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[+18] Souvenirs d'un Chat

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Message par Camille Chat Lun 11 Avr 2022 - 10:32

Camille Chat, babines tressautantes à cause de la vitesse, s’accroche solidement au bastingage en corde de la canonnière sur laquelle lui et les autres maroufles de la Division Pénitentiaire sont embarqués. Le bâtiment titanesque fend les cieux au-dessus d’une épaisse chape de nuages masquant la terre ferme, semblable à un oiseau inconcevable de bois et de fer dont les moteurs produisent un rugissement continu tout à fait assourdissant. Des dizaines de grognards sont assemblés de chaque côtés du pont supérieur, paquetages sur le dos et armes en main, et des officiers s’agitent de part et d’autre pour hurler les dernières directives qui se perdent dans le vacarme.

L’Alliance fortifie ses positions d’Hauterive après son débarquement en force dans les Hautes-Terres du Crépuscule. Mais l’ennemi n’est pas en reste : Garrosh Hurlenfer a commandé un bastion imprenable au cartel de Baille-fonds, une tour insulaire géante, hérissée de decks à zeppelins et offrant à la Horde une puissance de projection capable de déployer ses troupes n’importe où dans Khaz Modan en un clin d’œil. Inquiété par ces nouvelles et malgré sa position favorable dans le Sud de la région, le Roi Varian Wrynn décide de mettre sur pied une opération coup de poing dont l’objectif est simple : réduire « le Kraazar » à l’état de ruines fumantes et interdire au clan Gueule-de-Dragon les renforts envoyés par Orgrimmar. Ainsi est préparée dans le plus grand secret l’offensive conjointe des clans Marteaux-Hardis locaux et d’éléments de l’armée régulière. C’est une mission montée dans l’urgence, hautement risquée et dont l’échec plus que probable devra être passé sous silence auprès du bon peuple de l’Alliance : la Division Pénitentiaire est donc mobilisée. Les repris de justice sont entassés à bord d’une vieille canonnière réformée et envoyés droit sur le Kraazar tandis que les chevaucheurs de griffon nains doivent attaquer depuis le continent. Camille Chat, vingt-quatre ans dont déjà trois passés sous le même tabard rapiécé, fait partie des malheureux qui se préparent à sauter.

Des détonations sourdes grondent quelque part, loin en dessous de la mer des nuées qui est brusquement percée par des ogives qui sifflent et éclatent juste sous le ventre du vaisseau, puis une à bâbord, deux à tribord. L’équipage de la canonnière vocifère et s’agite, le bâtiment vire brutalement de bord, le Chat se rattrape à son comparse Félix pour ne pas tomber dans le vide. Puis une déflagration effroyable ébranle la forteresse volante dans un fracas de cris, d’échardes longues comme le bras et de fumée de moteur. Trois pauvres types tombent par-dessus bord en s’égosillant avant de disparaître et la canonnière commence à pointer du nez dans un concert de craquements et de grincements épouvantables. Alors le Major lève son sabre et le fait tournoyer en beuglant des ordres incompréhensibles mais qui se résument assez clairement à « MAINTENANT, ORDURES. MAINTENANT ».


Et la Division Pénitentiaire saute dans les nuages, Camille Chat avec elle.

Spoiler:

J’tombe comme une putain de pierre, j’passe les nuages, le zef me claque la gueule plus fort encore que Môman j’y vois rien. Bordel bordel bordel j’vais aller m’éclater par terre et crever comme ça. Allez allez comme qu’le Major il a dit ! On s’met sur le bide bordel, on contrôle la chute ! Allez grand con allez ! Et on tire la corde ! PAF ! Parachute ! Voilà c’est ça ! Ca pousse comme des champignons autour, en-d’ssous. Y’en a aussi qui s’ouvrent pas et qui vont finir dans la mer en bas.

Et en-bas, foutre-sang, ça déconne pas ! Y’a l’océan, pis au milieu y’a la grande tour des gobelins, le Kraazar qu’il a dit le Major. Des poutres des planches des étages des loupiottes des bicoques claquées et surtout des canons qui crachent dans tous le sens. C’est la pétarade du siècle en bas, ça siffle à droite à gauche. Y’a nos gyrocop’ et les nains sur leurs griffons qui volent tout autour, y’en a qui se font exploser en pleine course d’autres qui canardent on dirait quarante mille mouches autour d’une énorme tour en merde.

Les balles elles me sifflent aux oreilles, le mec à côté de moi se fait charcuter et faucher son parachute par une rafale. On est là, tous les connards de la Division, à tomber comme des feuilles en automne jusque sur les toits et les étages. Un gyrocop’ manque de m’emplâtrer en passant, il m’enfume comme son moteur cassé crache, je vois Olaf qui empêtre son parachute sur une poutre en fer et qui se fait cramer d’en bas par un lance-flamme gobelin sur le quai juste en dessous. Moi j’tombe sur un toit en tôle, j’ai une jambe qui passe à travers et la cuisse qui s’ouvre mais j’me dépêche de défaire mon harnais et j’décroche Titine en vitesse avant de me tirer de là comme que je peux.

Bon maintenant faut retrouver les autres. C’est ça les ordres : trouver mon sergent et faire comme qu’il dit. Sauf que c’est le bordel, on est éparpillés, ça claque dans tous les sens, y’a des sorts qui explosent sous nos pieds, tous les étages de cette tour à la con ils vibrent comme que si il y avait une tremblement de terre. Là-bas on voit la canonnière s’éclater contre la falaise, exploser et tomber dans l’eau. Ca fait chier, mais c’est pas encore le moment de penser à comment on va se barrer d’ici : on verra ça après. Allez on fonce !

