L'entraînement

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L'entraînement

Message par Aspée le Jeu 15 Jan 2015 - 9:47

« Relève toi. »

Cette fois-ci je n'en pouvais plus. Comme si des pieux perçaient mon corps de part en part, me clouaient au sol dur et froid, mes muscles et articulations hurlaient. Les yeux mi-clos, je tentais de me redresser, en vain, comment pouvais-je lui obéir ? Son autorité, sa silhouette aussi grande qu'élancée, tout son être semblait m'écraser alors même qu'une force me soulevait, que le sol se dérobait sous mes pieds. Ce n'était pas là l'expression de ma détermination mais de sa volonté inflexible.
Je reprenais à peine mes esprits, hagard, lorsque je réalisai qu'il était temps pour moi de retourner au combat, de lutter de toutes mes forces jusqu'à ce qu'il en soit satisfait et m'abandonne aux pavés marbrés de sa demeure.

« Maintenant, bats toi. Donne un sens à ton existence. »

Il avait beau dire, mes assauts avaient toujours l'effet de coups d'épée dans l'eau. Chacun de mes sortilèges, lorsqu'il n'était pas simplement dispersé aux quatre vents, semblait glisser sur la robe blanche de mon oncle. Robe qui ne comptait d'ailleurs pas la moindre déchirure, pas un grain de poussière. Malgré ses provocations, je profitai d'un instant de répit pour reprendre mon souffle et réfléchir à une nouvelle stratégie.
 Je ne me serais jamais attendu à ce qu'il décide lui-même de me contraindre à agir à la hâte. J'eus d'ailleurs à peine le temps d'ériger un mur en voyant la boule de feu fuser dans ma direction. L'impact mis mes défenses à mal et me projeta en arrière. A nouveau au sol, je savais qu'il était encore trop tôt pour me tordre de douleur, surmontai cette épreuve et me relevai. J'en avais vu d'autres auprès du régiment urbain !

« En combat réel, tu serais mort. »

Comme si ça ne suffisait pas, mes sens se faisaient la malle. Les oreilles qui bourdonnent, pris de tremblements, s'il fallait tenter une action désespérée, c'était maintenant ou jamais.
Les mains à hauteur de ceinture, j'incantais et conjurai un projectile arcanique assez scolaire (la simplicité est parfois critère d'efficacité) avant de tirer mon épée d'une main et charger mon oncle, toujours immobile et impérieux, appuyé sur une canne d'ébène surmontée d'un cristal aussi blanc que le reste de sa tenue. Comme je le suspectais, le projectile ne le frôla même pas et finit sa course quelques mètres en arrière. Il fit alors tournoyer son bâton pour me balayer d'un revers de manche; mais il n'en fut rien et j'encaissai cette parade sans sourciller, protégé par un bouclier placé en préventif lorsque j'agonisais au sol, observant sa réaction étonnée.
L'ouverture était là, je brandis à nouveau ma lame courbe pour ne serait-ce que découper légèrement sa robe et prouver qu'il m'était possible de l'atteindre malgré le fait qu'il posséda près de dix fois mon âge.

Mais l'occasion était trop belle, et je ne tardai pas à oublier mes belles résolutions. Le bâtiment aménagé pour nos exercices, non,  le monde entier sembla s'effondrer et une puissante onde de choc me fit violemment retrouver le mur de brique et rejoindre le royaume des songes, une fois encore il avait manié l'arcane sans même prendre la peine d'incanter, comme s'il s'agissait d'un jeu. J'avais échoué.


* * * *


 Il a tant changé, c'est bien la première fois qu'il ose me menacer de son arme, lame que je lui ai moi-même offerte. Pousser son oncle à se faire violence, quelle audace. Le voilà enfin devenu mûr, prêt à être cueilli. Je contemplai son visage cerné par la fatigue, le soulevai moi-même jusqu'à une chaise vide et l'y laissai souffler.

 Il ressemble tant à ma sœur, c'en serait presque touchant.


* * * *


 Je me réveillai alors, j'ignore combien de temps s'était écoulé depuis cette nouvelle défaite, mais la salle d'entraînement était totalement déserte, j'espérais au moins ne pas l'avoir déçu. Comme toujours, il ne m'ouvrirait plus avant un petit moment et je pris la porte pour retourner chez moi en boitillant. A plusieurs reprises, je m'appuyai sur un mur ou un lampadaire, les muscles en compote, il n'y était pas allé de main morte. Lorsque j'arrivais finalement sur le seuil, je posais ma main contre la porte.
Cela devait faire déjà quatre ou cinq mois que j'avais décidé d’emménager dans la vieille ville, à défaut de passer toutes mes nuits à la caserne cela me permettait au moins d'avoir des instants d'intimité tout en demeurant suffisamment proche pour que je puisse prendre part aux entraînements matinaux. Je glissai la clef dans la serrure et ouvrai, surpris. L'autre m'attendait sur le fauteuil en baillant, le port négligé. Je feignis l'indignation.

« Qu'est-ce que tu fais là ?
- T'avais laissé la fenêtre ouverte. »
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