Ruisseau

Aller en bas

Ruisseau

Message par Aspée le Jeu 16 Jan 2014 - 20:36

Folie


 Elwynn, lors d'une froide nuit d'hiver à l'ombre des hautes cimes, il errait. Un but ? A quoi bon s'il était incapable de s'y accrocher.
Le sang-mêlé s'était habitué à sa nouvelle vision nocturne et avançait donc d'un pas régulier, allant et venant entre les fourrés. Dressé face au ruisseau, il s'allongea dans l'herbe humide, les pins ne laissant paraître qu'un lointain éclat lunaire.  
Combien de temps resta-t-il là, sans même réfléchir ? Suffisamment d'heures pour qu'un doux remou suffise à troubler son repos. Roland se redressa alors, l'épaule endolorie.    

Il avait bien changé au cours des derniers mois, quelques muscles couplés à son regard luisant, héritage mystique thalassien, alors même qu'il n'avait souhaité qu'être humain. Son reflet dans l'eau sombre devenait irrégulier, ses traits fatigués mis en évidence par sa lueur oculaire.
Roland se sentait pourtant observé. Chose normale en plein cœur d'une forêt profonde me direz vous, mais la présence animale n'avait jamais perturbé le jeune Garde. De longs cheveux blonds ondulaient au rythme de l'écoulement, deux bras vinrent l’enlacer. Puis il s'adressa à lui d'une voix enfantine, pleine de malice.  


"Protéger ? Aider ton prochain ? Quelle mauvaise foi, tu es pourtant incapable de te protéger toi-même. Pourquoi les gens meurent selon toi ? Cesse donc de chercher des excuses à ta propre faiblesse, de corps et d'âme."
 

Ce n'était pas la première fois qu'il venait à lui. Chaque fois, sa présence se faisait plus intense, palpable, comme un rêve qui viendrait peu à peu prendre forme. Chaque mot résonnait dans son esprit comme un poignard qui viendrait râper la surface de sa peau, comme une balle qui ricocherait contre son torse sans le blesser pour autant. Il avait plusieurs fois songé à consulter un médecin mais craignait plus que tout d'être jugé à nouveau. Leurs regards, leurs rires. La solitude avait toujours pesé. Il n'en voulait plus, plus jamais.  


"Tu sais bien qu'au fond, en cherchant à aider ton prochain, tu ne fais que te rassurer, tu espères qu'ils t'aimeront en retour, qu'ils t'accepteront, mais tu finiras par te retrouver seul, c'est écrit. Que devrais tu faire dans ce cas ?"
 

A nouveau il perdit patience, s'abandonnant à cette sourde colère que l'on sait propre aux enfants capricieux. Roland poussa alors un cri mêlant angoisse et stridence, au risque d'alerter les êtres des bois, et se recula pour s'agenouiller, retourner à la terre et adopter une posture fœtale des plus convaincantes.
Un vent frais traversa sa chemise brodée et le fit grelotter. Il frotta ses mains l'une contre l'autre en soufflant, trempées, avait-il transpiré ? Peu l'importait. Sa santé, ses larmes. Peut-être l'apparition était elle dans le vrai.


Dernière édition par Roland Watshell le Ven 8 Mai 2015 - 10:00, édité 9 fois
avatar
Aspée
Garde

Nombre de messages : 2338
Age : 22
Lieu de naissance : Quel'thalas
Age : Qui sait ?
Date d'inscription : 07/11/2012

Feuille de personnage
Nom de famille:

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Ruisseau

Message par Aspée le Lun 27 Jan 2014 - 14:40

Solitude

   Adossé aux racines du grand chêne, le demi-elfe patientait une fois de plus, perdu dans ses pensées. Rien n'allait dans son sens.
Il n'avait jamais rien contrôlé, s'était toujours appuyé sur son prochain pour se conforter dans l'idée que sa présence était nécessaire. L'enfant imaginaire avait raison, il n'était pas celui qui tentait de sauver mais bien celui qu'il fallait aider. Plongeant une main dans l'une de ses bottes, il en sortit une dague brute mais de bonne facture. Le présent de Frantz. Bien que strict si ce n'est sectaire, le Garde lui avait toujours paru au premier abord agréable et compréhensif. Lui qui a priori supportait difficilement les étrangers avait pourtant fait don d'une précieuse arme héritée de son père à un hybride.

