La Garde de Hurlevent
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Tu seras un homme, ma fille.

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Message par Matilda Koen Mer 2 Juin 2021 - 15:01

Cela fait des heures qu’ils marchent dans la neige, leurs pas crissant sur le sol gelé du petit chemin qui traverse les collines qui entourent et protègent Long Guet, la ville gobeline où ils sont arrivés tôt dans la matinée.  Les hommes peinent mais avancent en silence, ils ont l’habitude, même si cette incursion dans le froid piquant des hauteurs de Berceau-de-l’hiver met à rude épreuve ces traqueurs du sud.

Wilfried Koen mène la marche, comme toujours quand il s’agit de sa meute, son clan. Ces hommes sont ses pairs, ceux en qui il a toute confiance, les seuls capables de le suivre, où qu’il aille, où que le mène la traque du jour, les seuls capables de pister la bête, pendant des heures, des jours, des semaines parfois même, sans moufter, sans se plaindre, jamais.

Tout à coup Wilfried stoppe son avancée et lève son poing fermé, les sens aux aguets. Le silence cotonneux emplit le ciel d’un bleu délavé. Sans un bruit, tous s’arrêtent, comme un seul homme, dans l’attente, aveugle mais sereine, du prochain ordre à venir.

Tous, sauf un petit bout de femme qui tombe le nez dans la neige, dans un flop humide à peine audible. Elle avançait derrière, assurant les arrières du groupe, elle n’a pas vu son père s’arrêter, personne ne l’a entendue glisser, sauf celui qui marchait juste devant elle, Milan. Il a juste le temps de se retourner pour la voir affalée, enfoncée dans la neige.  D’un seul geste, sûr, condensé et fluide, Matilda se relève, aussi vite qu’elle vient de tomber, peut-être même plus rapidement encore. Elle se redresse et d’un froncement de sourcils indique à Milan qu’il doit se remettre en position, ne pas se préoccuper d’elle.  Surtout ne pas gémir, ni se plaindre, ni même exister, si cela est possible. Tâcher d’être transparente, inodore, inaudible, faire corps avec la Nature, devenir animale, végétale, minérale même, et rester en vie.

Depuis le temps qu’elle participe à ces traques menées par son père, elle le sait, si elle se rappelle à son souvenir au mauvais moment, même par un souffle, il lui fera face, bouillonnant de colère, il la frappera sans ménagement, d’une claque sonore et brutale sur sa joue qui en deviendra cramoisie de brûlure, puis il la prendra par la peau du dos pour la jeter dans le ravin tout proche.

Pire, il la laissera crever là, sans aide, sans un regard, sans rien pour se défendre.  Elle l’a déjà vécu, se retrouvant au milieu d’une couvée d’énormes œufs verdâtres, au nord d’Un’Goro. Mais elle s’était relevée, elle avait fait face à la gigantesque Matriarche Ravasaure. Une mère monstrueuse qui l’avait clairement identifiée comme susceptible d’être offerte à la becquée. Avec un instinct de survie venu du fond des âges, elle avait bondi, hurlé, fui, aussi vite que ses petites jambes de gamine le lui permettaient, et elle avait survécu. Ses cheveux, devenus blancs sous le coup de la frayeur éprouvée, en attestaient encore.

Ce jour-là, inoubliable et fondateur, avait marqué son entrée dans le monde pourtant fermé des pisteurs du clan Koen. Longtemps elle s’était demandé si son père avait douté d’elle, ou si, plutôt, il avait su qu’elle était prête. Car il n’avait pas hésité lorsqu’elle avait, par inadvertance, manqué sa cible pourtant à distance raisonnable. L’attente, bien trop longue pour une petite fille de douze ans, affamée et épuisée par une matinée dans la jungle moite du cratère, avait eu raison de sa concentration. Son père ne l’aurait pas jetée au milieu des oeufs, elle se serait de toute façon longtemps reproché cette erreur. Mais la réaction de son père, violente et sans appel, l’avait projetée dans le nid, lui insufflant une vélocité animale digne de figurer dans les contes que les anciens du clan se racontaient à la veillée.

A son retour au campement, la meute l’avait accueillie d’un hourra général, immédiatement suivi d’une hilarité qui ne les avait pas quittés de la soirée. Ses cheveux, passés d’un brun sombre très ordinaire à un blanc neigeux plutôt original, l’avait promue au rang de légende vivante. Celle que certains depuis lors surnommaient Panthera, avait, ce jour-là, traversé le rite initiatique qui faisait des garçons du clan des hommes à part entière. Un rite qui avait scellé son destin de traqueuse, à jamais solitaire au milieu des hommes, du moins le pensait-elle.


