jeune fille"

Eldreith fronça ses longs sourcils et répliqua, avec la répartie de tout adolescent en devenir.

"J'ai peut être de grandes oreilles mais je n'ai pas de barbe. Et je ne veux pas y aller.
-Eldreith.. L'école n'a plus rien à t'apprendre. Tu veux devenir médecin oui ou non?"


La jeune fille finit par se lever. Elle sortit de son lit avec lenteur et traversa la pièce en traînant des pieds. Elle s'assit sur un des strapontins inconfortables de la cuisine, se hissa pour en atteindre l'assise et se laissa choir sur le bois abîmé de la table haute. Là, elle déposa ses prunelles claires sur Arnil, le dévisageant.

"Médecin, pas pretresse. Je veux devenir médecin pas prêtresse.. Et je veux pas partir..."

Arnil rajusta son tablier de cuisine. Il savait qu'il avait l'air parfaitement ridicule dedans, mais Eldreith le lui avait offert pour la semaine des enfants. Bien qu'il ne voulu l'admettre devant sa fille, il était déchiré. Il allait devoir se séparer pour la première fois depuis douze ans de celle qui avait rejoint son quotidien un dixième soir du mois, dans un couffin. Le soldat ne dit rien, il se contenta de garnir deux bols de flocons mijotés dans du lait et du miel chaud.
L'odeur sucrée du met berçait la pièce dans une petite fumée légère. La jeune fille regarda son père père un instant, fronçant ses longs sourcils, dérangée par son mutisme.

"Tu es triste. Je sais que tu es triste Papa.

-Je sais que tu sais, et c'est d'ailleurs pour ça que tu vas là où tu vas. Parce que tu es capable de ressentir bien plus qu'un simple médecin peut ressentir. Je sais que tu comprendras."

-Pourquoi tu l'as pas fait toi?"

-De quoi?"

-Bah être prêtresse, quoi d'autre"


Arnil esquissa un sourire. Il admirait l'assurance de sa fille, sa force de caractère, sa retenue. Il l'a contempla comme pour mémoriser ses traits avant de reprendre d'une voix légèrement tremblotante.

"Parce que je n'ai pas ta sensibilité

-C'est faux, tu pleures quand tu lis ton bouquin "Les amants de Mys-.."


Arnold bougonna

"Oui bon, alors disons que nous n'avons pas la meme sensibilité là, ca te va ? La tienne est spéciale. Elle est utile. Voilà.

-Tu boudes papa ?

-Bon tais toi et mange ou c'est à la mine que je t'envoie pour finir"


Eldreith souffla un rire. Le père et la fille s'échangèrent un coup d'œil complice avant de terminer le repas en silence.

***
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