Était-ce pour le protéger de sa propre faiblesse ? Voilà donc une interprétation douteuse du jeune homme en plein désarroi.
Il était toujours là, lui et son regard d'un violet paraissant irréel, malicieux au possible.  

« Tu t'es enfin décidé ? »

Devait-il chasser ces mauvaises idées par la force ? Était-ce seulement possible ? Il serra de plus en plus son emprise sur la poignée.

« De toute manière, ils te haïssent tous. Souviens toi du premier regard de ton oncle. Tu ne parviendras jamais à faire fi du moindre jugement porté sur ta personne. Tu crains tant ta propre impureté. »

Le temps passait et les propos tenus par cette étrange apparition ne cessaient de gagner en violence et en cruauté. Chacune de ses avancées. Ses amitiés. Rien de tout cela ne serait le fruit de son travail mais uniquement de la pitié ressentie par son entourage et suscitée par son attitude geignarde.

« Il existe cependant un endroit où tu serais bien traité. Oui, comme un Roi. Te souviens tu ? »

L'effroi était à son point culminant. Tout lui revint en mémoire. Non, sa place n'était pas là-bas, ce n'était pas lui. Sa sœur avait tant souffert pour, tout cela pour le stupide idéal qu'il s'était contenté d'usurper au plus vicieux d'entre-tous.

« Tant de gens à délivrer. Tu pourrais enfin t'épanouir. »

Aucune délivrance ne demeurait après la mort, juste un vide complet. Où est cette liberté ? Ton disparaît à son sillage. Osmond ne fut libéré lorsque cette brute de Luther lui décrocha la tête quelques mois plus tôt, aucune balle n'avait « délivré » Husserl. Ils étaient juste morts. Seuls. A quoi bon se recueillir sur leur tombe dans ce cas ? Se rassurer soi-même ? L'utopie prônée par les deux Ombres, prôné par le manipulateur et par cette apparition le dégoûtait plus que jamais. Il devait le rayer de sa mémoire, le renier.

Refermant le poing sur la fine poignée, il se jeta sur l'enfant pour le poignarder. Constatant qu'il ne réagissait pas, il recommença. Il ne s'arrêta qu'à partir du moment où les giclées obscurcirent son champ de vision à un point tel qu'elles avaient recouvert sa tenue. A chaque coup, une larme.
Le demi-elfe baignait désormais dans une mare de sang plus vraie que nature, une mort sur la conscience cette fois-ci, et c'en était trop.

Fixant la lame rougie, il ferma les yeux. Veldrin n'avait pas à se salir les mains après tout. Il pouvait le faire seul, devant ce grand chêne. Il avait joué et grandi à l'ombre de cet arbre après tout. Même après le départ de sa sœur, il y retournait quotidiennement. On ne choisit pas l'endroit où l'on naît mais il choisirait au moins celui où il mourrait. D'une main tremblante, il s'apprêtait à sectionner les veines qui parcouraient son poignet, la mâchoire serrée et le teint pâle d'un enfant sur le point de fauter.
Une main se posa lentement sur son épaule pour la caresser, il reconnut dans l'instant cette sensation de réconfort, cette chaleur similaire aux premiers rayons du soleil traversant la fenêtre de bon matin.


Bien qu'étant sa sœur jumelle, Cecilia Watshell, prêtresse de la Lumière, était dotée d'une chevelure blonde contrastant avec les mèches d'ébène du jeune mage. Étant elle-même issue d'une relation que certains jugeront de contre-nature, ses traits fins angéliques ne laissaient paraître aucun défaut. Sa longue robe blanche parsemée d'or renforçant l'idée d'une sainte apparition, sans doute avait-elle reçut le don de ressentir le tourment des proches de la très Sainte.

« Laisse moi, si cela continue, tout va recommencer. Ils me manipuleront à nouveau !  Je ne veux plus faire souffrir personne. Je t'en prie, laisse moi seul. »
Entama Roland, interdit.

Une gifle vola subitement, mais le garde ne ressentit pas de douleur particulière, uniquement une vive chaleur. Cette chaleur qu'il n'avait ressentie depuis si longtemps qu'il ne put s'empêcher de palper sa joue, partagé entre bonheur et honte. Dans un élan d'amour fraternel, elle l'enlaça pour sangloter à son tour.