J’saute d’un escalier, j’écrase Titine sur le premier gobelin que j’croise, j’enjambe un mec à nous avec un grand trou rouge dans le bide et qui que c’est que j’trouve derrière des barils crevés ?! Féfé, con ! Mon Féfé ! Il tabasse un gobz à la crosse de fusil parce qu’il a fait tomber ses cartouches en sautant le con. J’l’attrape par le col et y m’crie que le sergent il est là-bas, deux étages plus haut. Alors on s’défend, on laisse un nain bien énervé et avec la gueule en sang prendre à notre place et on en profite pour trouver la première échelle qu’on monte.

Là-haut, même bordel : c’est la foire à la châtaigne. Féfé et moi on essaye d’passer en catimini, j’en surine juste un par derrière et longe une sorte d’atelier en faisant bien comme si qu’on avait pas vu que ça se bastonnait à moins d’un mètre. On fait bien parce que derrière le gourbi on trouve l’Gros Dédé pis Pine-d’huître en train de faire copain-copain avec un troll qui lance des éclairs. Heureusement qu’à la Pénitentiaire on nous rase la tête parce que sinon le Dédé avec la décharge qu’il vient de prendre il aurait les cheveux dressés sur le caillou comme un putain de champ d’tomates. Mais comme il est gros il encaisse, moi j’arrive je colle un gnon dans le gros nez du troll et Pine-d’huître il le pousse d’un méchant coup de bouclier : ciao le tordu, on s’retrouve en bas.

Maintenant que j’ai les copains, on cavale on fait pas gaffe aux autres. Ca se charcute devant derrière en haut en bas, des nains des gobelins des pauvres types à nous. C’est vraiment pas jojo à voir et sans déconner j’me demande bien comment qu’on va se sauver la peau du cul ce coup-ci. Mais bref v’là qu’on les voit ! Le sergent pis Pipa qu’est avec lui. Ils tirent les portes coulissantes d’un hangar perché au bout de la plateforme et ils nous beuglent de nous magner le fion. Alors nous on s’magne en courant devant Dédé au cas où que ce gros lard il fasse casser les planches.

L’sergent c’est un espèce d’enculé borgne qu’était un taulard comme nous pis qui est resté dans l’régiment à la fin de sa peine. Comme il fait pas rigoler et qu’il aime bien se venger de sa vie de merde sur les autres, bah ils l’ont foutu sergent. On le déteste tous. On a tous envie de le voir crever, mieux : d’le crever nous-même. C’est lui qu’a fait lyncher Dédé au savon-chaussette par les gars d’la bande à Samuel. C’est lui qu’à fait croire à Pine-d’huître qu’on raccourcissait sa peine et qu’il pouvait retourner auprès d’sa belle. C’est lui qui m’a privé d’soupe pendant quatre jours et qui m’a fait tenir tout droit dans les douches pendant qu’il me pissait dessus.

Et puis y’a Pipa : Pipa c’est pas une taularde, c’est une capo. Elle a l’air mignonne comme ça mais c’est une vraie putain d’ordure. Elle a les dents qui rayent le parquet et elle est prête à tout pour monter. Y’en a qui disent « Pipa » parce qu’elle mange des pipas tout l’temps mais nous on dit « Pipa » parce que des queues elle doit en sucer par paquets de vingt pour qu’tout s’passe comme qu’elle veut. Mais avant qu’on embarque sur le rafiot qui vole, Pipa elle est venue nous voir. C’était pô pour nous sucer, pô pour nous punir : elle nous a juste dit qu’on l’avait dans la poche si on s’occupait du sergent. Et ça ! Ca ça m’plait.

Alors on fonce, on les rejoint et on rentre tous dans le hangar. Y’a des montagnes de caisses, des barils et deux gobelins qui s’affairent en panique. On leur tombe dessus et on les étripe pis le sergent il met une grande calbote à Féfé et il nous beugle :


- « POSEZ LES CHARGES BANDE DE SOUS-MERDES. »

On prend les bombes dans les sacs, on les fout un peu partout pendant que dehors ça continue de péter dans tous les sens, on entend le bordel d’ici. Pis on déroule les mèches jusqu’à la sortie et là Pine-d’huître il sort son briquet. Mais y m’regarde, pis y regarde Pipa. Et il allume pas. Le sergent il s’énerve et il s’avance, trique en main.

- « TU BRANLES QUOI ! ALLUME LA MECHE OU JE T’EXPLOSE LES DENTS. »

Mais Pine-d’huître il allume toujours pas. Il se tient là, le sergent il en croit pô ses mirettes. Puis tout d’un coup il s’rend compte qu’on est autour de lui et qu’on l’regarde tous. Et là Pipa elle fait un sourire de salope en nous montrant ses belles dents blanches puis elle fait juste un signe et ça veut dire : allez-y les gars régalez-vous.