Tandis que Matilda époussète la neige qui s’est collée sur sa veste de cuir vieilli, Wilfried Koen fait un signe, main ouverte. La colonne se remet en marche silencieuse. Milan tourne rapidement la tête et lui adresse un clin d’oeil amusé. Elle lève les yeux au ciel en secouant la tête, il ne dira rien, elle le sait. Mais il s’en servira pour la charrier en douce, quand ils seront au campement, elle le sait aussi. Le géant est nouveau, dans la meute, et il dénote au milieu des autres. Pas tellement parce que son physique de fils de titan lui donne l’air d’un loup au milieu d’un troupeau d'agneaux, mais parce qu’il est bien le seul à la regarder, la regarder vraiment, comme aucun homme ne l’a jamais regardée. Une attitude que Matilda n’identifie pas, ne comprend pas. Danger, menace, fuite, ou au contraire attirance et abandon ? Impossible pour elle de le déterminer.

Arrivés au refuge de Pluie d’Etoiles, la meute se disperse pour faire quelques achats en prévision du campement du soir. Ils ne vont pas s’éterniser dans cette auberge pourtant accueillante. Pas question de se ramollir, a gueulé le père Koen. Ce soir ils camperont plus au Nord, au milieu des Chimères Noroit dont la notoriété de tueuses a largement dépassé les contrées du nord. Demain, ou peut-être dans une semaine, ils captureront celui que les locaux nomment Griffe-Glace, un traqueur sabre-de-givre, à la crinière bleutée qui se fond dans le paysage à la nuit tombée. Mais en attendant, pas question de se laisser aller à rêvasser. La traque est une ascèse, un chemin d’apprentissage, un sacerdoce. Un choix de vie.
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Message par Matilda Koen Ven 4 Juin 2021 - 17:49

Le Campement

Rapidement, avant que la nuit tombe, les tentes doivent être montées, pour la semaine ou peut-être même le mois, si cela s’avère nécessaire. Ce sont de lourdes bâches, enduites d’un suif épais et malodorant mais aux propriétés imperméables inégalables, qui sont posées sur des épis de branches émondées, égalisées puis toutes calées entre elles. Les bâches sont enfin arrimées au sol, par des filins de corde enroulés sur des gros cailloux. Chaque tente abrite deux ou trois membres de la meute, sans distinction apparente entre les uns ou les autres, les groupes se formant au fur et à mesure que les tentes sont montées.

Mais Matilda le sait, rien de ce que fait son père n’est anodin. C’est lui qui nomme les hommes par paires ou trios. Il le clame d’un ton sec et sans appel, sans les regarder, comme si les noms lui venaient par hasard en tête. Les gars obtempèrent, ne se posent pas de questions, prennent leur sac et le jettent parmi les autres, dans la tente assignée.  Ils reprennent ensuite sans un mot le travail, une autre tente à monter, un feu à alimenter, de l’eau à récolter au ruisseau proche, quelques lièvres à chasser, des pièges à vérifier, les fusils à nettoyer, un gruau à préparer, le travail ne manque jamais dans un campement comme celui-ci.

Tout est parfaitement organisé, jamais de doutes ou de questions, jamais d’hésitation, jamais un mot de trop. Parler fatigue et disperse, parler est superflu, parler nuit à la concentration du traqueur. Parler humanise et éloigne de l’animal. Parler, ce n’est pas converser, comme ils disent. Parler c’est bavasser, c’est donc inutile et dangereux. Wilfried Koen ne bavasse jamais, il ne converse pas non plus. Il ordonne.

Lorsque la meute s’est arrêtée, en milieu de mâtinée après trois heures de marche dans la neige, lorsque Wilfried a levé le poing fermé, précisément là où devait être monté le campement, il a immédiatement claqué ses ordres, un à un, en pointant du doigt le gars en charge. Les uns et les autres se sont égayés en fonction des ordres reçus, en silence.