« Je t'interdis de parler ainsi, plus jamais, ils sont loin aujourd'hui. Tu es libre Roland, libre de grandir et libre d'aimer. Libre de vivre. Ne pars pas seul, promets le moi. »

Interrompant alors son étreinte, elle étira un large sourire, aussi rassurante que faire se put. Le soleil se levait et aucune trace de cadavre ni même de sang. Son imagination lui avait-elle joué des tours une fois encore ? L'heure était venue pour le garde de se ressaisir.

« Regarde toi mon frère, tu es trempé. »


Dernière édition par Roland Watshell le Mer 11 Mar 2015 - 18:35, édité 5 fois
avatar
Aspée
Garde

Nombre de messages : 2338
Age : 22
Lieu de naissance : Quel'thalas
Age : Qui sait ?
Date d'inscription : 07/11/2012

Feuille de personnage
Nom de famille:

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Ruisseau

Message par Aspée le Jeu 20 Mar 2014 - 8:58

Peur



   Il n'était pas fou, non. Il ne pouvait admettre avoir vu pareil être, avoir succombé à de tels instincts. Cecilia était dans le vrai, il devait surmonter cette épreuve et continuer à avancer. Mais pour cela, une nouvelle confrontation s'imposait.
Encore ahuri, il s'accroupit face au ruisseau pour l'appeler. L'entendait-il seulement. Plus encore, pouvait-il se prétendre sain d'esprit ?


« Tu as tenté de me tuer, mais tu cherches tout de même à me rencontrer ? Preuve étant que j'avais raison depuis le début, tu n'es pas différent des autres, les bas instincts refont toujours surface. Je sais très bien à quoi tu penses actuellement « il ne me troublera pas », mais n'est-ce pas un peu tard ? Tu souhaites peut-être que je réponde à toutes tes questions. Tu te voiles la face. »

Sa voix résonnait encore et toujours comme un long et douloureux grincement. Le voilà donc face à un être sorti de nulle-part et sans doute capable de lire dans son cœur pour en tirer ses plus grandes peines et craintes et les utiliser contre lui. Mais Roland devait se montrer fort, sans quoi son entreprise aurait été jugée d'insensée.

« Je ne suis pas venu ici pour écouter les délires d'un esprit complexé par son propre immobilisme. Qui êtes vous ?
- Le destin, le tien, le nôtre. »

Le silence se fit alors avant qu'une trombe d'eau ne jaillisse du ruisseau pour rassembler en un point, se modeler et prendre peu à peu forme. De ses longs cheveux dorés à son regard violet malicieux, tout n'était qu'Illusion depuis le départ.
Non moins serein, il ne sembla pas réellement atteint par les piques peu éprouvées du demi-elfe, bien qu'il soit difficile de s'en assurer en l'absence d'un corps de chair. Après un temps d'arrêt lourd de , il prit la parole.

« Je te trouve bien sûr de toi, pourtant, rien ne me force à me plier à tes exigences. Je trouve même assez comique que tu oses parler de complexe. »

 Au fond, il se doutait bien qu'il ne livrerait pas une telle information d'entrée de jeu. En tailleur sur la terre humide pour le fixer de ses yeux brillants, il le défia longuement du regard. En plein jour, il lui paru d'autant plus jeune. Huit ans, tout au plus. Il émanait de la silhouette juvénile une grande sagesse que l'on octroie aux anciens. L'on dit que la vérité sort toujours de la bouche des enfants, quoi de mieux qu'une telle forme pour parvenir à ses fins ?
 Quelques minutes s'écoulèrent avant qu'il n'esquisse un fin sourire, à mi-chemin entre joie et affection.

« Tu es le premier, appelle moi donc Amnis. »
Répondit-il finalement de sa voix cristalline non moins moqueuse.

 Évidemment, Il s'agissait là d'un pseudonyme, mais Roland s'estima satisfait. Sans doute serait-il déjà plus enclin à répondre à ses questions, du moins s'il ne disparaissait pas au premier battement de cils.

« Crois tu vraiment avoir gagné en assurance ? Je sens le doute serrer ton cœur aujourd'hui encore.  
- Quel est votre but ? Répondez sans détour.
- T'aider.
- En me rabaissant sans cesse ? »

 Pour la première fois, le mystérieux sorcier perdit son sourire victorieux, s'il jugea la question légitime, il n'en tira que plus de déception à son égard. Tout se serait déroulé comme il le projetait si cette prêtresse ne s'en était pas mêlée à nouveau, mais peu importe, il avait encore tout son temps. Des mois devant lui, des années même.