BAM ! J’enfonce mon poing bien bien loin dans son bide. Il se plie en deux, Dédé lui saute dessus et lui arrache la trique des mains, Féfé lui met un grand balayage qui l’envoie se cogner sur les planches, Pine-d’huître il hurle comme un taré et il saute pour lui retomber sur la tronche coude en avant. Il gueule, il supplie d’arrêter, qu’il nous punit plus c’est juré, qu’il va nous avoir des réductions de peine. Le Gros Dédé lui écrase les doigts avec son talon, moi je lui mord ceux de l’autre main, Féfé fait tomber la ceinture et il lui pisse dans la bouche pendant que l’autre il hurle. Pipa elle regarde tout ça bras croisés, elle perd pas une miette. Normal : c’est la rouste du siècle. On le démonte, on l’extermine, on fait craquer tous ses os pis moi j’prends mon canif, avec le manche je lui fais sauter les dents puis j’le poignarde dans l’œil encore et encore et encore. Il bouge encore un peu, alors Féfé il prend une des bombes et il la fait rentrer dans sa bouche en sang à coup de semelle. Pis Pipa elle siffle, elle dit « on se casse ». Alors on allume la mèche, j’crache sur le sergent pour la forme, pis on se tire dare-dare.

On galope comme des dératés, on descend un étage en manquant de se gameller dans l’escalier. BRAAAOUM ça pète derrière nous, toute la tour tremble et le sergent il se retrouve sûrement éparpillé façon puzzle. Sauf que nous on débarque sur un grand étage où y’a que des cadavres. Beaucoup d’nains, pas beaucoup d’gobz. Et l’Gros Dédé il gueule :


- « ZALOPERIE ! LES PETITS ZENCULES ILS Z’ARRIVENT ! » Ouais l’Dédé il a un cheveu sur la langue.
- « DROIT DEVANT ! ZEPPELIN ! SALADE AU CANON ! » qu’elle gueule Pipa.

Et comme qu’elle dit, devant nous y’a un gros ballon volant avec plein de gobelins au fusil dessus qui fait le tour de l’île et qui nous montre le côté. On se prend une salve, j’prends un pruneau dans l’épaule mais je saute sur le canon au bord de l’estrade et j’tourne la manivelle pour lui faire monter la bouche en beuglant. Les copains ils font la réception pendant qu’ça arrive de tous les côtés.

- « ON VA LES FUMER ! YAAAAAAAAAAARH ! » que moi j’dis. Ouais, racaille un jour, racaille toujours ! Yaaaaaaarrrh !!!


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Dernière édition par Camille Chat le Lun 11 Mar 2024 - 19:29, édité 1 fois
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Message par Camille Chat Mer 13 Avr 2022 - 23:49

Spoiler:


On rentre de mission. Pour une fois j’rentre sans bobo. Bah ouais, quand t’as un gros bouclier, une p’tite Mimi qui te soigne à grands coups de prières et d’autres connards à côté pour prendre des châtaignes à ta place, ça aide. Par contre si y’a un truc qui manque pas, c’est bien qu’on sent l’fauve quand qu’on revient. Je fouette : l’armure elle est lourde, j’ai sué comme un cochon, pis j’ai pris d’belles giclées de sang et de tripaille. Y’a même un p’tit bout d’boyau coincé dans le col et j’ai du jus j’sais pas quoi plein la raie. Dans la Pénitentiaire on sentait pô la rose c’est pour sûr, mais ici c’est pas pareil. Ils veulent que j’me récure de fond en comble. Bah ouais on est pas des chiens d’la casse, on est “l’élite des contractuels”. J’sais pô bien c’que ça veut dire mais ça doit être un truc comme : pour mériter notre or faut qu’on tape fort ET qu’on brille. Et puis bon, y’a pas qu’le Capitaine qu’aime bien quand je sens pô le matou crevé … Y’a ma cocotte aussi. Si j’veux la baiser, faut pas qu’je cocotte - héhé, pô mal celle là teh.

Bref. Donc pour pas puer, faut se laver. Alors j’prends mon savon que mes copaings les elfes ils m’ont donné, j’prends un torchon et pis une étrille pis j’vais là où que y’a les bacs d’eau, à l’écart. Y’a personne, tant mieux. J’aime bien quand j’suis tranquille, y’a tellement de types bizarres ici que bon j’veux pas que y’en a qui me voyent le zizi. Dans la Pénitentiaire les fois on s’lavait on le faisait tous en même temps, avec le capo qui surveillait. Mais ça allait parce que y’avait pas de tapettes, ça s’saurait sinon. Même si que bon fallait pas faire tomber la savonnette mais ça c’est pô pareil. Ici faut faire gaffe on est jamais à l’abri. Bref. Là j’suis tranquille, alors j’me fous à poil, j’m’assois sur le tabouret bas, pis j’prends la grosse louche dans le bac et je m’asperge d’eau. Elle est glacée mais j’m’en fous, j’suis dur au mal. L’eau chaude c’est un luxe qu’j’ai jamais eu. Alors j’me fous de la flotte partout, pis j’me savonne bien de derrière les oreilles jusqu’au trou de balle, j’me frotte dur la couenne et j’sifflote même un p’tit air du Val d’Est jusqu’à c’que j’me foute de la mousse dans l’oeil. Putain ça pique ! J’y vois que dalle. Bordel il est où ce bac.


_____

Une main étrangère se posa sur celle du Chat pour le guider vers le bac, caressant ses jointures dans un geste aérien : celui d’un colibri, piétinant sa branche et frôlant les feuillages épars dans un chuintement délicat. Un vent frais souffla sur le campement, qui ne manqua pas de faire frissonner le mercenaire, nu et trempé, des pieds à la tête. En proie aux picotements, Camille ne pouvait discerner cette créature, devinant seulement sa galbe élancée et ses manières à son déhanché. « Une bonne femme d’la haute » pensa-t-il. Hypnotique, elle l’était d’autant plus qu’il croyait l’avoir déjà vue quelque part. Pourtant, il ne reconnaissait ni la plantureuse Aldereth, ni la sévère blonde, épouse de l’Adjudant. Cette peau, blanche, laiteuse. Ces cheveux noir de jais. Fouillant dans ses mémoires : ses rêves les plus fous, le Chat fit jaillir des bulles de pensées, comme la savonnette de sa main. La silhouette floue se pencha pour la ramasser. Qui était-elle, à la fin ? Rien dans ses souvenirs ne s’emboîtait. Comme pour y répondre, une voix de miel coula dans ses oreilles. Son corps d’homme ne pouvait en supporter davantage.

"Eh bien !" s’écria-t-elle. "Je te croyais plus habile de tes mains. Faut-il que je te la tienne, ou que je frotte à ta place ?"

La figure prit sa main de plus belle et y glissa le savon, sans la relâcher. Camille ferma les yeux, guidé dans son mouvement par le bras de sa bienfaitrice. Elle glissait le long de son torse, frictionnant et rinçant, tapotant aux endroits clés pour retirer toute la crasse du mercenaire. Tout du moins, celle qu’il avait manquée. Ses muscles se relaxèrent, son esprit se vida. Personne ne les voyait. Personne n’irait se plaindre, moins encore sa cocotte, attelée à l’entretien de son fusil. Peut-être s’agissait-il d’une résidente gilnéenne, ou bien d’une voyageuse, d’une vierge vrykule venue le libérer de tout le poids de son existence misérable. Enfin, c’était quand même très improbable. Cela l’importait-il, au fond ? Peut-être pas, mais assez pour qu’il s’essayât à un : « T’es qui ? » entre deux frottements. La silhouette éclata d’un rire sibyllin et ne tarda pas à répliquer :

"Comment ça ? Ne me dis pas que tu as encore oublié mon nom ? Vais-je devoir te le faire tatouer sur le bras pour que tu le retiennes, une bonne fois pour toutes ?"

Un accent rauque et moqueur dans ses mots le perturba. Moins irrité que curieux, Le Chat osa enfin ouvrir les yeux. Un éclair passa dans son regard : une vision d’horreur.

_____

Pute-borgne !

C’est ce putain d’elfe ! J’me relève d’un bond en le poussant et je me casse la gueule dans la bassine en bois, le cul dans l’eau et les quatre fers en l’air. J’me tape la tronche dans l’eau pour enlever le savon d’mes mirettes et je relève vite la tête pour voir. Il est là, devant moi, à poil. C’est lui qui me frottait doucement comme ça ? C’est lui qui m’soufflait sa voix chaude dans le cornet ? Ouais c’est lui. Bordel.

Y’a que nous. Tout autour disparaît : le camp, les tentes, les palissades. On est juste là, tous les deux, lui debout devant moi et moi le derche dans le bac, et le tapis des feuilles d’or qui brillent partout par terre. J’essaye d’dire un truc mais j’y arrive pô. J’essaye de bouger mais j’peux pô. Il m’a empoisonné ce con ? J’arrive juste à le regarder, il bouge comme un serpent, il roule du cul. Il a un corps de fille, tout fin et musclé, souple. Enfin de fille. Sans nibards et avec une bite. Mais bon à part ça on dirait presque la poulette, qui même elle a pô beaucoup d’nichons en vrai. Sa peau elle brille elle a l’air douce, ses épaules elles sont comme coupées au ciseau à bois et ses cheveux on dirait qu’ils sentent bon. Y m’regarde avec ses yeux de vipère et j’arrive même pô à regarder ailleurs. Moi l’matou j’ai l’impression d’être comme une p’tite souris qui sait plus où qu’il est son trou. Mon coeur il fait boum boum, mon sang il gicle chaud dans mon corps plus vite qu’une putain de flèche.

Môman, j’ai la trouille. Putain je bande.


_____

"J’ai dit quelque chose d’étrange, peut-être ?"

Arelos avait l’habitude des bains publics, et d’exposer sa virilité au grand jour. Certes, il ne s’était pas attendu à ce que Camille fût aussi réceptif à ses attentions. Jamais il n’aurait suspecté de tels penchants, mais sa réaction l’amusait. Il vit le pauvre homme, tout embarrassé, et un éclair de génie le traversa à son tour. Les lèvres du forestier s’étirèrent à l’excès. Ses yeux pointèrent, comme des poignards acérés, l’entrecuisse du mercenaire surprenamment chaste. À nouveau, il rit. Plus que jamais, il jubilait de son embarras. Depuis longtemps, il projetait de le confronter à ses contradictions : c’était à présent chose faite. Mais il en voulait plus. Oh, oui ! Une gêne ne suffisait pas à l’insidieux reptile. Maintenant qu’il tenait le chat par la queue, ses tourments ne connaîtraient aucune fin. Il s’avança. Camille restait prostré dans un coin de sa baignoire de fortune. Sans mot dire, il se pencha, saisit le savon et plongea ses mains dans le bac d’eau glacé, sans le quitter du regard. Il commença à se frotter : à faire mousser sa peau d’albâtre, délicieux mélange de sueur virile et d’humeur florale qui embaumait au moindre de ses gestes. La mousse glissait sur ses muscles tendus, le long de son torse et de ses jambes, pour former un petit nuage à ses pieds.

"Vous tremblez, Camille", lança-t-il en attrapant la brosse que le Chat avait lâchée depuis un moment. "Et vous êtes rouge comme une pivoine. L’eau n’est pourtant pas si chaude."

Tandis qu’il passait une main dans ses cheveux, son regard fut attiré par un soubresaut du pauvre homme. Qu’attendait-il exactement ? En temps normal, il se serait jeté sur lui, même au plus mal, et l’aurait insulté : de tapette, de Taleth ou encore d’elfe – appellation tout aussi vexante à ses yeux. Mais pas cette fois. Une idée germa dans son esprit : une nouvelle torture. Arelos se pencha de plus belle, sa barbiche effleurant le crâne brillant de Camille, qu’il sentit frissonner. Quelque chose dans son corps brisé et peinturluré le fascinait. Non pas qu’il fût beau, même un aveugle n’aurait osé l’affirmer. Quelque chose dans son expression mutique, et pourtant passive, lui donnait envie de pousser plus loin leur rapport. De lui faire prendre une direction nouvelle. Une occasion en or pour creuser les aspérités du tableau.

"Et si nous partagions un peu ?" glissa-t-il à son oreille. "Vous êtes nu, moi aussi. Nous n’avons plus rien à nous cacher."

_____

Allez putain de main à la con ! Lève-toi ! Ferme-toi ! Fais lui bouffer une salade de phalanges à ce gros pédé !!! Pourquoi tu bouges pas bordel. L’autre il s’approche avec ses mots mielleux là, c’est chaud c’est poisseux ça m’dégoûte. J’ai envie de le baffer mais j’y arrive pô. Pis y m’frotte ses poils de cul sur le caillou là, ça m’fait pareil que si on m’étranglait ça m’excite. Euh non ! Non ça m’excites pas ! Ca m’donne envie de lui coller mon poing dans sa sale gueule d’aguicheuse qui mérite là, voilà !!!

Et pis là y’a une p’tite voix qui résonne dans la caboche. La p’tite voix elle me dit :


- “Eh, trou du cul. Tu t’souviens quand vous vous êtes sucé le jonc avec le Jackie ? Tu disais pô non là, hein ?”
- “Jackie c’est pô pareil ! Y’avait personne d’autre pour m’tailler une pipe pis il avait pas d’dents alors ça faisait comme la Goulue ! C’est tout !”
- “Ouais ouais … Mais en attendant t’étais bien jouasse. Et pis tu sais quoi grand con ? Bah niquer un autre mec, y’a rien d’plus viril.”

Moi j’dis à la p’tite voix de bien fermer sa gueule, mais elle continue :

- “Et pis tu sais, avec le troupeau de grosses gouinasses que se traîne c’te compagnie, c’est pas une p’tite baise entre gars qui va faire jaser hein.”

Et l’autre là qui m’dit des mots doux, qui passe ses mains dans l’bac pour me tâter les pecs, qui me pince le téton. Putain il se passe quoi là. J’sens son souffle dans ma nuque, ses doigts tous fins qui se baladent. Y’a une bulle de savon qui s’décolle de l’eau, elle est toute grosse et dedans j’vois le reflet de c’qui s’passe derrière moi … J’vois sa tronche, à l’elfe, et ses yeux de couleuvre, et j’m’y perds dedans. Oh, p’tite voix ! Je fais quoi là ! J’lui décalque la tronche ?

- “Laisse-toi faire, pauvre mule. Tu mourras moins con.”

Hé ! Qui c’est qu’a dit ça ! C’est toi p’tite voix ou c’est l’autre ?!

_____

"Nous serons peut-être plus à l’aise pour “discuter” si je vous rejoins ?"

Arelos s’appuya sur le rebord et enjamba le bac. Debout, il contemplait les tatouages du Chat, détaillant les courbes et les noms qui apparaissaient, comme des estampes, sur ses épaules fatiguées, son torse soulevé par intermittence. La mousse s’étalait autour de lui, continuant de couler de son pectoral avant qu’il ne l’enfouît pour se rapprocher de son interlocuteur. Il ne parlait pas. Qu’attendre encore ? Que s’apprêtait-il à faire ? Même lui l’ignorait. Mais il le regardait : plongeant ses yeux d’azur reptiliens dans ceux du félin balafré, prêt à le dévorer. Immergées, ses mains commencèrent à se balader sur son corps, le sien tout d’abord, puis un pied de Camille, sa cuisse, sa taille. Ses doigts, longs et fins, suivaient le tracé de ses cicatrices. Dans sa tête, il rejouait chaque scène, chaque combat livré. Il l’entendait hurler et le voyait frapper, frapper ses ennemis, frénétiquement. Le sang giclait, réveillant en lui l’instinct du prédateur. La température monta d’un cran, sans qu’aucun des deux ne sût qui en était responsable.