Quand le tour de Matilda arrive, en dernier, comme souvent, il s’arrête et la transperce du regard. Il l’a entendue tomber, plus tôt dans la mâtinée, c’est tout à coup évident. D’un coup d’oeil précis et rapide il fouille en elle comme une lame de glace. Elle s’en mord la lèvre de terreur.
« Va chercher l’eau. La rivière est en contrebas ». Il pointe du pouce derrière lui. «Tache de ne pas glisser. Y’aura personne pour te remonter». Le ton est narquois, le regard dur, presque mauvais, l’intention n’est pas claire. S’il voulait vraiment s’en débarrasser, il l’oublierait dans un trou, purement et simplement. Matilda se raccroche à cette idée. Elle hoche la tête, prend toutes les outres vides, puis se dirige vers la pente aride et glacée. Au moment de se relever, les outres de peau en mains, elle sent, dans un clignement de paupières, le regard de Milan posé sur elle. Encore une fois, c’est le seul à braver son père pour l’accompagner, même si ce n’est qu’un simple regard, qu’elle perçoit bienveillant, et imagine souriant, encourageant.

A pas lents et précis, elle entreprend alors de se glisser vers le point d’eau. Le ruisseau coule, rapide et clair entre les roches glacées, dans un ravin en contrebas, à peine visible de la crête. A vue de nez, si elle veut y aller sans déraper, elle en aura pour au moins une demie heure à descendre, le double pour remonter. Impossible. Et il le sait. Si elle n’est pas revenue dans une petite demie heure, il est capable de la balancer du campement vers le ravin, un aller simple, sans retour envisagé.

Tout en testant du talon la butte glacée, attentive à ne pas se laisser emporter par des roches qui se détacheraient de la butte, Matilda repense à sa mère, les années d’enfance dans le dédale des tentes de foire, les rires, la joie, les jeux, l’insouciance. Tout cela est bien loin, aussi éloigné d’elle que sa mère, disparue sans laisser de traces, l’année de ses dix ans. Matilda ne lui en veut plus, ou du moins essaye-t-elle. Elle a fini par comprendre, puis accepter, et même pardonner, un peu. Sara craignait chaque passage de Wilfried à la foire. Il était chaque fois plus violent, plus dur, plus exigeant. Il voulait un fils, Sara n’avait pas su le lui donner, malgré les multiples grossesses qui s’étaient toutes soldées avant terme par une béance, tout d’abord désolée, petit à petit acceptée, et finalement même désirée. Sa fuite était un ultime acte de survie, quand bien même elle n’avait pas disparue seule, marquée à tout jamais du sceau de l’infamie conjugale.

Matilda aurait tout de même préféré partir avec elle, ne pas être oubliée, rejetée, traitée comme un chien que l’on attache au pied d’un arbre pour éviter qu’il ne suive son maître qui l’abandonne sans honte. Mais peut-être que l’autre homme ne voulait pas, lui non plus, d’une pisseuse à nourrir. Sans doute. Sûrement.  Sinon, pourquoi la laisser seule avec cet ours mal léché, qui lui faisait payer son genre, dans un assortiment de brimades cruelles.

L’eau qui chante en bas la rassure finalement. Comme souvent la Nature la sauve, dans sa diverse splendeur. Elle se laisse guider par les notes cristallines sur la roche de granit. Il y a un goulet, plus loin, que l’eau frappe en rythme sonore. Elle fait demi tour et suit le murmure liquide. Un coude apparaît, le ruisseau court et glisse depuis un petit promontoire, accessible sans dévaler la pente. Elle sourit, remplir les outres ne lui prendra finalement guère de temps.

Tout à coup, elle le sent, au plus profond de son être. Et c’est une évidence qui la prend aux tripes. Wilfried le savait. Il l’a poussée vers un leurre, histoire de voir si elle tomberait dans le piège, ou bien si elle saurait suivre la bonne trace, la sienne, celle du pisteur hors pair, capable de braver les éléments sans perdre de vue son objectif. Encore un exercice sur le chemin de la Traque ultime, l'improbable et mystérieux savoir Animal. Penser comme la biche aux abois, comme la panthère en chasse, comme l’aigle en vol plané. Faire corps avec cette Nature trop souvent considérée comme extérieure. Devenir l’animal, écouter, sentir, regarder, toucher, goûter, et vibrer de concert.

Lorsqu’elle revient au campement, une quinzaine de minutes plus tard, les bras chargés des outres pleines, elle capte indirectement le regard de son père. Il l’observait mais immédiatement se détourne, éructant un ordre vers les hommes. Elle n’en est pas certaine, mais elle a cru y percevoir un pétillement amusé.  Serait-il autre, si elle était ce garçon dont il rêvait ? Probablement, mais elle n’en aura jamais la certitude. Elle le sait désormais. Elle n’a aucune alternative, sinon le suivre, et devenir celui qu’elle n’est pas.
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Message par Matilda Koen Mar 8 Juin 2021 - 18:44

Sous la tente


Il fait nuit noire sur le campement, et seules quelques braises apportent un peu de lumière aux dormeurs installés tout autour sous les bâches. Les tentes se sont pas fermées, elles ne sont que de simples abris pour la pluie, ou la neige, et il n’y a là dessous aucune intimité, ni sonore, ni visuelle.

Dans l’obscurité de la tente qu’ils partagent avec le vieux Berick, cuit par l’alcool d’orge et ronfle comme un ours en hibernation, ils sont allongés face à face, chacun enroulé dans un sac de peaux qui les protège du froid qui s’infiltre de tous côtés, l’imposant Milan dont on ne perçoit que l’éclat des yeux et la frêle Matilda dont les cheveux de neige illuminent le visage.

« Pourquoi tu n’es pas… comme les autres, avec moi ? ».

Milan la regarde, longuement, sans répondre, sinon des pupilles, qui pétillent et sourient en silence. Elle cligne des yeux, tâchant de copier l’assurance qui émane de lui. Elle aimerait pouvoir nager sans crainte, dans l’eau irisée de son regard sombre et pourtant changeant, mais elle n’ose pas, pas encore. Milan l’attire, c’est un fait, mais cela l’inquiète, car elle ne comprend pas vraiment ce qui se passe en sa présence.

Enfin il murmure, de sa voix chaude et grave, amusé.

« Peut-être parce que toi aussi, tu es différente ?».

Elle fronce les yeux, essayant de le sonder. Encore une fois elle ne comprend pas les mots, qui semblent pourtant simples. Depuis qu’elle a quitté la foire, cette difficulté l’habite en permanence. Est-ce parce qu’avec son père, il n’y a plus de langage courant, hormis les ordres qui claquent de temps à autre ? Est-ce parce que, comme lui, elle a troqué les conventions sociales pour une compréhension animale et sensible du monde ?  Possible. Toujours est-il qu’elle peine à saisir les mots simples, surtout lorsqu’ils semblent teintés d’humour.

Il n’y a qu’une solution, dire ce qu’elle ressent.

« Je ne comprends pas ».

Il sourit et sort sa main, large et tannée par la vie au grand air,  de sous le sac de peaux qui l’enveloppe tout entier. Délicatement son index frôle et caresse son front, puis l’arête de son nez. Il pourrait, de cette main, l’écraser toute entière. Elle se recule, instinctivement, elle tremble. Elle n’est pas innocente, elle connaît ces gestes dits de l’amour, mais seuls quelques adolescents ont pu l’approcher sans qu’elle ne s’enfuit. Et ils sont finalement très peu à l’avoir apprivoisée, le temps d’une caresse des corps.

Une vraie main d’homme, sûre, volontaire, possessive, sur son visage encore un peu juvénile, elle ne connaît pas, sinon celle de son père. Il y a donc forcément risque, et danger. Il stoppe son geste, le doigt sur le bout du nez, prêt à descendre sur les lèvres. La main plane au dessus d’elle comme un oiseau aux ailes immenses, prêt à l’empoigner, la prendre, s’en emparer.  Il inspire, elle le sent hésiter, ll ramène enfin sa main sous lui, sans cesser de la regarder. Un minuscule rictus de dépit anime sa bouche avant qu’il ne sourit à nouveau.


« Tu n’es pas comme les autres femmes que j’ai pu rencontrées, Matilda ».
« Parce que j’ai les cheveux blancs ? ».
Un rire profond le secoue, son regard passe de l’étonnement à l’amusement, puis très vite à la tendresse.
« Tu crois vraiment que c’est ce qui te définit ? ».

A nouveau, elle ne comprend pas. Depuis ce fameux jour en Un ‘Goro, c’est effectivement ce que tout le monde lui renvoie, avec plus ou moins d’intérêt, de moquerie, ou d’admiration, selon celui ou celle qui l’approche. Les garçons lui tournent pas mal autour depuis quelques années, mais toujours cette histoire de cheveux revient, comme un élément essentiel de sa personne. Le lien est donc évident, pourquoi s’en moquer.
« Bah… et quoi d’autre, sinon ? ».