« Tu es encore jeune, bien trop pour en avoir conscience. Ne gâche pas cette chance qui t'a été donnée, ces prédispositions. Elles sont là, dans ton sang. En te cramponnant à tes quelques sortilèges, à ta vie actuelle, tu laisses ton talent dépérir. Fais le bon choix, Roland. »

 Sa justesse l'ébranla.


« Laisse moi prédire ton avenir. Satisfait de tes capacités actuelles, tu ne chercheras bientôt plus à t'améliorer, ainsi, dans dix ans, ta situation n'aura que peu évolué. Tu ne vieilliras pas et verras les tiens mourir les uns après les autres. Seul, tu mettras fin à tes jours, maudissant cette vie qui t'a été offerte. Mais j'y suis, n'y aurais tu déjà pas songé ? »

   La projection aqueuse s'évapora à l'arrivée du crépuscule. S'il était sain d'esprit, combien de temps lui restait-il encore ? Roland ne croyait pas réellement ni aux oracles ni au destin mais le doute naquit dans son esprit, ainsi qu'une émotion nouvelle, une peur indicible.


Dernière édition par Roland Watshell le Mer 18 Mar 2015 - 8:41, édité 4 fois
avatar
Aspée
Garde

Nombre de messages : 2338
Age : 22
Lieu de naissance : Quel'thalas
Age : Qui sait ?
Date d'inscription : 07/11/2012

Feuille de personnage
Nom de famille:

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Ruisseau

Message par Aspée le Mer 30 Juil 2014 - 15:40

L'autre


Des semaines, des mois s'écoulèrent sans qu'il ne s'y rende. Mais Roland n'était pas dupe, au contraire, il l'attendait. Il sentait sur lui son regard malicieux, sans doute lissait-il ses fines mèches dorées à l'autre bout du monde, au plus profond de la grande Mer, convaincu que le sang-mêlé le rejoindrait.

Il lui était désormais possible de le nommer et, bien qu'il ne s'agisse là que d'un odieux stratagème pour contourner ses quelques interrogations, cela demeurait à ses yeux une victoire personnelle.
Mais le doute était là. Son intuition lui hurlait "Il est là, proche". Était il seulement libre ? Devait-il l'affronter, au risque de ne jamais s'en libérer ? Après tout, que risquait-il face à une vulgaire projection ?

Autrement plus intrépide qu'au cours des derniers mois, il s'y aventura de nouveau. Allongé parmi les hautes herbes bordant le cours d'eau, il patienta une bonne heure à contempler le ciel azuré avant de se redresser, les mains moites et l'air détendu. Roland s'épongea le front d'un revers de manche pour souffler puis bascula en avant pour fixer son reflet dans l'eau pure, encore inondée de lumière.
De fines gouttelettes de sueur perlaient à son front, succédant à ce sentiment d'effroi si ce n'est de dégoût.
Outre ses yeux d'un bleu éclatant, ses fines oreilles taillées en pointe et les quelques traits trahissant une majorité tout juste entamée, son être tout entier lui sembla étranger. Une silhouette bien trop allongée, un regard luisant absent de réelle expression ou pilosité, rien ne lui évoquait l'homme tel qu'il le connaissait. Il en vint à envier son collègue Flytherson qui, bien que né la même année, avait hérité d'un faciès bourru typique et propre aux travailleurs d'Elwynn.

Plongeant ses mains dans le ruisseau, il s'en approcha d'autant plus, était-ce là son destin ? Perdu entre deux peuples, ne pouvant qu'espérer caresser l'un d'entre eux, vivre en humain comme il l'avait consenti.
C'est alors qu'une nouvelle voix fit son apparition. Autrement plus sèche et caverneuse que sa compagnie habituelle, proche, inhabituelle mais si familière.

« Le temps est passé bien vite. »

Roland se redressa d'un bond pour faire face à l'interlocuteur qu'il n'avait sentit approcher, fébrile. Une peau d'albâtre frôlant le translucide, une chevelure désordonnée et un regard absent scellés d'un argent pur, un caractère qu'il n'avait pu oublier.
Était-ce un Ciayter ? Son visage lui était étranger, mais tout son être lui parut à nouveau familier.

Drapé dans quelque étoffe luxueuse contrastant avec ses mystérieux attributs, à l'ombre d'une souche rongée par les vers, il lui parut figé là depuis des lustres.
Puis il jaugea de ses prunelles vides d'expression le jeune mage, et sans même changer de posture, reprit d'une voix empreinte d'autorité.