Le forestier glissa progressivement, cette fois dans un mouvement ascendant, jusqu’à atteindre les épaules du Chat, qu’il massa langoureusement. Luxurieusement. Pourquoi ? Pourquoi son souffle s’emballait-il ? Pourquoi son cœur rebondissait-il dans sa poitrine ? Lui qu’on avait élevé dans l’indifférence la plus totale, la carcasse de Camille le rendait toute chose. Arelos ouvrit la bouche, et les mots fusèrent d’eux-mêmes, comme des milliers d’aphorismes mystérieux : “Qu’attendons-nous, maintenant ?”, “Je sais que tu le veux, toi aussi.”, “Pourquoi te retenir, puisque nous sommes seuls, tous les deux ?”, “Ne fais pas le fier avec moi, Camille. Je sais ce que tu caches en-dessous. Tout le monde le sait. Moi aussi, regarde.”. Après quoi, il allongea ses jambes pour entourer son camarade et siffla, longtemps.


–  "Détends-toi, lança-t-il enfin. Oublie où nous sommes. Oublie tout."

_____

J’me réveille d’un coup en collant un grand coup de coude dans l’autre à côté de moi. BORDEL c’était quoi ça ?! J’suis en sueur j’ai le cœur qui cogne. J’suis où là ?

Bon. J’suis dans ma tente, déjà. Pas dans la bassine avec l’autre. Il fait nuit, y’a du vent, j’entends juste un hibou dehors. Pfffffooouu c’est bon en fait c’était que un cauchemar, pas vrai ? Putain j’ai flippé sans déconner. Mais attends … c’est qui à côté, hein ? Je déglutis. Pitié non non non non !! J’regarde discretos. Pffffou ça va c’est la cocotte. C’est bon, c’est sûr, j’ai rêvé. Mais quel bordel, n’importe quoi. Faut que j’arrête de fumer cette herbe de merde ça me rend cabourd. Bon allez. J’me calme un peu, je me remets sous la couette, je me gratte les couilles et je me rendors tranquille. Attends, c’est quoi ça dans mon calebard.

Putain, je bande.
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Message par Camille Chat Ven 15 Avr 2022 - 11:38

Maxime Médard vient d’avoir dix-huit ans. Il est beau comme un enfant, fort comme un homme. Son teint hâlé et son sourire franc, il les doit à ses origines carminoises. C’est en effet sur les rives du Lac Placide qu’il vit le jour d’un père artisan et d’une mère lavandière qui l’élevèrent au sein d’une fratrie unie et remplie d’amour. Aussi aventureux que rêveur, Maxime passa son enfance à jouer dans la poussière rouge avec ses petits camarades. Populaire, il lui revenait toujours d’incarner le brave chevalier volant au secours de la princesse en traversant une mer de peaux-vertes. Charmeur, il ne manquait jamais d’emporter la belle nouvellement secourue à l’abri des regards, à l’heure où les pitchounes du Comté-du-Lac grandirent et que des idées fort peu lumineuses firent leur chemin dans les esprits juvéniles.

Mais si tout le coin le connaissait, ce n’était pas seulement pour ses yeux pétillants ou ses bouclettes noires, non ! Tous au bourg le saluaient lorsqu’ils le croisaient car Maxime était champion de boxe. Entraîné dès son plus jeune âge par son paternel -qui avait décelé en ce fils un tempérament combattif- le jeune Médard enchaînait les prouesses dans les compétitions organisées de par le Royaume et ses victoires l’avaient élevé au rang de célébrité locale. La vie lui souriait à pleines dents et il se transformait peu à peu en un jeune homme fougueux, explosant d’énergie, volontiers fanfaron mais toujours attachant, qui faisait la fierté de sa famille et de toute la province.

Et voilà que vient le grand jour ! La Coupe Royale, le prestigieux tournoi de boxe qui se livrait à Hurlevent entre les plus grands compétiteurs du Royaume, avec à la clé un prix en pièces d’or, une bourse pour la meilleure académie militaire de la capitale mais surtout, oui surtout ! la gloire d’être sacré champion. Et qui d’autre pour prétendre à ce titre que le jeune Maxime Médard ? Son nom est dans toutes les bouches, aussi bien celles des connaisseurs et autres parieurs qu’entre les lèvres couleur grenat de la belle Clémence, la fille du boulanger du Comté-du-Lac. Pour lui dire qu’il aime, rien à faire il flanche. Il a du cœur mais pas d’estomac.  Notre jeune héros la connait depuis l’enfance et ne se rappelle pas d’une époque où il n’était pas amoureux d’elle. La veille du départ pour le tournoi, lorsque la famille Médard donne une grande fête à laquelle est conviée tout le village, le futur champion n’a d’yeux que pour elle. Sa victoire, il la dédiera à Clémence. Il la regarde, les yeux débordants d’amour, et il se dit qu’elle l’aura, sa maison avec ses tuiles bleues, ses croisées d’hortensia, des palmiers pleins les yeux, des hivers crépitants près du chat angora. Ils vivraient heureux pour le reste de leurs jours.

Frappe, frappe, esquive coulée, direct du gauche, parade, crochet du droit et revers fouetté. C’est terminé. Quatre boules de cuir et soudain deux qui roulent, répandant leurs châtaignes dans le cri de la foule. Il l’a fait : Maxime Médard vient de remporter la Coupe Royale. Son adversaire gît à ses pieds, le visage tuméfié, que déjà son père et ses oncles portent le champion en triomphe hors de l’arène, sous les roses et les ovations. Le jeune n’en revient pas, grisé par une victoire aussi difficile que spectaculaire. Il n’a même pas encore enlevé ses gants, les lumières des lampadaires de la ville brillent sur son corps couvert de sueur. Dans ses oreilles bourdonnent les acclamations mais la brume de son esprit s’écarte sur un visage aux lèvres rouges qui forment un cœur délicieux. Maxime, qui ne pense déjà plus à son exploit, n’a qu’une idée en tête : ramener la coupe à la maison, l’offrir à Clémence et l’embrasser toute la nuit durant.

Le Comté-du-Lac est en liesse. Des fanions et des drapeaux sont accrochés entre les toits, de grandes tables sont dressées sur le pont, le vin coule à flot. Maxime trône, fait l’objet de tous les compliments. Ses épaules tirent à force de recevoir tant d’accolades mais son cœur, lui, brûle de voir Clémence. Or, Clémence n’est pas là. Alors la coqueluche des Carmines se défait du bourgmestre ivre qui lui tient la jambe, prétextant un besoin pressant, et quitte momentanément la table d’honneur sous une nouvelle salve d’applaudissements et de huées enjouées. Imaginant que sa belle est encore en train de se préparer pour lui, Maxime se rend à la boulangerie dont il pousse la porte. Vide. Confiant et lui-même un peu aviné, il gravit les marches qui mènent à l’étage, où vivent le boulanger et sa famille. Il ne risque pas de les déranger, tous sont attablés sur le pont avec le reste du village ! Tous, sauf Clémence.

Et pour cause : Clémence, la belle Clémence, est étendue sur le dos au milieu de ses draps qui sentent la lavande. Elle est nue, et a au-dessus d’elle un homme inconnu, grand et brun. Ils font l’amour dans la passion. La fille du boulanger gémit, ses cuisses galbées se tendent, ses doigts si délicats pétrissent le tissu comme une pâte à gâteau. L’homme lui chuchote des mots doux auxquels la belle répond en lui griffant les fesses, en pleine extase. Maxime est dans l’encablure de la porte. Il voit ces bassins s’éloigner et s’entrechoquer, il voit les joues rouges de Clémence, ses seins pointus, son souffle saccadé, ses beaux cheveux blonds comme une couronne mouvante autour d’elle.

Elle s’aperçoit de sa présence, pousse un cri de surprise et dégage l’homme qui la chevauche pour couvrir sa nudité avec ses draps, sans mots. L’homme se retourne, nu, et fait face à Maxime. Le sang bat aux tympans du champion. Son esprit s’embrume, ses yeux s’écarquillent. Par quelque sordide alchimie, tout l’amour qui gonflait dans son corps se transforme instantanément en une haine sourde. Le jeune Médard se jette sur l’amant de celle qu’il pensait devenir sa femme. L’autre n’a aucune chance. Maxime lui bourrine le visage puis lui empoigne les cheveux et lui écrase la tête contre le bord de la commode, encore, et encore, et encore. Il n’entend pas Clémence qui hurle, le crâne de l’homme qui craque, les passants ivres qui montent l’escalier, alertés par le boucan.  

La fête est terminée au Comté-du-Lac. Les mines sont grises. Demain, un magistrat local conciliant accordera une faveur à celui qui fut la fierté des Carmines, et qui en est désormais la honte. Pour un tel meurtre, la peine retenue est la pendaison. Mais c’est un juge, lui aussi peiné et supplié par une mère éplorée, qui offrira à Maxime une porte de sortie : la corde, ou quinze ans dans la Division Pénitentiaire. Le jeune homme n’écoute pas le verdict, pas plus qu’il ne sent les chaînes à ses poignets. Il lève les yeux, implorant la Lumière d’avoir pitié de lui. Il a beau voir le ciel, l’oiseau, rien, non rien, ne lui là-haut.



_______________________________



Huit jours. Huit jours que leur corvette de transport -nom pompeux pour le cercueil flottant qu’elle était en réalité- s’était abîmée dans les flots. Huit jours qu’ils s’étaient échoués sur ce rocher au milieu de l’océan, seuls survivants du terrible naufrage. Huit jours que cette poignée de taulards attendaient vainement qu’un navire passe à l’horizon pour les secourir. La faim commençait à se faire sentir, après que les malheureux aient épuisé les rares ressources de cet écueil battu par les vagues : quelques œufs de mouette, des crabes crus, une grosse flaque d’eau douce dans une aspérité de la roche.

Ils n’étaient que cinq, seuls au monde : un gros plein de soupe toujours goguenard malgré la situation, un maigrichon à l’air vicieux, un jeunot un peu idiot et une tête brûlée couvert de tatouages d’un goût douteux et au regard de tueur d’enfants. Le cinquième de cette sinistre bande n’était autre que Maxime Médard, notre infortuné héros. Ses belles bouclettes n’étaient plus, car comme les autres il avait le crâne rasé. Il semblait avoir pris une décennie, lui qui hier encore était le jeune et fringant héros des Carmines. Les traits tirés, le front ridé et le regard vague de ceux qui en ont déjà trop vu. Avec ses compagnons, qui n’en ont que le nom, il s’abrite comme il peut des vagues et des embruns, serré contre une paroi du rocher.

Le Gros, emmitouflé dans une toile de voile récupérée sur la plage après le naufrage, chantonne :


« Ici vaut mieux laisser au clou la clé des champs
Ou sinon ça crache des pruneaux.
Et quand la nuit tombe sur la Pénitentiaire,
On r'voit nos amours dans le temps.
On s'dit qu'on sortira du mitard
Quand nos poules n'auront plus de dents
Pensent-elles encore à nous en ce moment ?
Ou font-elles brûler nos gnomos … »


- « Ferme ta gueule Dédé. » lui dit le Tatoué en faisant tourner son canif entre ses pattes. « J’ai les crocs. »
- « Bah j’parle pô d’bouffe. » lui répond le Gros.
- « Tu parles d’pruneaux. » rétorque l’Idiot. « Et nous on a faim, comme il dit Salade. »
- « Ouais … on a faim … » répète le Maigrichon en tournant lentement ses yeux vers Maxime.

Le temps se fige soudain, comme si un ordre venait d’être donné, seulement entendu par le quatuor de gueules cassées. Ces trognes de racailles se tournent une à une vers le jeune Médard et le fixent intensément. Le Tatoué immobilise le couteau cranté dans sa main.


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Message par Camille Chat Dim 17 Avr 2022 - 18:34

Conchita "Gâchette", Camille Chat et le Père Duèse-de-Goth dans un trou d'obus sur la plage de Krasarang, la nuit suivant le débarquement.

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Dernière édition par Camille Chat le Lun 11 Mar 2024 - 19:26, édité 1 fois
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Message par Camille Chat Lun 11 Mar 2024 - 19:26

Deux griffons s’envolent discrètement des étables de l’Urbaine et piquent directement vers le Sud. Sous eux défilent les remparts de la capitale, les belles frondaisons vertes d’Elwynn puis celles plus lugubres du Bois de la Pénombre. C’est là où ces dernières cèdent peu à peu place aux fougères et aux palmiers que les montures volantes réduisent leur altitude jusqu’à se poser sur la route, devant un vieux pont. Au-delà de ces planches commencent les jungles étouffantes de Strangleronce. « Le pont des Bannis » : c’est ainsi que le désigne Marc Anron. Et pour cause, c’est devant cet édifice bien nommé que le Commandant de la Garde de Hurlevent fait descendre Camille Chat de son griffon. Deux Bleus accompagnent leur officier, visiblement tendus par la proximité du félin.

Lui est là, la face encore noire de crasse, les épaules écrasées par l’épuisement, les joues creusées par la faim des derniers mois mais l’œil vif. Il ne veut pas se retourner. Le Norfendre, le débarquement de Krasarang, la campagne des Tarides et les marais de Nazmir, les années de contractuel chez la Rétribution, la Croisade et Gilnéas … C’est pas pour crever d’une balle de Bleu dans le dos aux frontières du Royaume comme un vieux chat de gouttière.

Alors il attend, l’ancien taulard. Que la Garde remonte en selle et s’envole, qu’elle disparaisse au-dessus des bois noirs. Puis il enlève son tabard de la Croisade Écarlate, torchon sale et troué, le roule en boule en le jette au bord du chemin sans y accorder un regard.

Laissant derrière lui son passé, la tombe de son fils et cette vieille pute de Hurlevent qu’il a peut-être sauvée, le méchant matou traverse le pont et quitte le Royaume. Il a le cœur gros, le souffle saccadé et le dos déjà en sueur. La jungle s’ouvre devant le repris de justice qui s’y enfonce avec la bite et le couteau.

Strangleronce, vraiment ? Mais jusqu’où le mènera sa propre turpitude ?


Sur mes terres je fais la loi, pas besoin d'élever la voix.
J'ai l'instinct d'un félin, moi, j'ai l'instinct d'un félin.
Peu importe la hauteur je retomberai sur mes pattes.


Spoiler:

Sur mes terres je fais la loi, pas besoin d'élever la voix.
J'ai l'instinct d'un félin, moi, j'ai l'instinct d'un félin.
Peu importe la hauteur je retomberai sur mes pattes.


Strangleronce, vraiment ? Mais jusqu’où le mènera sa propre turpitude ?

Elle l’amène jusqu’à la Baie-du-Butin où Camille Chat franchit à pied les monstrueuses mâchoires de squale qui gardent le tunnel d’entrée, prêtes à croquer tout cru le terrible minou. Pourtant ce dernier passe, indemne. Ou pas tout à fait : sa peau est d’un rouge vif et uniforme, brûlée par les coups de soleil reçus durant sa longue marche. Comble de la torture, les moustiques tropicaux l’ont dévoré et il ne se retient plus de gratter sa couenne cramoisie malgré la douleur qui lui fait monter les larmes aux yeux. Il a l’air déjà fiévreux, les joues creuses et la carrure fondue. Ce matou fait peine à voir. D’où qu’il vienne et quels que soient ses méfaits passés, les jungles du Sud ont décidées de le punir sévèrement.

Pourtant l’ancien mercenaire persévère et se traîne vers une adresse qui l’appelle naturellement comme un phalène est attiré par la lumière d’une lanterne. Une Lanterne Rouge en l’occurrence, celle de Sarah. Sans le sou, il cherchera à s’y faire loger – même si c’est une simple couche de paille sur laquelle s’écrouler après cette marche au sein de l’enfer vert. Le front brûlant et la diction mouillée, il propose de troquer un hamac, une galette de pain et une bouteille de vodka contre ses aptitudes de videur pour le lupanar. Après tout, n’était-ce pas son premier emploi à Hurlevent, quand il avait vingt ans ?

Ce chat maladif fuit quelque chose qui ressemble terriblement à lui-même. Mais s’il est un endroit où il ne faut pas avoir peur de sa propre ombre, c’est bien la Baie-du-Butin.
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