Il se tortille dans son sac de peaux pour s’approcher d’elle, avec de nouveau ce petit sourire en coin qui l’intrigue.  Instinctivement elle se recule, mais sans pouvoir glisser vers l’arrière, acculée par Berick qui ronfle toujours. En quelques secondes le voilà tout contre elle. Elle se sent bouillonner intérieurement, apeurée, comme un fenec des sables pris dans un piège. Il ne bouge plus, elle sent son souffle tout contre elle.

« Tu es un drôle de mélange, Koen Junior ». Elle fronce le nez, son père l’appelle ainsi, niant sans relâche sa féminité. « Une copie miniature de Wilfried, vif, malin, sûr, qui fait de toi un membre à part entière de la meute, traqueur autonome et fiable, mais en même temps… ».  Il laisse sa phrase en suspens quelques secondes. Il parle bas, son murmure est chaud et presque douillet, elle se sent fondre, avec la crainte qu’il s’approche encore plus, sans pouvoir s’en défaire. Il la sent frémir, elle en est sûre. Il continue, le ton encore plus enveloppant. « … et en même temps, c’est même impossible de ne pas le voir, le sentir, l’apprécier…  tu es bien plus que ça…. tu es Matilda, une jolie petite bonne femme, fragile et vulnérable, étonnante, mystérieuse même, que l’on a envie de protéger… et de chérir. »

Elle boit ses paroles, interloquée. Jamais personne ne lui a parlé ainsi. C’est tout juste si elle se reconnaît dans le portrait qu’il fait d’elle. Fragile ? A d’autres, elle a survécu aux pires dangers d’une traque toujours plus périlleuse, à mesure qu’elle grandissait. Vulnérable ? Elle n’a peur de rien, sinon de son père lorsqu’il capte une de ses failles et la frappe en travers de la joue, comme pour imprimer à jamais son mécontentement.

Et pourtant… elle revoit sa mère, joyeuse et belle au retour de Wilfried à la foire. Enceinte aussi, parfois. Porteuse du fils tant désiré, choyée, protégée, chérie… avant d’être immanquablement rejetée, frappée, méprisée jusqu’à la prochaine grossesse. Tant qu’il espérait, il la portait aux nues et elle rayonnait, virevoltait, chantait en l’attendant. Elle l’aimait, c’est une certitude. Il l’aimait aussi, à sa façon. Et puis il y a avait cette vibration étrange, qui les animait tous deux, quand ils se retrouvaient.

Tout à coup, alors qu’elle se laisse emporter dans ses souvenirs, l’évidence lui noue la gorge. Elle est née de ce désir, brut et pur. Wilfried ne peut pas avoir oublié. Lui en veut-il, de lui rappeler sa mère et cet amour étrange  ? Est-ce pour cela qu’il nie sans cesse sa féminité ? Tant mieux, finalement, si ses cheveux sont blancs, elle s’est à jamais, bien involontairement, démise de cette ressemblance, du moins en apparence.

Mais c’est quoi, alors, que d’être une femme, face à un homme comme Milan ? Une autre Sara ? Non. Milan n’est pas Wilfried, puisqu’il la regarde vraiment, lui. Elle est donc autre, mais sans pouvoir déterminer qu’elle est cette autre. Elle inspire en tâchant de le remercier d’un sourire, puis ferme les yeux. Il y a trop-plein d’émotions. C’est plus qu’elle ne peut en assimiler. Elle murmure, essayant de ne pas être trop froide.

« Demain, on tente une percée plus au Nord. Il va sûrement m’envoyer en reconnaissance. Il est tard, j’ai besoin de dormir ».
Elle l’entend acquiescer en silence, il n’a pas bougé, il est toujours tout près d’elle. Elle lutte un moment pour ne pas réouvrir les yeux et l’observer. Elle se contente de l’écouter vibrer, et finalement s’endort, épuisée.

Quand elle se réveille le lendemain, le soleil commence à peine à pointer ses rayons à l’Est. Berick s’est étalé sur sa couche, mais Milan n’est déjà plus là. Dans le campement qui s’anime doucement, Wilfried est occupé à vérifier les fusils. Il fronce les yeux en la voyant sortir de sa tente mais ne dit rien. Elle capte son regard vers la colline plus loin avant qu’il ne la dévisage à nouveau, l’air mauvais. Milan est parti en reconnaissance à sa place, la laissant dormir. Elle hésite, observe les uns et les autres puis décide de relancer le feu. Ils repartiront dès que Milan reviendra avec les informations nécessaires. Un repas chaud sera bienvenu pour tous.
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Message par Matilda Koen Mar 8 Juin 2021 - 18:48

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