« Tu es mien, tu l'as toujours été. »

Roland tressaillit, l'estomac serré, il manqua de suffoquer et fit alors volte-face pour fuir un cauchemar d'adolescent. La cheville prise dans une racine, il s'écroula, rampant sur quelques mètres pour se relever, encore fébrile, adossé au grand chêne.
Un froid paraissait dévorer ses entrailles, Roland n'était plus que l'esclave d'un funeste destin qui hélas se répétait.
Cependant, alors que les mains blanchâtres de sa Nemesis menaçaient de se refermer sur son cou, tout revint à la normale.

Le monstre au regard d'argent n'était plus.

Les muscles tendus, il se recroquevilla pour verser quelques larmes de crocodile et marteler le sol d'un point rageur. Malgré tous ses efforts, le Garde était resté cet orphelin pleurnichard se refusant à dénoncer ses tortionnaires.
Mais il ne le laisserait plus agir à sa guise. « La prochaine sera la bonne » déclara-t-il finalement.
avatar
Aspée
Garde

Nombre de messages : 2338
Age : 22
Lieu de naissance : Quel'thalas
Age : Qui sait ?
Date d'inscription : 07/11/2012

Feuille de personnage
Nom de famille:

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Ruisseau

Message par Aspée le Ven 13 Mar 2015 - 18:20

Liberté


Roland prit une longue inspiration, résolu.
Comme lors des précédentes visites, il s'approcha du ruisseau pour s'y voir sous un nouvel angle. Comme s'il s'agissait d'un rituel, il effectua les mêmes gestes, traçant des cercles de son index dans l'eau claire et murmurant quelques cantiques pour recevoir le soutien de la Lumière, prêt à le recevoir à tout moment, le poing serré.
Amnis ne le fit d'ailleurs que peu attendre, et bientôt sa chevelure de blé immergea du cours d'eau. Les yeux d'un mauve crépusculaire de l'enfant le jugeaient, méfiants comme jamais.

« Vous ne m'attendiez pas, ô Seigneur de la flaque ? » entama alors le sang-mêlé, mu par une jeunesse encore bien présente.

Quels que soient les mots qu'il emploierait, le jeune Sergent s'y était préparé. Il ne cessait d'ailleurs de se focaliser sur cette même phrase, « plus jamais ». Plus jamais il ne le laisserait décider à sa place, plus jamais il ne lui permettrait de remettre sa propre voie en question.
L'enfant l'observait, perplexe. Il fit claquer sa langue contre son palet pour prendre la parole, mais Roland lui coupa l'herbe sous le pied et enchaîna avant même qu'il puisse user d'une de ses piques acerbes.

« J'ignore qui tu, et il insista sur le tutoiement, peux bien être, mais je suis seul maître de mon destin. Que tu veuilles me harceler, passe encore, mais je ne peux tolérer toutes ces intrusions. C'en est assez. »

Sur cette déclaration, il tira une dague à l'éclat métallique, sertie de joyaux aux teintes irisées et ornée en son cœur d'un trident renversé. Sentant la brise matinale lui caresser le visage, il frissonna d'aise. Bien qu'inhabituelle, cette position lui parut confortable, l'arme blanche se fondant dans son bras en un fin prolongement.
Les paupières closes et la lame brandie paraissant dirigée vers la poitrine de l'enfant, il articula finalement d'une voix impérieuse qui laissa paraître ses réelles convictions : « Disparais. »

Lorsqu'il ouvrit les yeux à la lumière du jour, il était seul. Comme s'il n'avait jamais été que l'incarnation de ses craintes, de son mal-être, Amnis s'était évaporé. En cet instant, seul l'écoulement d'un ruisseau troublait la tranquillité de la clairière et plus rien ne vint l'en détourner.


HRP:

Et sur ce dernier post s'achève cette petite suite de textes qui m'ont peut-être pris plus de temps que prévu, j'ai au passage rectifié tous les précédents pour leur donner une forme plus convenable et moins pompeuse, merci d'avoir lu, toussa.
avatar
Aspée
Garde

Nombre de messages : 2338
Age : 22
Lieu de naissance : Quel'thalas
Age : Qui sait ?
Date d'inscription : 07/11/2012

Feuille de personnage
Nom de famille:

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Ruisseau

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum